A bon entendeur !

J’ai présenté la semaine dernière, au nom de la Commission, nos « opinions » sur les projets de budget 2018 des Etats membres de la zone euro.

L’opinion sur la France a été reçue par certains avec tiédeur. Comme à l’accoutumée, la Commission est critiquée par les uns pour sa prudence, par les autres pour sa sévérité. Au passage, mon impartialité est remise en question par ceux qui me trouve trop laxiste avec la France du fait de ma nationalité ou de mes sympathies politiques, ou par d’autres qui me soupçonnent d’être trop dur avec le nouveau gouvernement.

Et beaucoup, éditorialistes ou politiques, me renvoient à mon passé de ministre de l’Economie et des Finances pour contester ma légitimité. C’est la fameuse thèse du « braconnier devenu garde-chasse », selon laquelle mes performances d’hier, supposées médiocres, ne m’autoriseraient pas à donner des leçons à des ministres plus efficaces. Pour résumer, n’étant pas parvenu jadis à faire revenir la France sous le seuil des 3% lorsque j’étais ministre entre 2012 et 2014, je ne serais pas habilité à évaluer l’effort fait aujourd’hui par la France.

Pour le dire franchement, cette ritournelle me lasse – si j’étais plus jeune je dirais volontiers qu’elle me gonfle ! Je veux ici répondre à ceux qui ont la mémoire budgétaire courte et qui vivent encore sur le préjugé éculé d’une gauche laxiste, dépensière, incapable de sérieux budgétaire.

Qu’on me permette donc de rappeler quelques vérités historiques, objectives et documentées pour tordre le coup définitivement à ces vieilles rengaines:

  • Les gouvernements de gauche ont ramené le déficit français de 5.3% en 2012 à 3,2% au printemps 2017, surtout grâce à un effort massif pendant les deux premières années. Il était à 3,9% fin 2014.
  • Contrairement à la situation actuelle où la croissance est proche de 2%, ces efforts ont été réalisés avec une croissance ultra-plate de 0,0% en 2012 et 0,3% en 2013.
  • Depuis le début de la crise en 2010, le déficit structurel de la France n’a jamais autant baissé qu’entre 2012 et 2014, sous mon mandat à Bercy. Aucun gouvernement n’a fait autant depuis la crise, loin s’en faut : 1 point par an sur 2012, 2013, 2014. En 2018 cet effort sera de 0,1% selon les hypothèses les plus optimistes des autorités françaises.
  • La France n’a jamais été sanctionnée par Bruxelles pour ses finances publiques. Au contraire! Le délai supplémentaire octroyé à la France par nos partenaires et la Commission, lorsque j’étais ministre des Finances, était une mesure économique reconnaissant nos efforts structurels, qui n’avait pas été demandée par la France.

Aurait-il fallu faire plus et ramener le déficit sous les 3% dès 2013? Pour cela il aurait fallu le réduire de 2,3% du PIB, qui plus est en une seule fois, dans une période de stagnation économique – pour le dire autrement la marche était tout simplement 10 fois plus haute qu’aujourd’hui, dans un contexte économique 10 fois moins porteur! C’eût été politiquement suicidaire et économiquement absurde, car cela aurait à la fois assommé les contribuables et massacré la croissance.

A l’époque, notre politique a été perçue comme un choc fiscal – que l’importance des déficits rendait hélas obligatoire. Il n’aurait pas dû être répété, et c’est pourquoi j’ai évoqué à l’été 2013 un ras-le-bol fiscal. Mais les intégristes des 3% dès 2013, ou 2014, étaient de véritables pousses-au-crime. +3 points de TVA : voilà quelle aurait été la facture, en plus de toutes les autres mesures prises. J’ai été jusqu’aux limites du raisonnable.

Le gouvernement actuel est en passe de transformer l’essai budgétaire et de passer enfin sous les 3%. C’est une œuvre collective. Ce résultat fait suite au travail d’assainissement réalisé lors du précédent quinquennat, qui se poursuit. La France n’a pas entamé son redressement budgétaire en 2017, elle ne passe pas subitement de l’ombre à la lumière.

Je me réjouis évidemment qu’elle aille mieux et qu’elle puisse – je l’espère sortir de la procédure de déficit excessif au printemps 2018. Ce sera le cas si le gouvernement actuel maintient comme il s’y est engagé le déficit sous 3% de façon durable. Il en a les moyens. Il faudra aussi à l’avenir réduire davantage les déficits structurels pour diminuer la dette publique, qui s’élève à 97% du PIB. Voilà bien le défi à relever désormais.

Une réflexion au sujet de « A bon entendeur ! »

  1. Le problème n’est pas l’efficacité d’ untel ou d’untel dans l’application des mesures d’austérité, mais c’est l’efficacité de ces mesures d’austérité, dont même le FMI critique le bien fondé…Donc effectivement Monsieur Moscovici, vous avez été très efficace dans la conduite d’une politique économique contre productive et inefficace….

Les commentaires sont fermés.