Retour sur le G20 de Hambourg

Je reviens avec un peu de recul G20 d’Hambourg, où j’accompagnais le week-end dernier Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne. L’enjeu de ce G20 était simple : réaffirmer la vision d’un ordre international ouvert, fondé sur les règles et la coopération multilatérale. C’est crucial dans un contexte où la tentation des politiques nationalistes se fait plus pressante, de l’Asie au continent américain.

L’Europe avait des messages simples à passer. D’abord, sa croissance s’accélère, à 2% cette année et l’an prochain. Ensuite, réaffirmer son engagement sans faille en faveur de l’accord de Paris sur le changement climatique. Prendre ses distances avec une vision protectionniste du commerce international également – se retrancher derrière des frontières nationales n’est pas la bonne manière de répondre à une mondialisation dont les effets déstabilisateurs ne doivent par ailleurs pas être sous-estimés. Maintenir l’impulsion politique dans la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales et augmenter la pression sur les paradis fiscaux.

La méthode de la coopération internationale est la bonne.

Mesuré à cette aune, le G20 d’Hambourg est un succès en demi-teinte. Il n’y a pas eu de recul sur le front du commerce. Les membres du G20 se sont engagés à garder leurs marchés ouverts et la lutte contre le protectionnisme, encore vue comme une évidence il y a quelques mois mais mise à mal récemment par l’administration Trump, est bien mentionnée dans le communiqué final. Les dirigeants du G20 sont également convenus d’une méthode et d’un calendrier pour progresser avec la Chine sur la question sensible des surcapacités chinoises d’acier – évitant ainsi une guerre commerciale. La méthode, celle de la coopération internationale dans le cadre d’un forum multilatéral (l’OCDE) est la bonne.

En matière de fraude et d’évasion fiscales, où le G20 joue depuis plusieurs années un rôle essentiel, la continuité a heureusement prévalu. La pression s’intensifie sur les paradis fiscaux. La voie des « mesures défensives » contre ces paradis fiscaux est explicitement mentionnée. Nous sommes là dans la continuité du travail européen, qui se dotera d’une liste étendue de paradis fiscaux d’ici la fin de l’année, assortie de sanctions.

Pour 19 des 20 membres du G20, l’accord de Paris est « irréversible ».

Mais sur le climat, nous n’avons pu que faire le constat de nos divergences avec les Etats-Unis. Pour 19 des 20 membres du G20, l’accord de Paris est « irréversible » et Hambourg a été l’occasion de réaffirmer cet engagement. Mais les Etats-Unis de Donald Trump ne sont pas revenus sur leur décision de se retirer de l’accord. J’ai été peiné de voir l’isolement de ce grand pays, traditionnellement promoteur actif et gardien vigilant d’un ordre international fondé sur les règles, orienté à rebours de l’histoire après l’engagement résolu de Barack Obama.

La rupture a été évitée, les canaux de discussion fonctionnent et la porte reste ouverte.

C’était l’une des grandes inconnues de ce sommet. Comment ce Président, peu rompu à la négociation diplomatique, à la ligne parfois flottante, allait-il réagir sur les questions commerciales et climatiques ? L’Union a fait savoir avec fermeté qu’elle n’accepterait pas de nouveaux droits de douanes sur les produits européens – allemands notamment, puisque ce sont eux qui sont dans le viseur du Président Trump. Mais sur le climat, nous n’avons pas réussi à ramener le dirigeant américain dans le giron d’une communauté internationale unie sur ce sujet. La rupture a été toutefois évitée, les canaux de discussion fonctionnent et la porte reste ouverte. C’est aussi à cela que sert le G20, à se connaître et, s’il le faut, à se confronter. En cela, le sommet de Hambourg aura été utile. Donald Trump a pendant cette réunion davantage écouté et mieux compris ses interlocuteurs. Il faudra toutefois retisser le fil distendu.

Ce sera l’un des enjeux des prochains G20. Son agenda se diversifie et ses responsabilités augmentent, au moment même où son membre le plus important se défie de la coopération multilatérale et entame un mouvement de rempli sur soi. L’avenir dira si nous saurons résister à ces tensions nouvelles.