Budget italien : la grande victoire du dialogue

La Commission européenne et les autorités italiennes se sont mises d’accord sur un projet de budget pour 2019 permettant d’éviter l’ouverture d’une procédure de déficit excessif sur la base de la dette. Après plusieurs semaines de négociations difficiles, le gouvernement italien a pris des engagements budgétaires suffisamment crédibles pour stabiliser le niveau de la dette italienne et repousser la perspective d’une nouvelle procédure et de possibles sanctions financières. Je m’en réjouis évidemment et je tiens à saluer la volonté de coopération dont ont fait preuve nos interlocuteurs italiens.

Au-delà des aspects techniques de cet accord, je retiens surtout trois enseignements de ce processus. Trois leçons sur l’application des règles budgétaires européennes, sur les relations entre la Commission européenne et les Etats membres et enfin, plus généralement, sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il me paraît particulièrement utile de les souligner à l’heure où la Commission européenne est, à mon avis, injustement critiquée pour son apparente obsession pour la rigueur, sa technocratie exacerbée ou encore son déficit démocratique.

Premièrement, cet accord démontre que le dialogue politique et la concertation sont des stratégies payantes. Pot de terre contre pot de fer : voilà la manière dont de nombreux commentateurs ont cherché à caricaturer les échanges qui se sont tenus entre la Commission européenne et le gouvernement italien ces dernières semaines. Les plus eurosceptiques – et les plus cyniques – paraissaient même avides d’un affrontement et d’une crise ouverte. Il faut dire que cela aurait bien servi leurs intérêts et nourri leurs rhétoriques anti-Europe. Fort heureusement, il n’en a pas été ainsi. Tout au long de nos négociations, le dialogue l’a emporté sur la confrontation et l’écoute sur le conflit. Nous avons conduit des discussions politiques de plus haut niveau à Rome, à Bruxelles et à Buenos Aires avec le Président du Conseil Giuseppe Conte et le Ministre Giovanni Tria. Un échange constructif s’est ouvert et nous sommes parvenus à converger vers des critères communs. Cela a pris du temps et de l’énergie mais, au final, l’intelligence a prévalu.

Deuxièmement, cet accord témoigne de l’efficacité des règles budgétaires européennes. Elles sont bien trop souvent décrites comme un carcan trop rigide dont le seul but est de contraindre ou de sanctionner. Une nouvelle fois, nous avons prouvé qu’il n’en est rien ! Cet épisode est une démonstration forte que les règles budgétaires offrent un cadre indispensable pour dialoguer sereinement et garantir la maîtrise des finances publiques européennes, et en particulier contenir l’expansion de la dette. Ma conviction profonde est que nos règles sont efficaces quand elles sont appliquées dans un esprit constructif plutôt que punitif. C’est utilisées de manière flexible et intelligente et non rigide ou mécanique que nos règles fonctionnent et concilient le respect des choix souverains avec le sérieux budgétaire. Cette conviction a dirigé mon action de Commissaire ces quatre dernières années et est encore renforcée aujourd’hui. 

Troisièmement, cet accord est la preuve que le respect des règles garantit l’intérêt général de l’Union européenne, de la zone euro et de l’Italie. Les projets de plans budgétaires que les autorités italiennes nous ont envoyés en octobre et novembre proposaient de creuser le déficit structurel dans des proportions sans précédent, risquant d’alourdir encore le poids de la dette publique italienne, déjà très élevé, à 131% du PIB. Cela faisait peser un risque sérieux sur la stabilité financière de l’Italie et, par conséquent, celle de toute la zone euro. Après plusieurs semaines de dialogue, nous sommes enfin parvenus à un accord qui n’affiche plus de déconsolidation budgétaire et c’est une très bonne nouvelle ! Les 9 milliards de mesures présentées par les autorités italiennes ainsi que la flexibilité accordée par la Commission au titre des circonstances exceptionnelles – l’effondrement du pont de Gênes et les terribles inondations qui ont frappé les Italiens – forment un paquet cohérent budgétairement et politiquement. Je suis ravi que la Commission soutienne l’Italie dans ses efforts pour la rénovation de ses infrastructures et pour la protection des Italiens en cas de catastrophe naturelle. Au même titre que le respect des règles budgétaires, je considère que c’est notre devoir !  Nous resterons bien entendu vigilants à la bonne exécution du budget 2019, comme les Traités nous le demandent. 

En bref, l’accord que nous avons trouvé démontre que la Commission n’est pas l’ennemie de l’Italie comme tant de commentateurs l’ont assené. Au contraire, nous avons travaillé main dans la main pour trouver une solution commune. Elle protège les intérêts de tous. Je suis fier de cette réussite collective, qui ne fait que des gagnants et confirme la place de l’Italie au cœur de la zone euro et de l’Union européenne.