Rentrée !

Cette fois, c’est la rentrée ! Avant celle de l’éducation nationale, des professeurs, de leurs élèves et étudiants, c’est celle des politiques, des médias, des débats. Ce rituel démocratique est sans doute formel – l’actualité ne chôme pas pendant les vacances, et celle de cet été, de Charlottesville à Caracas, en passant par les attaques terroristes à Barcelone, Bruxelles, Londres et Turku – a été dense et dramatique. Il est aussi important, car de la qualité d’une rentrée dépendent l’action et le climat politique, économique et social d’une année.

En France, cette rentrée s’effectue dans des conditions inattendues et compliquées. L’état de grâce est passé, les oppositions – pourtant loin d’être remises en selle – repartent à l’offensive, les commentateurs, hier plus que bienveillants, se font plus critiques voire dubitatifs. Les débuts du quinquennat se sont inscrits dans l’effet de souffle d’une élection renversante. Un univers politique avait  disparu , un « nouveau monde » émergeait, tout souriait au Président et à sa majorité. Il y avait là, sans doute, une part d’illusion. La politique n’est pas une magie, mais un combat et un art, qui a ses règles, ses rythmes, où rien n’est jamais définitivement gagné ou perdu. Il était absurde, en juin, de promettre au nouveau pouvoir un parcours sans faute ni anicroche. Eh bien, il est tout aussi absurde de lui prévoir aujourd’hui une descente aux enfers, sans espoir ni rédemption ! L’impatience est compréhensible, l’exigence est normale, mais la légitimité de l’exécutif et sa capacité à gouverner ne sont pas entamées.

En vérité, le temps de l’action commence pour Emmanuel Macron et son gouvernement. Les Français, j’en suis persuadé, ne sont pas dans la confiance aveugle ou dans le rejet sans raison. Ils sont dans l’attente d’un cap, d’une cohérence, d’un sens, d’une direction – c’est-à-dire d’une trajectoire et d’une gouvernance. C’est pourquoi les arbitrages qui vont être rendus dans les prochaines semaines sur les réformes – code du travail, formation professionnelle, assurance chômage,… – ou sur les finances publiques, sont décisifs. Pour ma part, je reste convaincu que le chemin à tracer doit mêler  efficacité économique et justice sociale, dans le cadre d’un engagement européen sans faille – qu’il s’agisse de l’Europe qui protège ou de l’Europe qui dynamise, grâce à une zone euro plus intégrée et porteuse d’une vraie politique économique. En somme, il s’agit de répondre aux espoirs suscités par la campagne, sans oublier les attentes des électeurs de gauche. Pour y parvenir, il faudra des décisions claires et aussi une pédagogie, un travail d’explication des réformes. Emmanuel Macron, semble-t-il, veut changer sa communication et parler davantage aux Français : c’est indispensable, il a raison !

Les oppositions, elles aussi, font leur rentrée. Elles ne sont pas encore remises de leur débâcle du printemps 2017 – il leur faudra du temps et beaucoup de travail pour ça. Mais elles retrouvent  un rôle, un espace, du mordant – qui peut s’en plaindre, tant une démocratie sans contre-pouvoirs et sans débat fort est pauvre et souffrante ? Je n’ai pas vocation à commenter les divisions de la droite ou la crise du Front National, moins encore à m’en réjouir. Mais je m’intéresse bien sûr à la gauche, ma famille politique. Je ne me résigne pas à la voir dominée par la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, dont je respecte le talent et l’éloquence, mais qui hélas n’a rien d’autre à offrir au pays que la colère, le nationalisme et l’ambiguïté – à cet égard, la complaisance envers le Venezuela de Maduro est plus que consternante, préoccupante, et rappelle les tristes heures du « bilan globalement positif » du totalitarisme soviétique par le Parti Communiste à l’époque de la guerre froide.

Ce n’est pas de cette gauche-là dont la France et l’Europe ont besoin ! Plus que jamais, je crois à la nécessité dans mon pays d’un courant politique réellement social-démocrate, résolument écologiste, profondément réformiste et authentiquement de gauche, européen sans ambiguïté ni réticence. Il s’agit là de la seule réponse possible aux inégalités profondes qui minent la cohésion de nos sociétés, et de la meilleure approche des divergences économiques et sociales qui entravent l’adhésion au projet européen. Le Parti Socialiste saura-t-il incarner une telle force dans la clarté, et pour cela se renouveler intellectuellement et humainement ? Quel sera par ailleurs l’axe central du parti présidentiel, qui devra impérativement se définir dans les mois qui viennent? En tout cas, je participerai, librement, à ce débat- je réfléchis, j’écris, j’agis dans ce sens.

C’est enfin la rentrée européenne. Car 2017/2018 sera une année clé pour l’Europe, avec la fin du grand cycle électoral entamé depuis quelques mois – qui se poursuivra en Allemagne, en Italie, en Autriche, en République tchèque… – avec la négociation sur le Brexit, avec je l’espère la conclusion des négociations sur la directive « travailleurs détachés », avec de nouvelles avancées dans le combat contre la fraude et l’évasion fiscale – assiette commune et consolidée de l’impôt sur les sociétés, réforme de la TVA, liste noire des paradis fiscaux, progrès dans la fiscalité du numérique… Alors que la reprise s’installe solidement et je le pense durablement en Europe,  alors que nous devons préparer une conclusion réussie du programme grec et la fin des déficits excessifs dans tous les États- membres de l’euro, le moment est venu de consolider le socle social qui nous unit et de transformer la zone euro en un espace intégré, démocratique, doté des outils d’une vraie politique de croissance. Les chantiers, vous le voyez, sont nombreux. La Commission, qui se réunit en séminaire jeudi et vendredi, notamment dans la perspective du discours sur l’Etat de l’Union de Jean-Claude Juncker, y consacrera toute son énergie.

Mon engagement, pour être utile à l’Europe et à mon pays, sera total. Je me réjouis de pouvoir partager ici, avec vous, mes analyses et mes initiatives.

6 réflexions au sujet de « Rentrée ! »

  1. Bonjour Excellence,
    vos analyses sont pertinentes et j’apprécie. Nous devons avoir notre propre agenda et non suivre celui du gouvernement. Comme dit précédemment, vous devez « hausser » le ton face à Macron. Prenez vos entières responsabilités. Merci.

    Thierry N. Simo

  2. Bonjour très cher Pierre,
    sincèrement, vous devez « attaquer » frontalement et brutalement Mr Macron. Il est contre nos intérêts. Vous êtres un peu trop lisse.

    Thierry N. Simon
    Précurseur du NS.

  3. Bonjour,
    J’ai bien compris votre demande de patience. Je ne suis pas pressé mais je ne laisserai aucun répit au gouvernement. Macron doit savoir qu’il a usurpé sa fonction. D’ailleurs, il est très limite sur tous les sujets. Ni plan ni méthode.
    Continuez à tenir vos responsabilités.

    NST

  4. Très bonne rentrée. Votre disponibilité nous encourage. Le travail commence…
    Merci.

  5. « Les outils d’une vraie politique de croissance » pour combler les déficits oui mais ne pas oublier que la croissance à tout prix génère plus d’inégalités et plus d’appauvrissement des ressources naturelles qu’elle n’en combat. Croissance choisie ou croissance mesurée pour préparer une nécessaire décroissance si on veut éviter que des vieillards de trois cent ans soient les seuls sur terre à rencontrer le 24eme siècle, à y procréer et à s’y développer grâce aux profits des géants de l’informatique.

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