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Grèce : le prix de l’incertitude

Catégorie : Actualité,Commission européenne,Europe / International | Par pierre.moscovici | 10/04/2017 à 19:44
    L’incertitude est le pire ennemi de l’économie, c’est la plus grande menace pour la Grèce. Cela fait des années maintenant que je suis impliqué dans ce dossier. Et c’est ma conviction : à chaque fois que nous tergiversons, que nous hésitons, que la ligne d’horizon semble se brouiller pour le pays, son économie se met à tanguer. Aux responsabilités qui sont les miennes, le phénomène apparaît avec netteté : quand les négociations avancent, la croissance et la confiance redémarrent. Quand les négociations tardent, la croissance marque le pas. L’incertitude freine les investissements, elle empêche la réduction du chômage, elle hypothèque les tendances positives qui ont émergé dans l’économie grecque en 2016. Bref, tout retard a un coût et un poids.

    La Commission, que je représente dans les discussions avec Athènes, a tenu jusqu’au bout son rôle de facilitateur du compromis.

    Les ministres des finances des pays de la zone euro ont enfin levé cette incertitude vendredi, pour partie au moins. L’Eurogroupe – la réunion de ces ministres, issus des pays créanciers de la Grèce – est en effet parvenu à un accord de principe pour sortir de l’impasse, après des mois de négociations difficiles, parfois tendues. La Commission, que je représente dans les discussions avec Athènes, a tenu jusqu’au bout son rôle de facilitateur du compromis, avec une ultime réunion entre les principaux partenaires jusque tard dans la nuit la semaine dernière. Je veux chaleureusement remercier tous ceux qui, au sein de mes services, n’ont pas épargné leur temps et leurs forces pour parvenir à ce résultat.

    La Grèce pourra adopter des mesures de soutien à la croissance et à la société grecque – si ses objectifs budgétaires sont atteints.

    Cet accord est équilibré – c’est pourquoi la Commission l’a soutenu. Ses paramètres sont connus, je n’y reviens pas en détail. La Grèce a accepté des réformes supplémentaires pour 2019 et 2020, de l’ordre d’un point de PIB pour chaque année, avec un effort portant d’abord sur les retraites puis sur l’imposition. Cet effort couvre la période qui s’ouvre immédiatement après la fin du programme d’assistance, pour assurer la continuité de l’effort et la trajectoire de réduction de la dette. En contrepartie, la Grèce pourra adopter des mesures de soutien à la croissance et à la société grecque – si ses objectifs budgétaires sont atteints. Bref, toute marge budgétaire pourra être allouée par le gouvernement grec à des mesures d’appui à son économie ou à des dépenses à caractère social pour sa population. Le peuple grec doit voir la lumière au bout du long tunnel d’austérité dans lequel il se trouve encore et retrouver le chemin de la croissance et de l’emploi.

    Plus que des discussions sur le détail de paramètres et de procédures, il nécessitait une approche constructive et équilibrée.

    Le lourd tribut des citoyens grecs payé à la crise doit être reconnu, salué et récompensé. Cet accord est une forme de reconnaissance des efforts immenses réalisés par la Grèce ces derniers mois. Quelques chiffres concrets suffisent à en dire l’ampleur. Depuis l’été 2015, ce sont plus de deux cents mesures qui ont été prises par le gouvernement d’Alexis Tsipras pour réformer le pays – à peine imaginable dans les autres pays européens, y compris la France, où le temps politique est si long. Et en 2016, l’excédent primaire de la Grèce – qui, pour faire simple, mesure l’effort de retour à l’équilibre budgétaire du pays – a été d’au moins 3% du PIB, soit six fois supérieur à la cible prévue ! Le pays est aussi en voie d’atteindre son objectif de 1,75 % du PIB en 2017 et de 3,5 % en 2018. Ces résultats ne tombent pas du ciel. Ils sont le fruit d’une consolidation budgétaire extrêmement dure. Quel pays européen a connu un tel ajustement? Alors oui, ce lourd tribut des citoyens grecs payé à la crise doit être reconnu, salué et récompensé !

    Parvenir à un accord nécessitait de la bonne foi et un véritable engagement, une vraie volonté de conclure de la part de tous. Cela a été mon message tout au long de ces négociations. Plus que des discussions sur le détail de paramètres et de procédures, il nécessitait une approche constructive et équilibrée, avec un impératif : prendre en compte les efforts accomplis et ancrer les fruits qu’ils commencent à porter en évitant de prolonger indûment une incertitude corrosive pour le pays. Cela vaut pour tous les partenaires de la Grèce – Etats membres, Fonds Monétaire International (FMI) et Mécanisme Européen de Stabilité (MES). Nous y sommes finalement parvenus – non sans mal, il faut le reconnaître.

    La route reste longue, mais les nuages sur le chemin commencent à s’estomper, enfin.

    S’agissant d’un accord de principe, il n’est évidemment pas un point final. Les principales questions ont été tranchées, mais il reste à le mettre en forme techniquement, avec ce qu’on appelle un staff-level agreement (SLA) – en français un accord au niveau des équipes techniques. C’est à cela que s’attèlent à présent celles- ci, avec pour objectif de finaliser ce travail dans les toutes prochaines semaines. Un SLA est une condition nécessaire pour clôturer avec succès le 2ème examen du programme d’aide à la Grèce, ouvrant ainsi la voie au déboursement d’une nouvelle tranche d’aide.

    Vendredi, un pas important a été franchi pour faire revenir la confiance en Grèce et soutenir le redressement économique du pays. Je m’en réjouis, après avoir travaillé sans relâche pour trouver une solution prenant certes en compte l’intérêt des partenaires de la Grèce, mais avant tout attentive aux aspirations d’un peuple que la crise a fait terriblement souffrir. La route reste longue, mais les nuages sur le chemin commencent à s’estomper, enfin. Continuons le combat pour les dissiper totalement.

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