Après la crise, un projet progressiste pour l’Europe ? – Mon discours à l’Université McGill

Bonjour à toutes et à tous, je vous remercie beaucoup pour cette invitation à venir m’exprimer au centre Jean Monnet de Montréal dans l’enceinte de l’Université McGill. Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui pour échanger autour d’un sujet aussi crucial que celui du futur de l’Europe. J’aimerais vous livrer quelques clefs de lecture et d’analyse de l’état de l’Europe, 10 ans après que la crise la frappe. 

La crise économique et financière de 2008 a chamboulé l’Europe. Elle a été un choc dans l’Histoire de notre Union et est venue révéler nos faiblesses originelles, notamment en matière économique et financière. C’est certain, la crise a testé nos capacités de résistance et de résilience. En tant que Commissaire européen responsable des questions économiques et financières, la gestion de la crise économique et particulièrement du dossier grec, fut une des missions les plus déterminantes de mon mandat. 

10 après cet évènement profondément déstabilisant, j’estime que le temps du bilan et du constat est arrivé. Je vous remercie donc de me donner l’opportunité de le faire aujourd’hui. Je suis très heureux de me présenter devant vous avec de bonnes nouvelles. 

Aujourd’hui, la crise économique et financière appartient définitivement au passé et l’horizon économique des Etats membres s’embellit indéniablement. Tous les signaux sont au vert : la croissance économique de la zone affiche un taux de 2,5%, un record depuis 10 ans. De même, l’emploi traverse actuellement sa meilleure phase de croissance avec un taux de chômage dans la zone euro s’établissant à 8,5%, là aussi, son niveau le plus bas depuis 10 ans. Enfin, en matière d’assainissement des comptes publics, les Etats ont réalisé des efforts considérables. La moyenne des déficits publics en zone euro est aujourd’hui inférieure à 1%. Début mai, j’annoncerai les prochaines prévisions de croissance pour la zone euro, je suis confiant qu’elles confirmeront la tendance de ces derniers mois. 

Cette croissance vigoureuse et le dynamisme retrouvé de la zone euro : je m’en réjouis évidemment. J’appelle tout de même à la prudence pour éviter un risque de surchauffe en cas de croissance incontrôlée. Pour soutenir le potentiel de croissance de la zone, il conviendra notamment de stimuler les efforts d’investissements dans la recherche et développement ainsi que dans l’innovation. 

L’horizon économique de la France s’embellit aussi indéniablement. En 2017, la croissance économique atteignait les 2% du PIB et le taux de chômage se stabilisait à 8,9% de la population active, son plus bas niveau depuis 2009. On retrouve les niveaux d’avant-crise, c’est une excellente nouvelle d’autant plus que je connais les efforts qu’ils ont été nécessaires de mener pour le redressement de la croissance en France.

 En juin, j’espère annoncer la sortie de la Grèce de son programme d’assistance de l’Union européenne. Ce sera le signal que le chapitre douloureux de la crise financière est définitivement et irrévocablement terminé et aussi que, lorsque l’Union se donne les moyens de ses ambitions : elle peut surmonter bien des épreuves. 

Au-delà de la crise économique, l’Union européenne a été confrontée à bien d’autres défis ces dernières années. Je pense à la crise des réfugiés qui a révélé des divergences de vues profondes entre les Etats membres, évidemment au Brexit qui est un affreux rappel de la fragilité de notre Union et enfin, au flux et reflux des populistes chez plusieurs de nos voisins européens. J’aimerais insister sur ce point. 

Nous traversons indéniablement une époque politique extraordinaire dans l’Union européenne – elle est sans précédent. Elle se traduit d’abord par une fièvre populiste chez certains de nos voisins européens, notamment dans les pays d’Europe de l’Est qui ont porté au pouvoir des partis euro-sceptiques et souvent résolument xénophobes. Je pense par exemple à la Hongrie où le mandat du Premier Ministre Viktor Orban vient d’être renouvelé. Il porte des valeurs qui contreviennent aux principes sur lesquels l’Union européenne a été fondée, il faut les combattre.

Heureusement, les populistes n’ont pas gagné toutes les batailles et la marée populiste que beaucoup prédisaient ne s’est pas matérialisée. La grande bataille perdue ? Celle de la France ! En France, nos citoyens ont fait un choix tout à fait inverse en choisissant un président résolument pro-européen. J’ai le sentiment qu’il a ouvert une fenêtre d’opportunité pour l’Europe. 

Il convient tout de même de rester vigilant, nous sommes encore loin d’avoir convaincu tous les européens de l’intérêt de  notre projet commun. En Allemagne, le parti d’extrême droite – l’AFD – a fait son entrée au Bundestag. En Autriche, le Parti de la liberté détient des positions clefs au gouvernement. Enfin, les dernières élections parlementaires italiennes se sont traduites par une percée inédite des partis populistes et eurosceptiques. Nous devons ainsi rester lucides,  l’élection italienne démontre bien que la tentation et la force du populisme ne doivent être sous-estimées. 

La transformation radicale du paysage électoral européen s’est aussi caractérisée par une période de dégagisme inédite. Quand je parle de dégagisme,  je fais évidemment référence au recul des grandes formations partisanes traditionnelles dans beaucoup de pays d’Europe – la France en est ici un exemple frappant !

Les dernières années ont été particulièrement rudes pour les sociaux-démocrates à travers l’Europe. Les forces progressistes ont en effet payé un lourd tribut de la recomposition de la conjoncture politique européenne et la social-démocratie a été un peu partout balayée électoralement.

Cependant, j’en suis persuadé, la social-démocratie et le socialisme ne sont pas morts ! Même si nous sommes entrés dans une nouvelle ère politique, je suis convaincu que le clivage gauche-droite n’a pas disparu. Il existe encore car nous portons des valeurs fondamentalement différentes.

A l’approche des élections européennes qui se tiendront en mai 2019, cette échéance s’annonce lourde d’enjeux.

 Pourquoi ? Car même si l’Europe a prouvé sa capacité de résistance face aux multiples crises qui l’ont touchée, le sentiment de rejet et de mécontentement de l’Union n’a probablement jamais été aussi fort.

Le risque majeur que j’identifie à l’approche des élections européennes de 2019 est celui de la grande revanche des populistes. Si les populistes et eurosceptiques deviennent une force politique de premier plan à la Commission et au Parlement, nous courons le risque de l’ingouvernabilité et même de la paralysie de l’Union. Pour éviter cela, nous devons tous nous mobiliser et travailler ensemble pour apporter des résultats tangibles, immédiats et concrets de l’Europe. C’est seulement dans l’action que nous convaincrons !

To overcome the populist risk towards the election, I remain determined to make significant progress in the areas for which I am responsible. We have to make good use of the time we have left before the elections.  

 Within my portfolio, I identify three priorities

Firstly, I believe we should seize the opportunity to mend the Euro Area now by deepening the Economics and Monetary Union.

The Commission has met its responsibilities in adopting last December an ambitious first package of proposals, and additional measures will come in May together with our proposal for the next multi annual financial framework.

In order to reduce the risks of future financial crisis the completion of banking union is of utmost priority. The creation of a collective fiscal backstop to the Single Resolution Fund together with the establishment of a European Deposit Insurance Scheme coupled with further measures to reduce remaining vulnerabilities in the banking sector and would significantly reduce the risk of a bank failure spiralling out into an outright financial crisis and thereby protect tax payers money.

Moreover, we have to make sure that the resilience of our economies is improved and convergence is not jeopardised by when unforeseen economic shocks occur. Therefore, I am in favor of establishing a central fiscal capacity to help stabilise euro area economies in case of a harsh economic downturn and to support governments in undertaking growth-enhancing reforms at home

 The window of opportunity before us to take a credible set of decisions on deepening EMU is an increasingly narrow one. It will remain open until the June Euro Summit, not longer than that. So we need now to accelerate our work.

My second priority will be the official exit of Greece from its last bailout programme in June. The next few six months constitute the home stretch of the memorandum era, which began almost eight years ago in the spring of 2010.  The swift, smooth and successful conclusion of the third review bodes well for the next steps. Thereafter there is just one, final review left to complete before the programme concludes in the summer. There is every reason to hope and expect that the final review will go equally smoothly, provided the good constructive spirit that has defined the cooperation over recent months is maintained by all partners.

I am looking forward to see Greece become, in economics terms, a normal European country once again. I am also glad for the Greek people who have made tremendous efforts to strengthen their economy and these sacrifices are now paying off.

My third priority during the last months of my mandate at the European Commission will be to continue and strengthen the fight against tax evasion in Europe and in the world.  

In spite of having to work with the unanimity rule on these issues, we have achieved an enormous amount over the past few years : an end to banking secrecy in Europe, the automatic exchange of information on tax rulings, new transparency requirements for tax intermediaries, and of course the first ever EU list of tax havens. Three years ago, the idea that we would have agreed a European list of tax havens would not have seemed plausible.  

I am also fighting for the modernization of EU fiscal rules. Indeed, the threat to our tax revenues comes not only from tax evasion and avoidance but from the fact that the rules for taxing digital companies are out-of-date as they don’t recognise how value is created in the modern economy. That called for a fundamental overhaul of our corporate tax systems in Europe. Our recent proposals on the taxation of the digital economy will ensure that the digital sector, which is becoming ever more dominant, pays its fair share of tax.

Much still needs to be done and I intend to keep pushing our Member States to take the necessary decisions.

 I do not fear the upcoming European elections. On the contrary, after years of losing ground to other parties, I see the elections as an opportunity for progressive forces across Europe to thrive again. But that requires all socialists and social-democrats in the European Union to join forces and offer a positive agenda based on our cores values.

The public debate surrounding the European elections gives us a chance to collectivity think about the future of Europe and to shape the Europe of tomorrow.  In order to make our Union more desirable in the eyes of our citizens and to convince them of the benefits of our project –Europe should follow two directions.

Firstly, I believe we have to engage stronger in the fight against inequalities. Even though the European economy is in much better position than anyone expected, inequalities between EU member states are also increasing. Not every state benefits equally from the gains from growth. These economics and social inequalities between member states are largely the legacy of the ten years crisis – who didn’t affect the countries similarly.

Secondly, I am convinced that the European Union has to follow the path of a stronger democracy. I am very much aware about the EU democratic deficit on some issues as I witnessed it first-hand mostly while dealing with the Greek crisis, first as France Minister of Finance, then as a the EU Commissioner for economic and financial affairs.

Every critical decisions we made during the Greek crises, affecting the life of millions of European citizens, took place within the framework of the Eurogroup – an informal institution with no transparency nor responsibility towards the European Parliament. 

For a more democratic Union, I am pushing for a true governance and institutional revolution – mostly in the Economics affair. That is why I am strongly supporting the creation of an European Minister of Economy and Finance who would be Vice-President of the European Commission as well as Chair in the Eurogroup. Most importantly, the European Minister of Economy and Finance would be accountable to the European Parliament.

I am convinced that the only way, not only to defeat populist forces in the EU, but also for the European progressives to perform well during the next elections is to carry out proudly the core socialist values: justice, solidarity and democracy. I believe that is how we will rally citizens behind us, behind a greater Europe.

 To conclude, I would really like to congratulate, a bit in advance, the two winners of the Prix Jean Monnet 2018, who are about to be announced. They are rewarded for the excellence in European studies. I thank them very much for the dedication and I sincerely welcome their interest in our Union as I believe that the European Union has a lot to learn from such a great federation as Canada.

Thank you very much for your attention.

Une réflexion au sujet de « Après la crise, un projet progressiste pour l’Europe ? – Mon discours à l’Université McGill »

  1. Monsieur Moscovici

    On vous savait paresseux, vous êtes plus souvent à Saint Germain des Prés qu’à Bruxelles, par contre on ne vous imaginait pas aussi lache, aucun commentaire de votre part sur l’affaire Selmayr..
    Vous donnez l’impression de vous accrocher à un râtelier bien garni
    C’est lamentable..

    Je ne suis pas un opposant politique. Juste un français indigné.

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