Portrait chinois

Le Congrès du Parti socialiste a débuté dans l’indifférence voire la commisération médiatique. Et pourtant, il est important. Important pour le parti de Jean Jaurès, Léon Blum et François Mitterrand, qui joue sa survie: il peut aussi bien disparaître que lentement mais surement renaître. Important aussi pour la France et son équilibre démocratique: notre pays, comme l’Europe, a besoin d’une social-démocratie robuste, convaincante et crédible, sans quoi l’alternance se joue entre un centre attrape-tout et des populismes concurrents, d’extrême droite, de droite dure ou de gauche nationaliste. C’est la thèse que je développe dans mon dernier livre Dans ce clair-obscur surgissent les montres, qui paraît chez Plon.

Je ne serai pas un acteur direct de ce Congrès. Ce n’est pas mon rôle aujourd’hui, j’ai trop à faire dans mes responsabilités européennes, avec mes combats pour muscler la croissance, garantir la conclusion réussie du programme grec à l’été 2018 et lutter contre la fraude et l’évasion fiscales. Mes fonctions actuelles m’obligent de surcroît à une forme d’impartialité. Et puis, j’ai beaucoup donné à la joute partisane au fil des ans, et le goût des combats d’appareil m’est un peu passé.

Mon avenir politique ne sera pas de cette nature. Les idées, les causes m’intéressent bien davantage. Pour autant, je ne suis pas indifférent au sort de ce parti, que j’ai beaucoup servi. Je suis et je demeurerai un homme de gauche, attaché à mon pays et à l’Europe.

Je ne veux donc pas aujourd’hui m’aligner dans une armée, derrière un chef. Mais je ne résiste pas au désir de dessiner le portrait chinois de celui qui, d’après moi, devrait diriger le Parti socialiste dans les années qui viennent.

Celui-ci, puisque ça sera un homme, devra selon moi :

  • affirmer une ligne impeccablement social-démocrate. Cela implique d’être passionnément européen, ancré dans l’économie de marché, engagé pour l’écologie. De plus, cela exige de définir les voies et moyens d’une lutte acharnée contre les inégalités qui, nous le voyons tous les jours, minent notre société. C’est d’un nouveau  » réalisme de gauche », pour parler comme Lionel Jospin jadis, que nous avons besoin.
  • incarner une nouvelle génération et piloter une équipe représentative de la force socialiste dans les territoires. Le Parti socialiste ne connaîtra pas cette année de leader suprême, il lui faudra du temps pour dégager un leadership présidentiel. Mais il possède encore bien des talents, jeunes et plus expérimentés, qui devront (ré)apprendre à travailler ensemble.
  • mettre en place un programme de travail. Le Parti socialiste fait depuis trop longtemps du sur place, il doit se remettre en mouvement. Idées, formes d’organisation militante, rapports avec les intellectuels, les forces sociales, la société civile : les chantiers ne manquent pas. Il faut une vraie cohérence et une démarche méthodique pour les affronter.
  • faire un inventaire clair et serein de ce qu’a amené la social-démocratie à cet étiage. Cet inventaire doit être fait – je m’y efforce dans mon livre. Pour cela, il faut se placer à bonne distance de deux écueils : la dénonciation aveugle d’un bilan mitigé, mais qui a ses forces et ses motifs de fierté, et la glorification absurde d’une période qui a débouché sur le pire échec de l’histoire de la gauche socialiste.

Certains candidats correspondent sans aucun doute plus que d’autres à ce portrait. Je vous laisse y réfléchir plus avant. La campagne tout comme le Congrès permettra encore d’affiner ses contours. Et elle me donnera peut-être l’occasion d’en dire plus. En attendant, faites vos jeux!