Les 20 ans de l’euro : l’âge de la maturité

Notre monnaie unique s’apprête à célébrer ses 20 ans. Elle est sans aucun doute la réalisation la plus concrète de l’intégration européenne pour les 340 millions de citoyens européens qui l’utilisent à travers 19 pays. L’euro est devenu plus qu’une simple monnaie : il est un symbole quotidien et tangible de notre intégration économique et de notre identité commune. 20 ans après son introduction sur les marchés financiers, l’euro est d’ailleurs plus populaire que jamais : 74% des citoyens de la zone euro considèrent que la monnaie unique est bénéfique à l’Union européenne. C’est le taux le plus haut depuis sa mise en circulation en janvier 2002. Les Européens font confiance à leur monnaie pour les protéger, ce qui est tout à fait remarquable après la crise qu’a connue la zone euro.

En deux décennies, l’euro s’est imposé comme une monnaie forte et est devenu une marque de la puissance économique et commerciale de l’Europe. Elle est aujourd’hui la deuxième monnaie internationale et environ 60 pays utilisent ou utiliseront l’euro et ont lié, d’une manière ou d’une autre, leur monnaie à la nôtre, notamment en Afrique. C’est une meilleure performance que celle de toutes les anciennes monnaies nationales réunies !

Il faut bien le reconnaître, la jeunesse de l’euro a été agitée : notre monnaie a été mise à rude épreuve. Le choc économique de 2008 a révélé les faiblesses originelles de l’architecture de la zone euro. Beaucoup ont, au plus fort de la crise, prédit son effondrement et sa dislocation suite à une hypothétique sortie de la Grèce de la zone euro et l’assistance financière décidée pour l’Irlande, le Portugal, l’Espagne et Chypre. L’euro est devenu la cible des critiques les plus virulentes de la part des formations politiques eurosceptiques et le retour à la monnaie nationale est désormais un élément central de leurs rhétoriques et programmes. L’hostilité que l’euro inspire à certains est bien la preuve qu’il est un symbole très fort de notre projet. Mais son évidence l’emporte. Marine Le Pen a perdu cette bataille avec fracas en mai 2017.

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Pour une souveraineté européenne – ma tribune au JDD

Un simple coup d’œil à la photo de famille du sommet du G20 devrait suffire à nous en convaincre : il y a urgence à renforcer la souveraineté européenne. Les amis d’hier sont devenus les mouches du coche d’aujourd’hui – pensons à Donald Trump, qui ne cache pas son intention de déstabiliser l’Europe. Les partenaires d’hier sont devenus les adversaires idéologiques d’aujourd’hui – pensons à la « démocratie » poutinienne et à l’influence qu’elle exerce sur l’est de l’Europe. Le consensus d’hier sur la démocratie libérale, ses principes, ses valeurs, s’est lentement érodé – si bien que les leaders européens présents au G20 semblent bien seuls, aux côtés des Premier ministres australien et canadien, entre l’autoritaire chef de gouvernement indien Modi ou le tonitruant Président turc Erdogan.

Les grandes puissances de ce début de XXIème siècle sont en rivalité économique et politique avec l’Europe et le cadre qui permettait à ces puissances de vivre ensemble en relative harmonie, le multilatéralisme, craque de partout. D’où une question simple, qui se pose à chaque Européen : voulons-nous subir le monde qui vient ou prendre notre destin en main? Continuer la lecture

L’Italie ou l’exigence du dialogue

La Commission européenne a adopté cette semaine deux décisions importantes sur la situation économique italienne, sur lesquelles je crois utile de revenir plus en détail ici.

Première décision : notre avis sur le projet de budget italien pour 2019. Cela peut surprendre ceux qui ne suivent pas l’actualité européenne de près, mais durant la crise économique, les Etats membres de la zone euro ont décidé de demander à la Commission de vérifier chaque année si les projets de budgets respectaient bien les règles budgétaires européennes. Et c’est au titre de cette obligation légale donnée par les Etats, que nous avons rendu notre avis sur les 19 projets de budgets nationaux de la zone euro.

S’agissant du projet de budget italien, nous avons dû confirmer l’existence d’une « non-conformité particulièrement sérieuse » aux règles du Pacte de stabilité et de croissance. 

Notre opinion est la conséquence logique et attendue de la décision des autorités italiennes de ne pas respecter les règles pour 2019, en laissant filer leur déficit public. Malgré notre premier avis du 23 octobre et mes échanges réguliers avec le Ministre des finances, M. Tria, notamment lors de ma visite à Rome, les trois questions que nous avions sur la croissance, le déficit et la dette sont restées n’ont pas trouvé de réponse convaincante. L’Italie a décidé de ne pas changer son budget, dès lors, nous ne pouvions changer notre analyse.

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L’Allemagne et la construction européenne: il est temps de desserrer le frein

Quelques jours après la commémoration du centenaire de l’armistice de la Grande Guerre, la chancelière allemande Angela Merkel a présenté mardi dernier devant le Parlement européen sa vision du futur de l’Europe. Voilà un symbole extrêmement fort de ce qu’a accompli l’Europe en 70 années d’existence. Pensée sur les bases d’une amitié franco-allemande naissante et grâce à la détermination d’un petit groupe d’Etats, l’Union européenne est parvenue à lier 500 millions de citoyens européens dans la paix et à les réunir autour de valeurs démocratiques et humanistes. Le couple franco-allemand a été l’axe fort de la construction européenne et Angela Merkel s’est constamment montrée fidèle à ce projet.

Devant les députés européens, la Chancelière a réaffirmé avec force son engagement pro-européen, dont nul ne peut douter, après 13 années à la tête de l’Allemagne. Elle a également rappelé son attachement aux valeurs de l’Union européenne : la tolérance et la solidarité. Ils sont l’âme de notre projet commun. Sans eux, l’Union européenne ne peut pas fonctionner. Sans eux, l’Union européenne n’en vaudrait même pas la peine.

Cependant, l’action et la force de proposition allemandes ne sont pas toujours suffisamment puissantes, sur des sujets que les responsables européens devraient considérer comme prioritaires – tout simplement car ils le sont pour les citoyens.

Je pense à deux sujets en particulier, que la Chancelière a d’ailleurs évoqués durant son allocution : l’approfondissement de l’Union économique et monétaire et la taxation du numérique. Sur ces dossiers, dont je suis responsable à la Commission européenne, le moteur allemand semble parfois enrayé. Il est temps de lever ces blocages et d’apporter à nos concitoyens les preuves d’Europe qu’ils attendent.

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Les commissaires européens sont-ils un problème démocratique ?

Depuis que j’ai pris mes fonctions de commissaire aux affaires économiques, fiscales et aux douanes en 2014, c’est une question que l’on me pose constamment, presque quotidiennement. La critique du manque de légitimité démocratique des commissaires européens a enflé durant la crise grecque et se fait encore plus virulente depuis que la Commission européenne a demandé à l’Italie de lui présenter un projet révisé de son budget pour 2019.

Chaque jour, je lis cette opposition supposée entre une « bureaucratie non élue » et les gouvernements légitimes, entre les décisions technocratiques et les « budgets du peuple ». Eh bien, je la crois fausse et ne m’y reconnais pas ! Cette critique émane la plupart du temps d’hommes politiques populistes, hostiles aux institutions européennes mais aussi d’Européens qui se demandent légitimement de quel droit la Commission européenne s’immisce dans les décisions d’un gouvernement souverain et démocratiquement élu.

Je comprends les interrogations des citoyens européens. Aujourd’hui, je souhaite leur apporter un éclairage.

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Saving Europe

I have often been asked in recent months whether I will be a candidate to lead the Socialist Party’s list in the May 2019 European elections. As a convinced socialist and European, I had to first ponder this serious question, considering also the crisis facing both Europe and the left.

The answer I give today is clear: the conditions are not met for me to engage in another electoral campaign for the Socialist Party. So I will not be participating in this process.

Let me explain why.

1. Europe is going through a deep and unprecedented political crisis, one which calls for an adequate response in the European elections.

For 60 years, Europe has always overcome its economic or political crises thanks to the vision of its leaders, the search for compromise for the common good, and deeper integration.

The current crisis is tragic, because it threatens the very existence of the European project. For the first time since the Second World War, Europe’s democratic and humanist values are being challenged by certain political parties which, whether in government, in coalition or in national parliaments, advocate inward-looking policies and the rejection of others. They dream of « illiberal democracy »: coming to power via the ballot box, only to then undermine democracy by questioning the rule of law, attacking media freedom and destroying the independence of the judiciary.

Europe is at a crossroads. If we do nothing, the Orbans, Salvinis, Kaczynskis and Le Pens of this world will design a Europe where the judiciary and the press are controlled, foreigners stigmatised, minorities threatened. Populists to some, nationalists to others: to me, all of these far-right leaders are the enemies of the open and liberal democracies that we have built since 1945 in order to guarantee peace.

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Sauver l’Europe

On m’a souvent demandé ces derniers mois si je serai candidat à la tête de liste du Parti socialiste aux élections européennes de mai 2019. Le socialiste et Européen convaincu que je suis se devait de s’interroger face à la crise de l’Europe et de la gauche.

Je réponds aujourd’hui nettement : les conditions ne sont pas remplies pour m’engager à nouveau dans un processus électoral pour le PS. Je n’y participerai donc pas et je veux m’en expliquer.

1. L’Europe traverse une crise politique, inédite et profonde qui exige une réponse à la hauteur lors des élections européennes.

Depuis 60 ans, l’Europe a toujours surmonté ses crises économiques ou politiques par la vision de ses leaders, la recherche d’un compromis pour le bien commun et une intégration plus poussée.

La crise actuelle est tragique, car elle menace l’existence même du projet européen. Pour la première fois depuis la 2nde Guerre Mondiale, l’Europe doit faire face à une remise en cause de ses valeurs démocratiques et humanistes par certains partis politiques qui, au gouvernement, en coalition ou dans les parlements nationaux, prônent le repli sur soi, le rejet de l’autre. Ils rêvent de « démocratie illibérale », celle qui arrive au pouvoir par les urnes, pour ensuite la confisquer, remettre en cause l’Etat de droit, attaquer la liberté des médias, détruire l’indépendance de la justice.

L’Europe est à la croisée des chemins. Si nous ne faisons rien, les Orbán, Salvini, Kaczyinski, Le Pen, dessineront une Europe où la justice et la presse seront sous contrôle, les étrangers stigmatisés, les minorités menacées. Populistes pour les uns, nationalistes pour d’autres, tous ces leaders d’extrême-droite sont pour moi les ennemis des démocraties ouvertes et libérales que nous avons bâties depuis 1945 pour garantir la paix.

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Quel avenir pour la social-démocratie en Europe ? Mon discours à la Conférence Olivaint de Sciences Po Paris

Bonsoir à tous et merci pour cette invitation, que j’ai acceptée avec d’autant plus de plaisir que j’étais assis à votre place, il y a quelques dizaines d’années de cela et parce que j’apprécie la qualité des échanges menés ici, à la Conférence Olivaint. Cette atmosphère, mêlée d’enthousiasme et de débats, de projets et de questions, je la connais. Alors je voudrais vous souhaiter de belles années dans cette institution, où j’ai aimé étudier et pendant longtemps aussi enseigner.

Pour votre conférence de rentrée, j’ai souhaité m’attaquer à un sujet politique, transversal et plus personnel – car c’est de ma famille politique de toujours qu’il s’agit : l’avenir de la social-démocratie en Europe, à un moment difficile pour elle et crucial pour notre continent. En faisant ce détour, je vous parlerai bien sûr de l’Europe telle que je la vois, telle que je la pratique et telle que je la souhaite. J’arrive du Parlement européen, après deux jours importants. Le Parlement a accueilli Alexis Tsipras après la fin du programme d’assistance à la Grèce, et il a fait deux votes décisifs, sur les droits d’auteur et sur l’ouverture de la procédure de l’article 7 contre la Hongrie.

Où en est la social-démocratie à 9 mois des élections européennes?

Nombreux sont les observateurs qui la classent désormais entre le tigre des neiges et le rhinocéros blanc – parmi les espèces en voie de disparition. Difficile de leur donner complètement tort, quand on constate son recul historique depuis l’ « Europe rose » des années 1990 – celle de Tony Blair, Lionel Jospin – dont j’étais le jeune ministre des Affaires européennes -, Gerhard Schröder, Antonio Guterres ou Wim Kok – ou même depuis l’époque plus récente où la France, l’Italie ou encore la République tchèque étaient dirigés par des socio-démocrates. Continuer la lecture