Au revoir, Simone Veil

« Je crois, toujours, que cela sert à quelque chose de se battre. » Simone Veil, rescapée de la Shoah, pionnière des droits de la femme, européenne de cœur, nous a quittés.

La France perd une figure au destin exceptionnel, une inspiration, admirée de tous.

Elle nous laisse son courage et sa conviction, après avoir incarné et épousé les tragédies, les combats mais aussi les promesses du siècle dernier. La France perd une figure au destin exceptionnel, une inspiration, admirée de tous. Une femme qu’aucune violence n’a brisée et dont la force de caractère, dans les tourments de la seconde moitié du XXème siècle, impose le respect. Une combattante, un repère, et même un modèle, pour chacun d’entre nous.

Simone Veil a « commencé sa vie dans l’horreur », selon ses propres mots, pudiques. Elle survit aux camps de concentration d’Auschwitz-Birkenau, Bobrek, puis Bergen-Belsen, à leurs -30 degrés, à une marche de 70 kilomètres sous la neige, à la violence indicible d’un siècle qui avait basculé dans la folie. De sa famille, seules deux de ses sœurs survivent avec elle. Elle a puisé de ce destin de rescapée une force d’âme exceptionnelle et un optimisme qui interpelle : « Je suis, je reste toujours optimiste. La vie m’a appris qu’avec le temps, le progrès l’emporte toujours. […] Et quoi qu’on en dise, l’humanité, aujourd’hui, est plus supportable qu’hier. »

Simone Veil lègue une loi qui a mérité plus que toutes son nom, tant elle a été forte et droite dans ce combat.

Peut-être parce qu’elle ne voulait pas laisser la vie lui dicter davantage ses termes, elle donne aux Françaises l’une de leurs plus grandes victoires. Elle fait passer la loi Veil, en 1974, reconnaissant le droit à l’avortement : face aux insultes ignobles, d’une virulence sans nom, elle ne flanche pas. À un groupe de militants du Front national venus attaquer « l’avorteuse », quelques années plus tard, elle répondra: « Vous ne me faites pas peur. J’ai survécu à pire que vous, vous n’êtes que des SS aux petits pieds. » Elle lègue une loi qui a mérité plus que toutes son nom, tant elle a été forte et droite dans ce combat. C’est un pas de plus – immense – vers l’égalité hommes-femmes, même si nous sommes loin, très loin, d’avoir remporté cette bataille aujourd’hui.

Celle qui a vécu le naufrage de l’Europe veut reconstruire, porter l’idéal de la démocratie et de la paix.

En 1979, elle est la première présidente d’un Parlement européen nouvellement élu au suffrage universel. C’est son autre grand combat : bâtir l’Europe, aider la France et l’Allemagne à « surmonter le désir de revanche », œuvrer à la réconciliation du continent. Celle qui a vécu le naufrage de l’Europe veut reconstruire, porter l’idéal de la démocratie et de la paix, clore définitivement les chapitres de l’Europe écrits avec le sang. Le regard résolument tourné vers l’avenir, ses combats et ses promesses, vers l’aube d’un nouveau siècle, d’une nouvelle histoire, celle de l’espérance européenne.

Simone Veil nous a quittés. Son courage et ses combats sont toujours avec nous. Le XXIème siècle a encore tout à apprendre d’elle.