France-Allemagne: impressions de campagnes

2017 sera pour l’Europe une année électorale décisive. Ses deux principaux piliers, la France et l’Allemagne, sont en campagne. Sur le terrain politique comme dans le champ économique, le contraste est frappant, et cela doit alimenter nos réflexions.

Mardi dernier, j’étais à Berlin, où j’ai rencontré à la fois mes amis sociaux-démocrates, Martin Schulz et Sigmar Gabriel, des ministres et parlementaires conservateurs de la CDU, les responsables des syndicats et du patronat. Tous ont la tête dans la préparation des élections du mois de septembre et le débat s’est déjà installé, dans des conditions plutôt prometteuses. Certes, l’Allemagne n’est pas à l’abri de la menace populiste. Elle assiste à la montée d’une formation d’extrême-droite xénophobe et islamophobe, l’AFD. Mais la percée de celle-ci semble jugulée autour d’un score – considérable pour l’Allemagne – de 10%. Et la confrontation électorale s’est réorganisée autour des deux grandes formations historiques de la démocratie allemande, la CDU et le SPD.

Le combat en Allemagne sera rude, sans doute serré, mais il opposera deux candidats respectés et bien identifiés.

Chacune d’entre elles a désormais son candidat. Angela Merkel défendra son bilan et la réussite économique du pays. Elle mettra en avant son expérience internationale, son leadership européen, la force de ses valeurs, sa capacité à incarner et rassembler le peuple allemand. Le SPD, très affaibli ces dernières années par sa participation minoritaire au sein d’une grande coalition, reprend des couleurs grâce à un changement de leader réussi et consensuel. Sigmar Gabriel a été remplacé par Martin Schulz, qui fait figure d’homme neuf et qui va apporter au combat électoral son énergie, son humour, sa combativité, son éloquence. Le combat sera rude, sans doute serré, sans concessions – la CDU tentera de faire passer Martin Schulz pour un dangereux populiste de gauche, le SPD jouera sur la supposée « fatigue » d’Angela Merkel. Mais il oppose deux candidats respectés, respectables et bien identifiés, capables de diriger leur pays avec efficacité et crédibilité et de promouvoir l’Europe Continuer la lecture

L’Europe vaut bien un débat

L’Europe fait face à un doute existentiel profond. Après soixante ans de paix, de progrès économique et social sans précédent, de réunification de ses peuples et de succès majeurs comme l’euro, les citoyens européens se demandent pourtant où va l’Europe. Voire, pour certains, s’il faut continuer la construction européenne telle que nous la connaissons.

Est-ce la « crise de la soixantaine » pour l’Union européenne, née des Traités de Rome le 25 mars 1957 ? Est-ce la suite politique logique, après une crise économique très dure qui a frappé nos économies et nos sociétés depuis neuf ans ? Faut-il y voir le début du délitement du projet européen après le référendum britannique de juin dernier, conduisant au Brexit en 2019 au plus tard ? Est-ce le résultat des coups de boutoir populistes qui secouent nos opinions publiques, inquiètes d’un monde troublé et dangereux ? C’est sans doute un peu de tout cela à la fois.

L’union « sans cesse plus étroite entre les peuples » ne résume plus à elle seule les aspirations des 27 nations réunies dans l’Europe post-Brexit.

Mais c’est aussi – et surtout à mes yeux – un besoin fondamental et profond de discuter l’avenir de l’Europe avec les peuples. La paix – jadis l’objectif intemporel et ciment du projet politique – ne suffit plus à nourrir une vision commune : elle est désormais vue comme un acquis, non comme une promesse face à une menace de guerre européenne. L’union « sans cesse plus étroite entre les peuples » ne résume plus à elle seule les aspirations des 27 nations réunies dans l’Europe post-Brexit. Continuer la lecture