Protégeons les lanceurs d’alerte !

Sans les lanceurs d’alerte, la majorité des scandales fiscaux récents n’auraient jamais été révélés. Je pense par exemple aux LuxLeaks, qui ont marqué le début de mon mandat de Commissaire européen à la fiscalité, et au rôle exemplaire joué par Antoine Deltour.

Dans ces scandales, les lanceurs d’alerte ont bien souvent été le premier maillon de la chaîne. Ils ont exposé les pratiques fiscales abusives et déloyales mises en œuvre par certaines entreprises et tolérées par certains États. Ils ont ainsi permis aux législateurs, nationaux et européens, d’identifier les failles dans les législations et les mesures à prendre pour les réparer. Je pense notamment aux deux directives anti-évasion fiscale que j’ai proposées et fait adopter, qui suppriment une grande partie des dispositifs qui permettent aux entreprises de diriger leurs profits vers des paradis fiscaux. Je pense aussi à l’échange automatique d’information sur les rescrits fiscaux également, proposé par la Commission après les LuxLeaks et aujourd’hui en vigueur.

Plus encore, les lanceurs d’alerte nous ont donné l’impulsion politique nécessaire pour faire avancer la lutte contre la fraude et la planification fiscale agressive. Avec les journalistes, qui ont amplifié leurs révélations, ils ont contribué à informer et à sensibiliser les opinions publiques européennes et à mettre la pression sur les gouvernements des États membres. Pour le Commissaire à la fiscalité que je suis, c’est une bénédiction : si chaque scandale est un choc, c’est aussi une opportunité de faire avancer nos propositions au Conseil.

Bref, au cours des dernières années, les lanceurs d’alerte sont devenus des rouages essentiels du bon fonctionnement des démocraties européennes. Continuer la lecture

Après la crise, un projet progressiste pour l’Europe ? – Mon discours à l’Université McGill

Bonjour à toutes et à tous, je vous remercie beaucoup pour cette invitation à venir m’exprimer au centre Jean Monnet de Montréal dans l’enceinte de l’Université McGill. Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui pour échanger autour d’un sujet aussi crucial que celui du futur de l’Europe. J’aimerais vous livrer quelques clefs de lecture et d’analyse de l’état de l’Europe, 10 ans après que la crise la frappe. 

La crise économique et financière de 2008 a chamboulé l’Europe. Elle a été un choc dans l’Histoire de notre Union et est venue révéler nos faiblesses originelles, notamment en matière économique et financière. C’est certain, la crise a testé nos capacités de résistance et de résilience. En tant que Commissaire européen responsable des questions économiques et financières, la gestion de la crise économique et particulièrement du dossier grec, fut une des missions les plus déterminantes de mon mandat. 

10 après cet évènement profondément déstabilisant, j’estime que le temps du bilan et du constat est arrivé. Je vous remercie donc de me donner l’opportunité de le faire aujourd’hui. Je suis très heureux de me présenter devant vous avec de bonnes nouvelles. 

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Carnet de Congrès : les exigences de la renaissance

Samedi dernier, je suis intervenu lors du Congrès du Parti socialiste à Aubervilliers, pour y faire part de mon expérience de responsable européen, et pour témoigner de ma fidélité à ce qui est depuis plus de 30 ans ma famille politique. Car malgré les vents mauvais et en refusant tout opportunisme, je suis resté et resterai social-démocrate. J’ai donc bien volontiers accepté l’invitation des organisateurs. L’accueil a été très bon. J’y ai rencontré beaucoup de signes d’amitié, ainsi qu’une attention favorable à mon message pro-européen de gauche.

Ce Congrès tourné vers le redressement a montré les forces et les défauts des socialistes, les mêmes qui ont fait leurs heures victorieuses et causé leurs défaites les plus cruelles. Rien d’étonnant dans cette phase d’introspection et de changement. La suite de l’histoire est encore à écrire. Si ma famille politique veut retrouver auprès des Françaises et des Français une influence politique à la hauteur de son rôle passé, elle doit s’appuyer sur ses atouts, indéniables, et faire des choix politiques clairs.

La ressource fondamentale de ce parti, et donc sa force principale, réside dans son capital humain. Il y a dans la gauche sociale-démocrate un incontestable vivier de talents – élus, responsables politiques, militants – et une richesse intellectuelle que peu d’autres partis possèdent. Le socialisme français est une histoire, une culture, une fidélité, un engagement. S’il se remet au travail, avec modestie et obstination, il peut être utile à nos concitoyens, plus rapidement qu’on ne le croit. Le recul du temps dira si, comme le prédit Olivier Faure, le Congrès d’Aubervilliers sera un nouvel Epinay. Il fut, en tout cas, une étape importante du renouveau, avec la mise en place d’une équipe, représentant une nouvelle génération, autour d’un chef, avec une volonté de débattre, de se remobiliser autour d’un objectif politique – être la première force de gauche lors des prochaines consultations électorales – et un calendrier. Il reste à approfondir l’essentiel – la conception de ce que peut et doit être la gauche demain, et au premier chef son rapport à l’Europe. Le pari de la « Renaissance », pour être gagné, devra relever plusieurs défis et enfin affronter de vieux démons. Continuer la lecture