Au travail, ensemble !

Le deuxième tour des élections législatives a clos une interminable, incroyable et épuisante séquence électorale. La France a choisi son Président il y a plus d’un mois, elle a élu dimanche une nouvelle Assemblée nationale, avec une majorité neuve et claire mais aussi des oppositions plurielles, elle a désormais un gouvernement stable, né dans des conditions plus difficiles que prévu. Le temps de l’action peut vraiment commencer.

Les législatives appellent une réflexion sur nos institutions.

Les élections législatives ont débouché sur un verdict net, mais non sans contradictions. Elles sont marquées à la fois par le fait majoritaire et par une abstention sans précédent, plus massive encore chez les jeunes et dans l’électorat populaire. Celle-ci devra être analysée, dans ses causes multiples. Elle signe sans doute une fatigue démocratique, une forme de lassitude politique. Elle exprime probablement aussi une forme d’attentisme : il fallait laisser sa chance à Emmanuel Macron, solder la période précédente, mais l’engouement reste à créer. Elle appelle enfin une réflexion sur nos institutions. Depuis la mise en place du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral en 2002, les élections législatives ont changé de sens et perdu de leur lustre. Elles ne sont plus que des élections de confirmation, avec une éventuelle correction au second tour pour modérer les excès du premier – elle a eu lieu dimanche, de manière importante.

La limite de nos institutions n’est plus le manque d’efficacité, mais leur absence de respiration démocratique et de modernité.

Mais on n’y vote désormais guère plus qu’aux élections européennes, réputées – à tort – lointaines et sans enjeux. Cette désaffection civique pose bel et bien un problème de représentativité, et donc de crédibilité de l’institution parlementaire. Beaucoup y voient la quintessence de la Vème République, un retour à ses origines. Je ne suis pas de cet avis ! Nous ne sommes pas en 1958, où il fallait effacer les travers du parlementarisme de la IVème. La limite de nos institutions n’est plus le manque d’efficacité, mais leur absence de respiration démocratique et de modernité. La victoire d’Emmanuel Macron montre qu’il ne faut plus avoir peur de la « culture de coalition ». C’est pourquoi je suis, à titre personnel, interrogatif sur le calendrier des élections législatives et convaincu de la nécessité d’une très large dose de proportionnelle – l’Allemagne, dont c’est le système électoral, n’en est pas devenue inefficace ou ingouvernable pour autant – et au-delà d’une véritable innovation démocratique.

La nouvelle Assemblée est insuffisamment représentative de la diversité politique et sociologique française, elle est suffisamment plurielle pour demeurer un véritable lieu de débat.

Le Président a une large majorité, mais il n’a pas les « pleins pouvoirs », comme certains le redoutaient. Je suis persuadé que c’est une bonne nouvelle pour lui ! Car la concentration du pouvoir multiplie les tentations d’en abuser. Parce que les majorités pléthoriques ne sont pas les plus simples à manier. La nouveauté radicale – et bienvenue, dans la féminisation et le rajeunissement – de celle-ci complique encore la chose. Et la faiblesse des oppositions n’est jamais un cadeau. La nouvelle Assemblée est sans doute insuffisamment représentative de la diversité politique et sociologique française, elle est suffisamment plurielle pour demeurer un véritable lieu de débat.

Les mouvements de la société, face aux réformes, tiendront une place centrale.

Comme toujours, beaucoup se passe au Parlement, désormais ce qui se passera à l’extérieur comptera tout autant. Plus que jamais, l’exécutif aura une prééminence marquée. Le rôle des collectivités locales, où le parti majoritaire, nouvellement créé, est par définition absent, sera significatif. Les mouvements de la société, face aux réformes, tiendront une place centrale. Le renouveau des partis politiques, dans la perspective des prochaines échéances électorales, encore lointaines – les européennes en 2019, les municipales en 2020 – dessinera le paysage politique de demain, qui ne peut être ni une table rase, ni une restauration.

Pour mes amis socialistes, le chemin est étroit, mais la mission n’est pas impossible.

Je suis persuadé que 2017 ne marque pas la fin du clivage gauche/droite – il a la vie dure et continuera de structurer l’action politique – mais un rejet déterminé des partis qui l’ont incarné. Il serait illusoire d’espérer un retour en arrière : il faudra à la France une nouvelle droite et une gauche nouvelle. Pour mes amis socialistes, le chemin est étroit, mais la mission n’est pas impossible. On en connaît les écueils : les règlements de compte gratuits et stériles, le sectarisme, l’opportunisme, l’immobilisme, l’opposition de principe ou la soumission sans principes, le double langage molletiste. Si tout cela est proscrit, si l’exigence intellectuelle et la camaraderie reprennent leurs droits, si une saine alliance des générations se noue, une nouvelle page peut être écrite. Il faut pour cela s’ouvrir et innover, car il ne s’agit pas de survivre ou vivoter mais de se réinventer.

Il y a place, en France et en Europe, pour une social-démocratie du XXIème siècle, refusant les inégalités, réformiste, écologiste, soucieuse d’un vrai renouveau démocratique.

J’entends participer à cette nouvelle donne politique, dans ma situation singulière. Je suis un responsable politique, qui a participé à l’aventure de la gauche, dans l’opposition comme au pouvoir. J’ai été associé au gouvernement du pays, mais l’ai quitté depuis trois ans – c’était après l’arrivée de Manuel Valls à Matignon, point d’inflexion du quinquennat de François Hollande – pour une importante fonction européenne, que j’occuperai jusqu’en novembre 2019. Bref, je suis un socialiste qui peut encore agir. C’est à la fois une chance et un devoir.
Je reste un homme politique, un social-démocrate. Je ne me désintéresserai pas du débat politique dans mon pays, en particulier dans ma famille politique. Je ne me déroberai pas à la réflexion nécessaire sur ce qui l’a menée où elle est, sans évacuer ma responsabilité propre : avoir gouverné la France oblige, même avec le recul du temps, à la fierté et à la lucidité. Je participerai au combat pour la refondation d’une pensée sociale-démocrate, avec la conviction qu’il y a place, en France et en Europe, pour une social-démocratie du XXIème siècle, refusant les inégalités, qui sont aujourd’hui d’une ampleur inégalée, réformiste – c’est-à-dire à la fois crédible et authentique –, écologiste, soucieuse d’un vrai renouveau démocratique. Je dirai aussi ce que mon expérience européenne, à l’écart du pouvoir national, m’a appris : plus que jamais, l’Europe est une chance à saisir et un avenir à construire !

Surtout, je jouerai pleinement mon rôle de Commissaire européen. Dans mes fonctions, je me battrai pour l’Europe que j’aime et à laquelle je crois. Une Europe sérieuse mais pas austère, capable d’appliquer ses règles avec intelligence, flexibilité et subtilité. Une Europe humaine et solidaire, attachée à la réduction des divergences en son sein – entre nations, entre régions, entre catégories sociales – et faisant sa place à chacun de ses Etats-membres – je pense bien sûr à la Grèce. Une Europe engagée pour la justice et la transparence – c’est le sens de mon combat contre la fraude et l’évasion fiscale. Une Europe politique et intégrée, jusque dans son cœur – la zone euro.

Alors que la reprise économique s’affirme, face aux défis du Brexit et du trumpisme, dans le repli des populismes, une fenêtre d’opportunité s’ouvre : ne la ratons pas !

Je travaillerai bien sûr avec les autorités françaises, à commencer par le Président de la République, dont je partage beaucoup des convictions européennes. Je le ferai avec indépendance et de manière constructive, persuadé que la France a sa place au premier rang dans le sursaut européen que j’appelle de mes vœux. Alors que la reprise économique s’affirme, face aux défis du Brexit et du trumpisme, dans le repli – partiel et je le crains provisoire – des populismes, une fenêtre d’opportunité s’ouvre : ne la ratons pas ! Bref, j’entends être utile, servir la France et l’Europe, dans la loyauté, la liberté et la fidélité à mes idées.

Je souhaite à Emmanuel Macron de réussir. Ce n’est pas seulement affaire de « verticalité » du pouvoir, mais de mobilisation de tous les acteurs du pays.

Le quinquennat d’Emmanuel Macron va maintenant pouvoir se déployer. Il commence dans la confiance et l’attente. La tâche est considérable : réformes économiques et sociales, crédibilité budgétaire, sécurité intérieure et extérieure, moralisation de la vie publique, changements institutionnels, relance de la construction européenne et – on en parle moins, et c’est pourtant le plus décisif – réconciliation des Français dans la justice sociale. Je lui souhaite de réussir, pour le bien commun. Ce n’est pas seulement affaire de « verticalité » du pouvoir, mais tout autant de mobilisation de tous les acteurs du pays. Au travail, ensemble !

3 réflexions au sujet de « Au travail, ensemble ! »

  1. Je m’inspire totalement de cette analyse et je suis satisfait du retour de Pierre Moscovici sur la scène intellectuelle et politique de la gauche française.
    Il y en a, comme moi, qui continue à maintenir leur confiance à l’homme politique Pierre Moscovici .
    ;-) au passage à l’histoire passée, au présent et à demain…
    Amicales pensées du Doubs

  2. Monsieur MOSCOVICI,
    Comme c’est touchant à vous lire. Quelle analyse, quelle vision, quelle disponibilité !! Toutefois après votre passage inoubliable dans le Pays de Montbéliard (Doubs) je suis un de ceux qui souhaitons ne jamais vous revoir.
    Echec d’implantation, aucun résultat concret. Même pas capable de gagner une mairie.
    Rester à Bruxelles si vous le voulez. Mais ne revenez pas vous mettre « au service » de la France. Celle-ci est déjà assez en difficulté !!

  3. Clair et tout à fait recevable. Nous n’attendons pas plus de tous les responsables élus. Au moins cette détermination et cette façon d’expliquer comment servir l’état avec les compétences et les savoir que l’on possède. Continuez. Personnellement je suis bien dans l’écoute de personnes comme vous.

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