Pour une souveraineté européenne – ma tribune au JDD

Un simple coup d’œil à la photo de famille du sommet du G20 devrait suffire à nous en convaincre : il y a urgence à renforcer la souveraineté européenne. Les amis d’hier sont devenus les mouches du coche d’aujourd’hui – pensons à Donald Trump, qui ne cache pas son intention de déstabiliser l’Europe. Les partenaires d’hier sont devenus les adversaires idéologiques d’aujourd’hui – pensons à la « démocratie » poutinienne et à l’influence qu’elle exerce sur l’est de l’Europe. Le consensus d’hier sur la démocratie libérale, ses principes, ses valeurs, s’est lentement érodé – si bien que les leaders européens présents au G20 semblent bien seuls, aux côtés des Premier ministres australien et canadien, entre l’autoritaire chef de gouvernement indien Modi ou le tonitruant Président turc Erdogan.

Les grandes puissances de ce début de XXIème siècle sont en rivalité économique et politique avec l’Europe et le cadre qui permettait à ces puissances de vivre ensemble en relative harmonie, le multilatéralisme, craque de partout. D’où une question simple, qui se pose à chaque Européen : voulons-nous subir le monde qui vient ou prendre notre destin en main?

Pour moi, la réponse est claire : l’Europe n’a pas d’autre choix que la souveraineté partagée. Pas la souveraineté obtuse que fantasment les nationalistes à l’échelle de chaque pays européen. Une souveraineté politique, forte et ouverte, qui ne renonce ni à l’échange, ni à l’accueil ; une souveraineté qui permette tout simplement à l’Europe de choisir – choisir avec qui et comment elle commerce, produit et se défend, choisir son modèle politique et son modèle social, choisir ses politiques publiques. 

Cette souveraineté ne se construira pas en un jour, ni même en une année. Mais à six mois des élections européennes, trois avancées sont à portée de main :

Première avancée, le renforcement du rôle international de l’euro – car une Europe souveraine, c’est une Europe capable diffuser l’usage de sa monnaie dans le monde. Pourquoi achetons-nous du pétrole ou vendons-nous nos Airbus en dollar, alors que nous disposons de la deuxième monnaie mondiale ? A l’heure où le Président Trump se sert du dollar comme d’une arme stratégique contre les intérêts commerciaux européens, on le voit en Iran, le renforcement international de l’euro bénéficierait bien sûr aux entreprises, qui n’ont aujourd’hui pas d’alternatives crédibles au dollar, mais contribuerait aussi à rendre le système financier international plus solide, en rééquilibrant les pratiques. Mercredi prochain, je présenterai au nom de la Commission un ensemble de propositions qui iront dans ce sens.

 Deuxième avancée, la taxation des géants du numérique – car une Europe souveraine, c’est une Europe capable de faire payer leur juste part d’impôt à toutes les entreprises, petites et grandes, européennes et non-européennes. L’avantage fiscal dont disposent aujourd’hui les géants du numérique est injustifiable et inacceptable. Il prive nos trésors publics de recettes dont les Européens ont besoin. Mardi prochain, les ministres des Finances des 28 devront décider si oui ou non, ils approuvent la taxe sur les géants du numérique proposée par la Commission et fortement soutenue par la France. Nous devons apporter ce jour-là une puissante preuve d’Europe.

Troisième et dernière avancée, un budget de la zone euro – car une Europe souveraine, c’est une Europe prospère et solidaire. Aujourd’hui, l’euro protège, mais il ne dynamise pas. Il ne contribue pas par exemple à réduire les divergences et les inégalités au sein de la zone euro. Pour cela, nous avons besoin d’un budget qui matérialise la solidarité européenne vis-à-vis les pays en difficulté, autour d’une idée simple : la zone euro va bien quand tous les pays qui la composent vont bien. Lundi prochain, les ministres des Finances des 19 pays de la zone euro en discuteront, sur la base des propositions de la Commission et d’une contribution franco-allemande.

Voilà trois sujets sur lesquels un accord d’ici les élections européennes n’est pas acquis mais possible et nécessaire. La Commission a pris ses responsabilités en mettant des propositions sur la table. La balle est dans le camp des Etats membres et de leurs ministres des Finances. Mon message est clair : à six mois des européennes, le temps n’est plus aux atermoiements, aux petits pas. Nous devons montrer aux citoyens européen qu’une Europe souveraine, qu’une Europe forte est possible. 

Si nous ne le faisons pas, nous courrons le risque de voir notre destin nous échapper. Mais pas seulement : nous laisserons aussi le champ libre à l’illusion populiste du « take back control » national, tout aussi dangereux pour notre unité. Et puis un jour, nous nous réveillerons et l’Union européenne ne sera plus là. Il n’y aura plus que 27 petites barques, ballottées sur les flots de l’histoire et menacées par le risque du retour des guerres sur notre continent. Ne marchons pas vers cet abîme comme des somnambules : réveillons-nous !

2 réflexions au sujet de « Pour une souveraineté européenne – ma tribune au JDD »

  1. M. Moscovici,
    Oui à l’Europe. Mais pas à l’U.E. actuelle qui n’a rien d’une démocratie car elle est gouvernée par des fonctionnaires et des technocrates qui n’ont que faire de la volonté des populations. Malgré notre fort sentiment européen, nous sommes contraints de rejeter cette Europe là. Si vous n’en prenez pas conscience, vous le constaterez de visu en 2019.
    Proposez aux populations de se prononcer sur un projet de constitution confédérale qui soit réellement démocratique, qui respecte les nations et leur laisse une large autonomie, qui protège réellement les populations et la civilisation européenne !

  2. Bonjour Très Cher,

    message reçu et compris. Le sort des européens reste toutefois encore entre leurs mains. Heureusement…

    Les actualités sont imprévisibles. Étant au cœur des décisions, vous savez bien de quoi vous parlez. Je reste en alerte. Toujours prêt et suivant les évolutions jour après jour.

    Thierry Simo
    Précurseur du Nouveau Socialisme.

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