La gauche de gouvernement, de l’urgence au renouveau

Le paysage politique français est profondément et durablement bouleversé au lendemain du 7 mai. Au parti socialiste, mon parti, le débat fait rage entre les partisans d’une opposition résolue et les tenants d’une participation à la majorité présidentielle.

Les partisans d’une opposition résolue et les tenants d’une participation à la majorité sautent dans le piège qui leur est tendu.

Certains précipitent leurs choix, dans un sens comme dans l’autre, au risque de se condamner à la marginalisation et de décourager leurs électeurs, qui attendent plus de dignité et d’unité. Ce spectacle est d’autant plus désolant que ses acteurs sautent à pieds joints dans le piège qui leur est tendu.

Car aucune de ces options n’est en fait ouverte, donc pertinente. Le nouveau président, désireux de se constituer une majorité qui lui est propre, ne souhaite en effet pas inclure le parti socialiste dans une coalition, il a choisi de nommer un Premier ministre issu des rangs de la droite. Et pourtant, son projet comprendra à l’évidence des propositions progressistes et pro-européennes qu’il serait absurde de refuser. Plutôt que de s’enfermer dans cette querelle totalement stérile, il faut être méthodique et travailler à une feuille de route de court et de moyen terme.

Le parti socialiste a toujours une utilité pour rendre la mondialisation plus juste, lutter contre les inégalités et inventer de nouvelles conquêtes sociales.

Avant tout, il faut rester unis : oublier cet impératif au nom d’une prétendue impossibilité de réconcilier les gauches, confondre clarification nécessaire et scission réductrice serait une erreur mortelle ! Les socialistes devraient bannir toute fébrilité et avant tout réaffirmer leur courant de pensée, chercher ce qui les rassemble plutôt que se définir par rapport á d’autres forces politiques ou se déchirer sur le passé. La lucidité sur notre action d’hier et la volonté de renouvellement sont indispensables, elles n’impliquent pas la mort de la gauche et des idées qu’elle porte.

Ces idées n’ont pas vocation à s’incarner ailleurs que dans une gauche de gouvernement. L’extrême gauche n’est pas intéressée par l’exercice du pouvoir et donc, in fine, par la transformation du réel – elle est même ambigüe sur le retour au nationalisme, la personnalisation des partis, ou l’ouverture aux autres forces de gauche. Quant au centre, il s’auto-définit hors du clivage gauche / droite, ce qui n’en fait pas le prolongement naturel du socialisme démocratique, dont il ne se réclame d’ailleurs pas. Et un parti socialiste qui ne serait pas clairement de gauche, sans pour autant être sectaire ou irréaliste n’a, par définition, pas de raison d’être ! Il a toujours une utilité et même une nécessité, en Europe comme en France, pour rendre la mondialisation plus juste, lutter contre les inégalités et inventer de nouvelles conquêtes sociales.

Les socialistes devront soutenir ce qui va dans le sens de leurs idées, discuter ce qui pourrait heurter leur conception de la justice sociale.

Aux législatives des 11 et 18 juin, l’enjeu est de faire campagne, de défendre ses idées, de remobiliser les électeurs de gauche dispersés. Dans tous les cas de figure les socialistes, qui ne seront à l’évidence pas au cœur du pouvoir, devront faire preuve d’intelligence et non de systématisme, soutenir ce qui va dans le sens de leurs idées, discuter ce qui pourrait heurter leur conception de la justice sociale et, toujours, se comporter en force de proposition. Il ne s’agit pas de s’opposer au nouveau président, mais de lui permettre de compter sur et avec une force à la fois positive et libre à gauche. Il n’est pas contradictoire de vouloir aider Emmanuel Macron à réussir son quinquennat, sans réserve ou frilosité, et d’affirmer un projet de gauche moderne, sans hésitation ou timidité !

Il faudra aussi réinventer une structure partisane moderne.

Et puis, le socialisme démocratique devra se reconstruire. L’ampleur de la défaite à la présidentielle appelle des ajustements profonds, pas des retouches de façade. Il faudra évaluer l’expérience des primaires, concluante en 2011, malheureuse en 2016, et trancher, en temps voulu, la question de la désignation du candidat de la gauche de gouvernement à la présidentielle. Il faudra aussi réinventer une structure partisane moderne, autour de trois exigences : une représentativité réelle de la société, des outils modernes de démocratie directe, et la production de solutions nouvelles défendues collectivement.

Le choc de la défaite présidentielle et l’urgence électorale ne doivent pas nous distraire de l’impératif de rénovation.

Il faudra, enfin et surtout, réinvestir le débat d’idées. C’est la clé de l’invention d’une nouvelle social-démocratie du XXIème siècle, après la fin du cycle politique ouvert par François Mitterrand à Epinay en 1971. Le travail sur ce point a trop longtemps été différé. La méthode sera décisive : renouvellement des visages, ouverture au monde extérieur – académique, associatif, secteur privé… – dialogue avec les autres formations de la social-démocratie européenne, effort de modernisation des méthodes de travail du parti, rénovation des pratiques – non-cumul, exemplarité…

Les questions de fond sont nombreuses et pressantes. Pour être à nouveau audibles et crédibles, les socialistes doivent y répondre. Comment armer et protéger les travailleurs dans la mondialisation ? Quelles doivent être les missions de la puissance publique au XXIème siècle ? Quel projet européen voulons-nous ? Quelle sont les nouvelles frontières à conquérir en matière de libertés individuelles ? Comment réactualiser la lutte contre les inégalités ? Quel financement pour la transition énergétique ? Comment projeter notre puissance dans le monde à l’heure de Trump et de Poutine ?

Le choc de la défaite présidentielle et l’urgence électorale ne doivent pas nous distraire de l’impératif de rénovation. La gauche de gouvernement doit garder la raison et se concentrer sur l’essentiel, pour être fidèle à ses idéaux, redonner confiance aux Français et être utiles à notre pays.