Pour un eurosocialisme convaincant

Dans tout juste 18 mois, 440 millions de citoyens voteront aux élections européennes. Et le week-end dernier, à Lisbonne, les partis socialistes des pays européens tenaient un important sommet pour se mettre en ordre de bataille. J’y ai participé.

Les dernières années n’ont pas été clémentes pour les sociaux-démocrates. Dans les pays où ils étaient au pouvoir, ils ont payé le prix de la crise au prix fort. En Allemagne, corsetés par l’accord de coalition, ils ont accepté l’ordolibéralisme économique et inspiré des politiques sociales sans en recueillir les fruits. Dans d’autres pays – dont la France – ils ont dû mener des réformes difficiles et assainir les finances publiques, en pleine tourmente économique et financière. Ce choix de la responsabilité fut aussi un choix douloureux – et au final sanctionné par leurs électeurs.

Résultat : la social-démocratie européenne a été un peu partout balayée électoralement. Et tout un courant de pensée se retrouve aujourd’hui quasi-orphelin : celui occupé par la gauche pro-européenne. Car il y a bien une gauche qui prospère : celle qui est radicale, méfiante à l’égard de l’Union, voire franchement nationaliste. Tout comme il y a des partis pro-européens, au centre ou à la droite de l’échiquier, qui gouvernent une majorité de nos Etats européens.

Mais un espace politique reste en souffrance : celui de la gauche progressiste européenne. L’offre est trop faible, tout simplement. Une page se tourne pourtant. Le socialisme éprouvé et essoré par la crise doit faire place au socialisme qui pense les réformes de progrès permises par la reprise.

Cette offre électorale doit se reconstituer depuis le niveau national. C’est indispensable : un parti européen a besoin de racines nationales. On peut aussi la reconstruire depuis le niveau européen – et le sommet de Lisbonne a posé de premiers jalons.
La gauche européenne est diverse, et il faut nouer ensemble des fils disparates.

Le sommet était organisé par l’un des rares gouvernements de gauche qui a su traverser la crise avec succès, c’est-à-dire mener des réformes sans renoncer à l’idéal européen ni au progressisme. Le socialisme d’Antonio Costa est probablement un bon point d’équilibre et d’ancrage pour une gauche européenne en reconstruction. Autour évoluent des leaders comme Jeremy Corbyn, avec qui j’ai échangé à Lisbonne – son socialisme a un centre de gravité sensiblement différent. Je me suis aussi entretenu avec Alexis Tsipras, dont les idées rejoignent aujourd’hui plus nettement celles de la gauche progressiste, mais qui n’est pas étiqueté socialiste !

A l’évidence, il n’est pas possible de se contenter d’un simple replâtrage, autour des vieux partis historiques et des plateformes socialistes traditionnelles. Il faut construire une offre originale, nouvelle, ouverte, à la fois de gauche, réformiste, écologiste, et par-dessus tout européenne.

Se préparer pour 2019 implique de rassembler ces sensibilités, pour refonder une social-démocratie européenne capable de se jeter dans la bataille. De la même façon que les communistes italiens d’Enrico Berlinguer avaient proposé dans les années 1970 un Compromis Historique et un « eurocommunisme » hostile à la domination de l’Union soviétique, il est temps que les socialistes inventent un « eurosocialisme » capable de comprendre les enjeux d’aujourd’hui et d’y répondre.

Il faudra repartir d’un projet de gauche commun, autour de ce qui fait notre identité. On connaît mes convictions : la gauche doit mettre en son cœur l’Europe, la solidarité et la lutte contre les inégalités. Bref : les sociaux-démocrates ont moins de deux ans pour bâtir un eurosocialisme convaincant.

Ne laissons pas la gauche aux radicaux et l’Europe à la droite et au centre !

2 réflexions au sujet de « Pour un eurosocialisme convaincant »

  1. Ce matin Pierre Moscovici a été très convaincant sur Inter.
    Le socialisme, l’Europe et la France auront besoin de lui.
    A souhaité qu’il trouve une place pour les servir

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