L’Italie ou l’exigence du dialogue

La Commission européenne a adopté cette semaine deux décisions importantes sur la situation économique italienne, sur lesquelles je crois utile de revenir plus en détail ici.

Première décision : notre avis sur le projet de budget italien pour 2019. Cela peut surprendre ceux qui ne suivent pas l’actualité européenne de près, mais durant la crise économique, les Etats membres de la zone euro ont décidé de demander à la Commission de vérifier chaque année si les projets de budgets respectaient bien les règles budgétaires européennes. Et c’est au titre de cette obligation légale donnée par les Etats, que nous avons rendu notre avis sur les 19 projets de budgets nationaux de la zone euro.

S’agissant du projet de budget italien, nous avons dû confirmer l’existence d’une « non-conformité particulièrement sérieuse » aux règles du Pacte de stabilité et de croissance. 

Notre opinion est la conséquence logique et attendue de la décision des autorités italiennes de ne pas respecter les règles pour 2019, en laissant filer leur déficit public. Malgré notre premier avis du 23 octobre et mes échanges réguliers avec le Ministre des finances, M. Tria, notamment lors de ma visite à Rome, les trois questions que nous avions sur la croissance, le déficit et la dette sont restées n’ont pas trouvé de réponse convaincante. L’Italie a décidé de ne pas changer son budget, dès lors, nous ne pouvions changer notre analyse.

Continuer la lecture

L’Allemagne et la construction européenne: il est temps de desserrer le frein

Quelques jours après la commémoration du centenaire de l’armistice de la Grande Guerre, la chancelière allemande Angela Merkel a présenté mardi dernier devant le Parlement européen sa vision du futur de l’Europe. Voilà un symbole extrêmement fort de ce qu’a accompli l’Europe en 70 années d’existence. Pensée sur les bases d’une amitié franco-allemande naissante et grâce à la détermination d’un petit groupe d’Etats, l’Union européenne est parvenue à lier 500 millions de citoyens européens dans la paix et à les réunir autour de valeurs démocratiques et humanistes. Le couple franco-allemand a été l’axe fort de la construction européenne et Angela Merkel s’est constamment montrée fidèle à ce projet.

Devant les députés européens, la Chancelière a réaffirmé avec force son engagement pro-européen, dont nul ne peut douter, après 13 années à la tête de l’Allemagne. Elle a également rappelé son attachement aux valeurs de l’Union européenne : la tolérance et la solidarité. Ils sont l’âme de notre projet commun. Sans eux, l’Union européenne ne peut pas fonctionner. Sans eux, l’Union européenne n’en vaudrait même pas la peine.

Cependant, l’action et la force de proposition allemandes ne sont pas toujours suffisamment puissantes, sur des sujets que les responsables européens devraient considérer comme prioritaires – tout simplement car ils le sont pour les citoyens.

Je pense à deux sujets en particulier, que la Chancelière a d’ailleurs évoqués durant son allocution : l’approfondissement de l’Union économique et monétaire et la taxation du numérique. Sur ces dossiers, dont je suis responsable à la Commission européenne, le moteur allemand semble parfois enrayé. Il est temps de lever ces blocages et d’apporter à nos concitoyens les preuves d’Europe qu’ils attendent.

Continuer la lecture

Les commissaires européens sont-ils un problème démocratique ?

Depuis que j’ai pris mes fonctions de commissaire aux affaires économiques, fiscales et aux douanes en 2014, c’est une question que l’on me pose constamment, presque quotidiennement. La critique du manque de légitimité démocratique des commissaires européens a enflé durant la crise grecque et se fait encore plus virulente depuis que la Commission européenne a demandé à l’Italie de lui présenter un projet révisé de son budget pour 2019.

Chaque jour, je lis cette opposition supposée entre une « bureaucratie non élue » et les gouvernements légitimes, entre les décisions technocratiques et les « budgets du peuple ». Eh bien, je la crois fausse et ne m’y reconnais pas ! Cette critique émane la plupart du temps d’hommes politiques populistes, hostiles aux institutions européennes mais aussi d’Européens qui se demandent légitimement de quel droit la Commission européenne s’immisce dans les décisions d’un gouvernement souverain et démocratiquement élu.

Je comprends les interrogations des citoyens européens. Aujourd’hui, je souhaite leur apporter un éclairage.

Continuer la lecture