Grèce, le retour à la normale

Le 20 août prochain marquera la sortie définitive de la Grèce de son troisième programme d’assistance financière. Enfin ! Cette étape décisive est le résultat des sacrifices consentis par le peuple grec ces 8 dernières années pour rester dans la zone euro et de la détermination des autorités – tous partis confondus – à mener les réformes nécessaires au redressement du pays.

Dans 40 jours donc, la Grèce va retrouver son autonomie et revenir dans le cadre de coordination économique commun à tous les pays de la zone euro. L’Europe n’abandonne pas la Grèce pour autant. Car le travail n’est pas fini pour la remettre sur la voie d’une croissance durable. Nous avons mis fin à l’austérité et posé des fondations solides pour la reprise actuelle. Il faut maintenant poursuivre ce chemin. Je constate d’ailleurs dans une enquête récente que les Grecs eux-mêmes souhaitent que l’Europe continue à aider leur pays.

Le 21 juin dernier, les ministres européens et les autorités grecques ont pris plusieurs engagements pour l’avenir. La Grèce s’est ainsi engagée à maintenir les réformes mises en place ces dernières années et à finaliser celles dont l’horizon va au-delà du 20 août prochain, d’ici à 2022. Les États de la zone euro, eux, mettront en place, comme promis, des mesures d’allègement de la dette, certaines très rapidement en échange des réformes déjà accomplies et d’autres sur les quatre prochaines années également.

La Commission européenne devra assurer le suivi de ces engagements respectifs. Et dans ce but, elle a décidé, ce 11 juillet, de mettre en place un cadre de surveillance renforcée qui entrera en vigueur le 21 août prochain. C’était un point important, partie intégrante de l’accord de l’Eurogroupe du 21 juin, en pleine coopération avec les autorités grecques.

De quoi s’agit-il exactement ?

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’un nouveau programme ! Je veux le redire ici avec force, après l’avoir fait devant le Parlement hellénique puis devant les députés européens, ce nouveau cadre de surveillance ne constitue ni une extension du programme actuel, ni un quatrième programme. Cette surveillance renforcée n’implique aucune nouvelle réforme, aucune nouvelle mesure, aucun nouvel effort, alors que la conclusion du 3ème programme a exigé l’adoption de 450 réformes, pour la plupart votées par le Parlement, et des ajustements budgétaires très importants, hors des normes du « semestre européen ».

Prétendre le contraire est une contre-vérité absolue. Cette attaque est franchement malhonnête et revient à mettre un but contre son camp : l’amélioration de la situation en Grèce, le retour de la Grèce à plus de liberté dans la définition de sa politique économique, sont de bonnes nouvelles pour les Grecs eux-mêmes, et il est du devoir de toutes les forces politiques prétendant gouverner le pays de valoriser ces avancées, et non pas de les nier ou les affaiblir ! Depuis 6 ans, je travaille étroitement avec les gouvernements grecs successifs, de droite comme de gauche. Je le fais parce que j’aime la Grèce et suis attaché au sort du peuple grec : c’est ma seule boussole. Je ne rentrerai pas davantage dans une querelle de petite politique.

Je suis convaincu que le cadre de surveillance aujourd’hui décidé est un bon compromis, tant pour le peuple grec que pour ses partenaires:

  • Pour la Grèce, car des réformes essentielles à la modernisation de l’État et de l’économie ne sont pas encore finalisées. Les Grecs ne ressentent pas tous les effets bénéfiques du retour de la croissance. C’est pourquoi il est déterminant de poursuivre les réformes nécessaires pour que leurs efforts n’aient pas été vains. Je pense par exemple à la finalisation du cadastre pour 2021, l’achèvement de certaines privatisations, ou encore à la réalisation d’un surplus budgétaire de 3,5% pour les 5 prochaines années afin de faire baisser leur dette trop élevée.
  • Pour les partenaires européens et internationaux, il est naturel que nous veillions à ce que les engagements pris dans le cadre du précédent programme soient respectés. La Commission européenne, tout en restant neutre dans son analyse, souhaite accompagner la Grèce dans ses efforts. Nous sommes déterminés à la voir retourner sur les marchés et retrouver sa juste place au sein de la zone euro.

Quelles seront les modalités concrètes de cette surveillance renforcée ? La Commission effectuera des visites régulières sur le terrain, afin de soutenir les autorités grecques dans l’achèvement de ces dernières réformes. C’est également lors du semestre européen que nous suivrons avec attention la trajectoire prise par la Grèce – comme nous le faisons pour tout autre Etat membre. La Grèce nous présentera son avant-projet de budget le 15 octobre 2018, comme tous les pays de la zone euro, comme l’Allemagne, comme la France ou l’Italie, et il sera apprécié en fonction de nos règles communes. En d’autres mots, il s’agit ici d’un changement en direction d’une plus grande autonomie dans l’élaboration des politiques économiques. Un pas de plus vers la normalité !

Voilà la seule philosophie de la décision prise aujourd’hui. L’Europe et la Commission restent pleinement déterminées à accompagner la Grèce sur le chemin de la croissance et du redressement. Ni plus, ni moins. Ce sera ma mission et ma seule ligne de conduite jusqu’à la fin de mon mandat. Demain comme hier, la Grèce peut compter sur mon attachement et sur mon engagement.