A bon entendeur !

J’ai présenté la semaine dernière, au nom de la Commission, nos « opinions » sur les projets de budget 2018 des Etats membres de la zone euro.

L’opinion sur la France a été reçue par certains avec tiédeur. Comme à l’accoutumée, la Commission est critiquée par les uns pour sa prudence, par les autres pour sa sévérité. Au passage, mon impartialité est remise en question par ceux qui me trouve trop laxiste avec la France du fait de ma nationalité ou de mes sympathies politiques, ou par d’autres qui me soupçonnent d’être trop dur avec le nouveau gouvernement.

Et beaucoup, éditorialistes ou politiques, me renvoient à mon passé de ministre de l’Economie et des Finances pour contester ma légitimité. C’est la fameuse thèse du « braconnier devenu garde-chasse », selon laquelle mes performances d’hier, supposées médiocres, ne m’autoriseraient pas à donner des leçons à des ministres plus efficaces. Pour résumer, n’étant pas parvenu jadis à faire revenir la France sous le seuil des 3% lorsque j’étais ministre entre 2012 et 2014, je ne serais pas habilité à évaluer l’effort fait aujourd’hui par la France.

Pour le dire franchement, cette ritournelle me lasse – si j’étais plus jeune je dirais volontiers qu’elle me gonfle ! Je veux ici répondre à ceux qui ont la mémoire budgétaire courte et qui vivent encore sur le préjugé éculé d’une gauche laxiste, dépensière, incapable de sérieux budgétaire. Continuer la lecture

Paradise Papers: changeons la culture du secret !

Comme tous les citoyens, je suis profondément indigné par les révélations des Paradise Papers. Indigné, mais malheureusement pas surpris: nous savons depuis longtemps que certaines entreprises et particuliers fortunés sont prêts à tout pour ne pas payer d’impôts. Et des cabinets d’avocats qui ont pignon sur rue savent faire preuve d’une grande « créativité » pour les aider.

Le scandale des Paradise Papers a une caractéristique fondamentale: l’optimisation fiscale qu’il révèle est légale. Ça veut dire une chose, toute simple: que la loi est mal faite. C’est tout un système d’optimisation fiscale généralisée qui apparaît brutalement au grand jour. L’ampleur des révélations est vertigineuse. Toutes ces multinationales et personnalités ne sont pas des incidents isolés : nous sommes face à des pratiques organisées, planétaires, avec leurs secrets, leurs réseaux et leurs professionnels.

Comment en est-on arrivé là ? Soyons clairs : c’est l’absence de règles communes en Europe qui permet à des entreprises de jouer sur les différences entre Etats et de pratiquer l’optimisation fiscale agressive. Ce système prospère et perdure grâce aux failles des législations nationales actuelles et des divergences entre elles.

Puisqu’il s’agit d’un problème de cadre légal, il faut le résoudre par la voie légale. Et pour cela nous avons une première arme : la transparence. En trois ans la Commission européenne a fait plus progresser la transparence en matière fiscale que sur les vingt dernières années. Pour n’en prendre que deux exemples : le secret bancaire n’existe plus dans toute l’Europe depuis cette année. Quant à la taxation des bénéfices là où ils sont générés, elle limite les transferts de profits vers les pays à fiscalité avantageuse. Ce sont deux vraies révolutions fiscales, dont je suis fier. Continuer la lecture