Après 8 années d’assistance financière : où en est la Grèce ?

Il n’est pas exagéré de dire que la crise économique qui s’achève a fait une victime principale : la Grèce. La violence du choc financier a été telle que l’ensemble des structures économiques, sociales et politiques du pays a été touché profondément, durablement.

Avec le recul, cela n’est guère surprenant. Les comptes publics avaient été maquillés pour dissimuler un déficit abyssal, provoquant la perte de confiance des marchés. La crise a soudain révélé – et amplifié – les faiblesses originelles de l’économie grecque et la fragilité structurelle de son appareil d’État, qui peinait à collecter l’impôt ou recrutait des fonctionnaires sans en connaître le nombre exact. La Grèce était à bout de souffle avant la crise. Celle-ci l’a laissée exsangue.

Pour éviter le scénario catastrophe du Grexit et l’effritement mortifère de la zone euro, les Européens ont pris leurs responsabilités. Les pays de la zone euro, la Commission européenne et le Fonds Monétaire International (FMI) ont décidé de se substituer aux marchés et de mobiliser une aide financière inédite et d’ampleur pour la Grèce, en échange d’une réforme profonde de son économie et de son administration.

Solidarité contre réformes, voilà le deal politique et financier qui conduit notre action depuis mai 2010 et qui trouvera sa conclusion à la réunion de l’Eurogroupe de demain. Je l’espère et j’y travaille.

Huit années ont passé et 273 milliards d’euros ont été prêtés à la Grèce, au titre de trois programmes consécutifs. Le montant peut faire tourner la tête, mais ces prêts n’ont pas été versés en vain.

Qu’a accompli la Grèce en une décennie de réformes ? En un mot : énormément ! En une phrase : plus qu’aucun autre État européen ces dernières années ! Et pour le dire simplement : la Grèce a opéré un changement profond de ses structures qui commence à porter ses fruits. Voici quelques-uns des travaux d’Hercule de la Grèce depuis 2010.

  • Tout d’abord sur l’impôt, véritable talon d’Achille de l’Etat grec. L’impôt sur le revenu est désormais plus juste et plus efficace grâce à l’élargissement de l’assiette fiscale et l’abaissement du seuil minimal d’imposition. Les recettes fiscales sont ainsi plus importantes et mieux réparties. Parallèlement, un cadastre est enfin mis en place. Avec 29% des propriétés couvertes en 2018 et 100% en 2021, l’État grec pourra vérifier patrimoine et déclaration fiscale et in fine améliorer la collecte de l’impôt. C’est aussi un dispositif efficace de lutte contre l’évitement de l’impôt.
  • Deuxièmement, nous nous sommes attelés avec les autorités grecques à stabiliser le système bancaire. Pour une meilleure gouvernance et limiter les interférences de toutes sortes, nous avons introduit plus d’indépendance et de transparence dans les autorités bancaires nationales, conformément aux meilleures pratiques internationales. Notre attention s’est ensuite portée sur l’assainissement des bilans de ces banques par une réduction des prêts non-performants. C’était déterminant pour assurer un retour des banques grecques sur les marchés et garantir un financement de l’économie au soutien de l’investissement, des créations d’emploi et de la croissance.
  • Enfin, nous avons dû retisser la toile sociale de la Grèce, durement éprouvée par la crise mais aussi marquée par des inégalités structurelles. J’ai considéré de mon devoir de protéger les citoyens grecs de la pauvreté. Avec les autorités grecques, nous avons tout d’abord intégralement repensé les systèmes sociaux permettant un redéploiement des ressources vers les plus fragiles : les étudiants, les chômeurs et les familles en difficulté. Nous avons également modernisé le système de santé par le renforcement du réseau de soins primaires et le développement d’une couverture maladie universelle. Près de 2 millions de grecs, auparavant non-assurés, ont désormais un accès complet aux soins.Enfin, nous avons renforcé le filet de sécurité sociale en mettant en place un revenu de solidarité sociale pour lutter efficacement contre la précarité dans le pays. Plus de 600 000 grecs ont déjà pu en bénéficier – près de 6% de la population grecque. C’est une victoire !

Quel bilan tirer de ces 8 années d’assistance financière ? Les sacrifices des Grecs ont payé et le pays est indéniablement sur la voie de la normalisation économique – les signaux en sont nombreux.

  • Après une longue période de récession – l’activité se contractant jusqu’à -9,1% en 2011 – puis de croissance fragile, l’économie grecque affiche désormais une croissance solide en 2017 (+1,4% du PIB) et nos prévisions confirment cette tendance : +1,9% en 2018 et +2,3% en 2019.
  • Sur le plan budgétaire, les résultats ont été impressionnants. Alors que la Grèce présentait en 2009 le déficit budgétaire le plus élevé d’Europe – 15,1 % -, elle enregistre désormais un excédent budgétaire de 0,8%.
  • Les réformes du marché du travail, les gains de compétitivité et le retour de la croissance commencent à porter leurs fruits. C’était une de nos priorités, car derrière la crise économique, s’est jouée en Grèce une tragédie sociale que nous devions combattre. Atteignant près de 27,9% au plus fort de la crise, le taux de chômage est redescendu à 20,1% en 2017 et poursuit sa tendance à la baisse. Ce niveau est toujours beaucoup trop élevé, mais on progresse.

Ces bonnes performances redonnent confiance aux acteurs économiques. Pour preuve, toutes les principales agences de notation ont relevé la note grecque au cours de ces derniers mois et le rendement des obligations à 10 ans s’établit à 4%, son niveau le plus bas depuis 2006.

Le Grèce est désormais dans la dernière ligne droite et en passe de conclure son troisième programme d’ajustement économique. Je suis convaincu que nous trouverons un accord lors de l’Eurogroupe de demain, en vue d’une sortie définitive du programme pour le 20 août – j’en fais ma priorité.

Ce sera un moment historique pour le peuple grec, qui mérite de reprendre le contrôle de ses politiques et de retrouver sa pleine souveraineté économique et financière. C’est aussi un symbole fort pour l’ensemble de la zone euro, témoignage de ce que nous pouvons accomplir ensemble.

Il appartient maintenant à la Grèce de transformer l’essai. L’économie se redresse, mais demeure fragile et lourdement handicapée par une dette publique abyssale de 180% PIB. La sortie du programme est une première étape – déterminante certes -, mais il reste beaucoup de travail à accomplir.

Il est primordial que le gouvernement Grec poursuive ses efforts de désendettement et s’engage dans une stratégie de croissance durable. J’ai pleinement confiance dans les autorités grecques pour mener ce chantier. Nous serons à leurs côtés durant cette période.

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