Die Griechenlandkrise oder das Ende der Odyssee

Laut Homer verbrachte Odysseus beinahe 10 Jahre auf See, bevor er wieder sicheren Hafen erreichte und auf seinen Thron und zu seiner Familie und seinem Volk zurückkehren konnte. Ein Jahrzehnt war er unbekannten Gefahren und der Launenhaftigkeit der Götter ausgesetzt gewesen. Stürme beutelten ihn hin und her. Schemenhafte Monster stellten sich ihm in den Weg. Und er verstand es, den Verlockungen der Sirenen zu widerstehen. Es war stets entschlossen, um sein Überleben zu ringen.

Vergleichbar mit der Rückkehr Odysseus’ nach Ithaka erreicht heute Griechenland sein Ziel. Es kann endlich aufatmen und den Weg betrachten, den es zurückgelegt hat, und sich mit Zuversicht der Zukunft zuwenden.

Der 22. Juni 2018 wird ein markantes Datum in der modernen Geschichte Griechenlands und der Eurozone bleiben. Es markiert das Ende einer beispiellosen Krise, die das Land mit unerhörter Wucht getroffen und den Willen eines ganzen Volkes sowie aller Europäer zur Verteidigung des Euro und zur gegenseitigen Solidarität einer ernsten Prüfung ausgesetzt hat. Mit dem Abschluss des Finanzierungsprogramms und den wirtschafts- und finanzpolitischen Beschlüssen hat die Eurogruppe diese Krise in der vergangenen Nacht aufgelöst und eine neue Grundlage für die Zukunft der griechischen Wirtschaft und des griechischen Volkes gelegt. Continuer la lecture

La crise grecque ou la fin de l’Odyssée

Selon le récit d’Homère, Ulysse a mis presque dix ans à revenir à bon port, retrouver son trône, sa famille et son peuple. Une décennie de périples dans l’inconnu, soumis à la volonté des Dieux et balloté par les vents, rencontrant des monstres chimériques, résistant à la tentation des sirènes et – plus que tout – luttant avec détermination pour sa propre survie.

Tel Ulysse de retour à Ithaque, la Grèce arrive enfin à destination aujourd’hui, dix ans après le début d’une longue récession. Elle peut enfin souffler, regarder le chemin parcouru et contempler de nouveau l’avenir avec confiance.

Le 22 juin 2018 restera une date marquante dans l’histoire de la Grèce moderne et de la zone euro. Elle marque la fin d’une crise sans précédent, d’une violence inouïe, qui a testé la volonté de tout un peuple, mais aussi celle des Européens à défendre l’euro et la solidarité entre nous. Une crise qui s’est dénouée cette nuit à l’Eurogroupe par la conclusion du programme d’assistance financière et par des décisions politiques et financières fortes qui assureront l’avenir économique de la Grèce et de son peuple.

La Grèce a été la victime principale de la crise économique en Europe ces dix dernières années. Beaucoup a été demandé, voire imposé, durant ces années de programmes. Beaucoup a été accompli pour restructurer en profondeur une économie en ruine et refonder une administration dépassée. Des erreurs politiques et économiques ont été commises à Athènes, mais aussi à Bruxelles, Berlin et Washington. J’y reviendrai prochainement. Continuer la lecture

After eight years of financial assistance: where does Greece stand?

It is no exaggeration to say that the principal victim of the economic crisis was Greece. The violence of the financial shock was such that the country’s economic, social and political structures were all affected, in a profound and lasting manner.

We all know the story of how the crisis began. The true state of the public accounts had been hidden, masking a gaping deficit. When it was revealed, market confidence evaporated. The crisis suddenly revealed – and amplified – the underlying weaknesses of the economy and the structural fragility of the state apparatus, which had difficulty collecting taxes or even knowing the exact number of civil servants recruited.

Yet Grexit would have been a disaster, implying a fatal erosion of the euro area. To avoid that scenario, Europeans assumed their responsibilities. The euro area countries, the European Commission and the International Monetary Fund (IMF) stepped in to replace the markets, mobilising an unprecedented amount of financial assistance for Greece in exchange for deep reform of its economy and administration. Continuer la lecture

Après 8 années d’assistance financière : où en est la Grèce ?

Il n’est pas exagéré de dire que la crise économique qui s’achève a fait une victime principale : la Grèce. La violence du choc financier a été telle que l’ensemble des structures économiques, sociales et politiques du pays a été touché profondément, durablement.

Avec le recul, cela n’est guère surprenant. Les comptes publics avaient été maquillés pour dissimuler un déficit abyssal, provoquant la perte de confiance des marchés. La crise a soudain révélé – et amplifié – les faiblesses originelles de l’économie grecque et la fragilité structurelle de son appareil d’État, qui peinait à collecter l’impôt ou recrutait des fonctionnaires sans en connaître le nombre exact. La Grèce était à bout de souffle avant la crise. Celle-ci l’a laissée exsangue.

Pour éviter le scénario catastrophe du Grexit et l’effritement mortifère de la zone euro, les Européens ont pris leurs responsabilités. Les pays de la zone euro, la Commission européenne et le Fonds Monétaire International (FMI) ont décidé de se substituer aux marchés et de mobiliser une aide financière inédite et d’ampleur pour la Grèce, en échange d’une réforme profonde de son économie et de son administration. Continuer la lecture

Élections européennes: le compte à rebours est lancé!

Le compte à rebours est lancé! Dans un an très exactement, les Européens se rendront aux urnes. Ils décideront à la fois de la composition du prochain Parlement européen, du projet politique européen pour les prochaines années et du futur président de la Commission chargé de porter ces priorités. A un an du scrutin, l’équation comporte de nombreuses inconnues: le programme de chacune des familles politiques, leurs rapports de force, leurs têtes de liste, l’émergence de forces nouvelles et, bien entendu, le taux de participation qui recule depuis 1979.

Face à ces inconnues, je crois utile de s’interroger sur le paradoxe européen actuel: nos économies vont mieux mais les formations populistes et eurosceptiques progressent fortement.

D’un côté – nos prévisions économiques le montrent trimestre après trimestre –, la croissance est là, et elle est solide. Elle atteint son plus haut niveau depuis dix ans. Le taux de chômage retrouve de ses niveaux d’avant-crise. Il n’y a jamais eu autant de personnes en emploi dans la zone euro. Tous les pays partageant l’euro sont désormais sous 3% de déficit, une première depuis la création de notre monnaie. Continuer la lecture

Protégeons les lanceurs d’alerte !

Sans les lanceurs d’alerte, la majorité des scandales fiscaux récents n’auraient jamais été révélés. Je pense par exemple aux LuxLeaks, qui ont marqué le début de mon mandat de Commissaire européen à la fiscalité, et au rôle exemplaire joué par Antoine Deltour.

Dans ces scandales, les lanceurs d’alerte ont bien souvent été le premier maillon de la chaîne. Ils ont exposé les pratiques fiscales abusives et déloyales mises en œuvre par certaines entreprises et tolérées par certains États. Ils ont ainsi permis aux législateurs, nationaux et européens, d’identifier les failles dans les législations et les mesures à prendre pour les réparer. Je pense notamment aux deux directives anti-évasion fiscale que j’ai proposées et fait adopter, qui suppriment une grande partie des dispositifs qui permettent aux entreprises de diriger leurs profits vers des paradis fiscaux. Je pense aussi à l’échange automatique d’information sur les rescrits fiscaux également, proposé par la Commission après les LuxLeaks et aujourd’hui en vigueur.

Plus encore, les lanceurs d’alerte nous ont donné l’impulsion politique nécessaire pour faire avancer la lutte contre la fraude et la planification fiscale agressive. Avec les journalistes, qui ont amplifié leurs révélations, ils ont contribué à informer et à sensibiliser les opinions publiques européennes et à mettre la pression sur les gouvernements des États membres. Pour le Commissaire à la fiscalité que je suis, c’est une bénédiction : si chaque scandale est un choc, c’est aussi une opportunité de faire avancer nos propositions au Conseil.

Bref, au cours des dernières années, les lanceurs d’alerte sont devenus des rouages essentiels du bon fonctionnement des démocraties européennes. Continuer la lecture

Après la crise, un projet progressiste pour l’Europe ? – Mon discours à l’Université McGill

Bonjour à toutes et à tous, je vous remercie beaucoup pour cette invitation à venir m’exprimer au centre Jean Monnet de Montréal dans l’enceinte de l’Université McGill. Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui pour échanger autour d’un sujet aussi crucial que celui du futur de l’Europe. J’aimerais vous livrer quelques clefs de lecture et d’analyse de l’état de l’Europe, 10 ans après que la crise la frappe. 

La crise économique et financière de 2008 a chamboulé l’Europe. Elle a été un choc dans l’Histoire de notre Union et est venue révéler nos faiblesses originelles, notamment en matière économique et financière. C’est certain, la crise a testé nos capacités de résistance et de résilience. En tant que Commissaire européen responsable des questions économiques et financières, la gestion de la crise économique et particulièrement du dossier grec, fut une des missions les plus déterminantes de mon mandat. 

10 après cet évènement profondément déstabilisant, j’estime que le temps du bilan et du constat est arrivé. Je vous remercie donc de me donner l’opportunité de le faire aujourd’hui. Je suis très heureux de me présenter devant vous avec de bonnes nouvelles. 

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Carnet de Congrès : les exigences de la renaissance

Samedi dernier, je suis intervenu lors du Congrès du Parti socialiste à Aubervilliers, pour y faire part de mon expérience de responsable européen, et pour témoigner de ma fidélité à ce qui est depuis plus de 30 ans ma famille politique. Car malgré les vents mauvais et en refusant tout opportunisme, je suis resté et resterai social-démocrate. J’ai donc bien volontiers accepté l’invitation des organisateurs. L’accueil a été très bon. J’y ai rencontré beaucoup de signes d’amitié, ainsi qu’une attention favorable à mon message pro-européen de gauche.

Ce Congrès tourné vers le redressement a montré les forces et les défauts des socialistes, les mêmes qui ont fait leurs heures victorieuses et causé leurs défaites les plus cruelles. Rien d’étonnant dans cette phase d’introspection et de changement. La suite de l’histoire est encore à écrire. Si ma famille politique veut retrouver auprès des Françaises et des Français une influence politique à la hauteur de son rôle passé, elle doit s’appuyer sur ses atouts, indéniables, et faire des choix politiques clairs.

La ressource fondamentale de ce parti, et donc sa force principale, réside dans son capital humain. Il y a dans la gauche sociale-démocrate un incontestable vivier de talents – élus, responsables politiques, militants – et une richesse intellectuelle que peu d’autres partis possèdent. Le socialisme français est une histoire, une culture, une fidélité, un engagement. S’il se remet au travail, avec modestie et obstination, il peut être utile à nos concitoyens, plus rapidement qu’on ne le croit. Le recul du temps dira si, comme le prédit Olivier Faure, le Congrès d’Aubervilliers sera un nouvel Epinay. Il fut, en tout cas, une étape importante du renouveau, avec la mise en place d’une équipe, représentant une nouvelle génération, autour d’un chef, avec une volonté de débattre, de se remobiliser autour d’un objectif politique – être la première force de gauche lors des prochaines consultations électorales – et un calendrier. Il reste à approfondir l’essentiel – la conception de ce que peut et doit être la gauche demain, et au premier chef son rapport à l’Europe. Le pari de la « Renaissance », pour être gagné, devra relever plusieurs défis et enfin affronter de vieux démons. Continuer la lecture