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Réflexions


« Ne cédons pas à la nouvelle pensée unique sur l’Europe, paresseuse et défaitiste » – Tribune dans Le Monde

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 16/08/2016 à 10:16
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Je vous invite à lire ci-dessous ma tribune parue aujourd’hui dans Le Monde, pour une nouvelle politique économique européenne.

Pierre Moscovici : « Ne cédons pas à la nouvelle pensée unique sur l’Europe, paresseuse et défaitiste »

 


Que peut-on encore attendre de l’Union européenne (UE) ? Rien ou si peu, répondent nombre de responsables politiques. C’est devenu la nouvelle réponse à la mode, contaminant jusqu’à certains pans de la gauche de gouvernement.

Notre tâche, et d’abord celle des sociaux-démocrates européens, est de réinventer un projet communautaire convaincant et entrainant pour nos peuples, parce que fort et juste.

Je n’accepte pas cette tentation du rejet ou du retrait. Notre tâche, et d’abord celle des sociaux-démocrates européens, est au contraire de réinventer un projet communautaire convaincant et entrainant pour nos peuples, parce que fort et juste.

Je suis lucide : l’Europe a incontestablement connu des jours meilleurs. Elle est durement attaquée par les populistes. Elle peine à faire preuve de son efficacité. Mais les crises qu’elle traverse, et auxquelles aucun pays ne peut faire face seul – crise économique et sociale, crise des réfugiés, Brexit, menace terroriste – ne doivent pas faire oublier à quel point elle demeure une nécessité absolue pour chacune de ses nations et pour le monde.

Je ne sous-estime pas ces turbulences ni les déceptions engendrées par l’Europe. Mais elles nous rappellent aussi que c’est collectivement que nous sommes efficaces. Y compris et d’abord dans le champ économique. Le temps est venu de développer, enfin, une véritable politique économique européenne, reposant sur trois piliers : protéger, dynamiser, refonder.

Laissés-pour-compte

Protéger, tout d’abord. Les citoyens se détournent de l’Europe, non seulement parce que la croissance y reste décevante, mais aussi parce que ses fruits sont mal partagés et que les inégalités les indignent. La sourde défiance des opinions à l’égard du commercial mondial, pourtant porteur d’opportunités s’il est équitable, trouve ici sa source : il a fait trop de laissés-pour-compte.

Aujourd’hui, le meilleur bouclier individuel anti-chômage, c’est le capital humain, qui améliore la capacité de chacun à accéder à l’emploi. Investir massivement dans l’éducation ou la formation professionnelle est donc un impératif absolu.
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Il faut répondre à cette demande de protection à trois niveaux. D’abord, en fournissant à chacun la sécurité individuelle à laquelle il aspire légitimement. Aujourd’hui, le meilleur bouclier individuel anti-chômage, c’est le capital humain, qui améliore la capacité de chacun à accéder à l’emploi. Investir massivement dans l’éducation – y compris la petite enfance – ou la formation professionnelle est donc un impératif absolu. Il faut aussi lancer un nouveau programme de mobilité – « Erasmus pro » – pour permettre aux jeunes de partir en apprentissage dans un autre Etat membre.

Protéger, c’est aussi déployer des réformes structurelles de « nouvelle génération », des réformes progressistes et porteuses d’avenir, autour de deux axes phares : définir une approche rénovée de la « flexisécurité » remettant en cause la doctrine implicite de la dévaluation interne par la seule réduction du coût du travail, qui a longtemps prévalu en Europe, et améliorer drastiquement la qualité de la dépense publique pour faire mieux avec chaque euro versé par les contribuables.

Après les « Panama papers », la coupe est pleine : c’est pourquoi je travaille à l’élaboration d’une liste noire paneuropéenne des paradis fiscaux, avec des critères communs et des sanctions partagées.
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Protéger, enfin, c’est avancer vers une fiscalité européenne qui contribue à renforcer les normes internationales, au lieu de subir les pratiques déloyales des paradis fiscaux. L’Europe, qui a déjà fait beaucoup depuis deux ans pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscale, va accélérer ses travaux sur ce plan dans les prochains mois, pour reconquérir une souveraineté fiscale mise à mal. Après les « Panama papers », la coupe est pleine : c’est pourquoi je travaille à l’élaboration d’une liste noire paneuropéenne des paradis fiscaux, avec des critères communs et des sanctions partagées.

Deuxième pilier : dynamiser. L’Europe d’aujourd’hui est une voiture équipée d’un moteur à six cylindres, mais qui ne tourne que sur trois. Elle doit accélérer, et pour cela, recouvrer toute sa puissance.

C’est pourquoi il faut donner la priorité à l’investissement, en amplifiant le plan Juncker, qui permet déjà de réaliser 315 milliards d’euros sur trois ans, afin de mobiliser 1 000 milliards d’euros supplémentaires sur cinq ans.

La France est le premier bénéficiaire de ce plan, lancé il y a un an : 14,5 milliards d’euros d’investissement ont déjà été mobilisés. Les projets soutenus devraient créer près de 32 000 emplois. Et vingt accords de financement devraient bénéficier à plus de 38 000 petites et moyennes entreprises. C’est un début encourageant : il faut transformer l’essai.

La zone euro à l’avant-garde

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Grèce : réussissons l’avenir ensemble.

Catégorie : Actualité,Commission européenne,Europe / International,Réflexions,Voyages et déplacements | Par pierre.moscovici | 19/07/2016 à 17:16
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Grèce : réussissons l’avenir ensemble.

  

 

L’heure en Grèce est à la normalisation, à la stabilité, à la mise en œuvre des réformes et à l’investissement pour la croissance. C’est ce message volontaire et amical que j’ai porté  hier à Athènes.

Avec le Premier ministre Alexis Tsipras, j’ai salué le chemin parcouru par le pays pour avancer sur la voie européenne, dans la réforme, la solidarité et le sérieux.

Avec le Premier ministre Alexis Tsipras, j’ai salué le chemin parcouru par le pays pour avancer sur la voie européenne, dans la réforme, la solidarité et le sérieux. Ma rencontre avec les ministres Tsakalotos, Katrougalos, et Stathakis, a été l’occasion d’évoquer les défis économiques et budgétaires en cours, et l’objectif commun de compléter la deuxième revue du programme dans les temps. Lors du point presse que j’ai ensuite tenu avec Euclide Tsakalotos, nous avons souligné la nécessité de développer désormais une stratégie de croissance et d’investissement. Enfin, l’audition devant le Parlement grec a été un moment de dialogue politique tout à fait fondamental. Il est évident que le chemin parcouru pendant cette crise a été difficile. Et il est tout aussi évident qu’il y a encore beaucoup à faire pour construire durablement les conditions pour l’emploi, pour un avenir meilleur pour les jeunes générations, et pour permettre aux entreprises de prospérer.

Qu’il est loin le spectre d’une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro, et c’est tant mieux !

Un an après l’accord important conclu avec la Grèce et ses partenaires européens, une nouvelle histoire grecque s’écrit aujourd’hui. Cet accord a conclu à une étape majeure de solidarité et de soutien pour la Grèce, et a confirmé que le pays resterait solidement ancré à l’intérieur de la zone euro. Qu’il est loin le spectre d’une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro, et c’est tant mieux ! Il y a un an, certains parlaient de « Grexit »: je m’y opposais. Un an plus tard, nous sommes en train de réussir ensemble : je veux y contribuer.

Tout ceci constitue un paquet de réformes très substantiel, sans précédent, permettant de tourner progressivement la page de la crise.

Les réformes importantes adoptées ces derniers mois renforcent l’économie grecque. Le secteur bancaire a été consolidé, restructuré, et entièrement recapitalisé ; des restructurations sectorielles ont commencé ; une importante réforme des systèmes d’imposition et de retraite a été entreprise ; et un cadre juridique pour la nouvelle agence du revenu autonome et le fonds de privatisation et d’investissement a été stabilisé. Tout ceci constitue un paquet de réformes très substantiel, sans précédent, permettant de tourner progressivement la page de la crise.

Selon nos estimations, la croissance reviendra en Grèce dès ce deuxième semestre 2016, et continuera à augmenter en 2017.

Les perspectives économiques positives témoignent bien du vent de renouveau qui souffle dans le pays. Selon nos estimations, la croissance reviendra en Grèce dès ce deuxième semestre 2016, et continuera à augmenter en 2017. Le chômage a commencé à diminuer. Aucun gouvernement européen n’avait fait autant de réformes structurelles que la Grèce ces dernières années. Et cela commence à payer dans les faits !

Si les développements actuels sont encourageants, les efforts ne doivent en aucun cas se relâcher. Rien n’est acquis, et les signaux envoyés aux investisseurs et aux partenaires de la Grèce doivent donc être très clairs : aucun laisser-aller ni retour en arrière ne sera accepté. La phase de mise en œuvre effective est celle sur laquelle chacun se concentre désormais, après celle de la stabilisation réussie. N’oublions pas les mesures à prendre dans le domaine de la fiscalité, pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscales, mettre fin aux traitements spéciaux, et améliorer la collecte de l’impôt.

La réforme ne doit pas conduire à un nivellement par le bas pour les Grecs, bien au contraire.

J’ai aussi adressé un message de soutien particulier envers le peuple grec. Les Grecs ont supporté plusieurs années très difficiles, pendant lesquelles ils ont contribué à la remise sur pied de leur pays. Désormais, ils doivent pouvoir récolter les fruits de leurs efforts, et notamment les générations les plus jeunes, dans l’équité et la justice. C’est pourquoi la préservation des droits sociaux est à mes yeux si essentielle. La réforme ne doit pas conduire à un nivellement par le bas pour les Grecs, bien au contraire.

Alors maintenant, tournons-nous vers l’avenir. Celui de la Grèce est plus que jamais ancré dans la zone euro, en tant que membre solide, fiable, réformé. Pour accélérer le retour de la confiance et stimuler la reprise, un accord incluant le FMI d’ici fin 2016 sur la question de la soutenabilité de la dette est une condition essentielle. Les discussions qui commenceront à l’automne sur cette question devront être ouvertes et constructives.

Continuons de construire, ensemble, un avenir solide et durable pour la Grèce.

Dans cette voie, la Grèce pourra compter sur le soutien de la Commission, de son Président, et de moi- même. Nous sommes des amis de la Grèce. Des amis  constants, exigeants,  dans une relation durable. Je suis totalement dans la volonté de voir la Grèce réussir au cœur de la zone euro. Mon bref déplacement à Athènes hier, le 6ème en 4 ans, le 3ème depuis mon arrivée à la Commission, en est une nouvelle preuve concrète. Continuons donc de construire, ensemble, un avenir solide et durable pour la Grèce.


Continuer à avancer, fiers et debout.

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 15/07/2016 à 15:32
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Continuer à avancer, fiers et debout.

 

Une attaque terroriste atroce a été perpétrée cette nuit à Nice. Alors que le pays était en fête, alors que les familles célébraient ensemble ce 14 juillet, un camion fou et meurtrier a fauché des dizaines de vies.

Je m’associe à la douleur des proches des victimes. Le pays et et l’Europe toute entière partagent leur chagrin.

Je m’associe à la douleur des proches des victimes. Le pays et et l’Europe toute entière partagent leur chagrin. Un deuil national de trois jours vient d’être décrété par le Président de la République : c’est un moment d’unité et de décence que chacun devra respecter.

La meilleure réponse à la barbarie est la fermeté, mais dans le rassemblement, la solidarité, les valeurs de vivre ensemble et d’ouverture.

Je veux aussi rappeler que la meilleure réponse à la barbarie est la fermeté, mais dans le rassemblement, la solidarité, les valeurs de vivre ensemble et d’ouverture. Comme je l’avais fait lors des précédents attentats qui ont endeuillé notre pays, mais aussi ceux qui ont frappé la Belgique, j’appelle à ne céder ni à la peur, ni à la division. C’est ce poison mortel que les terroristes veulent propager dans nos pays. Ne leur concédons jamais cette victoire. Nos valeurs sont plus fortes que leur haine.

Notre détermination  et notre mobilisation resteront totales dans la lutte contre toute forme de terreur, comme l’a encore souligné ce matin le Président Juncker.

Plus que jamais, nous devons aussi faire advenir une Europe qui protège mieux ses citoyens. Un meilleur partage de renseignements entre les Etats membres est sans doute une voie à approfondir. Alors que les doutes sur le projet européen se multiplient, l’une des réponses essentielles sera celle de la sécurité. C’est une garantie que nous nous devons d’apporter à nos concitoyens. Nous savons que beaucoup reste à faire. Mais notre détermination  et notre mobilisation resteront totales dans la lutte contre toute forme de terreur, comme l’a encore souligné ce matin le Président Juncker.

Nous pourrons compter sur le soutien de l’Union européenne, et de ses Etats membres, pour continuer à avancer – fiers et debout.

Mes pensées à la fois émues et révoltées sont tournées vers Nice endeuillée. Au lendemain de notre Fête nationale, je sais que nous nous relèverons, comme nous l’avons fait à chaque fois. Et que nous pourrons compter sur le soutien de l’Union européenne, et de ses Etats membres, pour continuer à avancer – fiers et debout.


Accord fiscal signé avec Monaco : la révolution de la transparence se poursuit !

Catégorie : Actualité,Commission européenne,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 12/07/2016 à 20:01
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Accord fiscal signé avec Monaco : la révolution de la transparence se poursuit !

J’ai signé ce jour un accord majeur entre l’Union européenne et Monaco.

J’ai signé ce jour un accord majeur entre l’Union européenne et Monaco, avec le Ministre d’Etat Serge Telle et le ministre des finances slovaque, au nom de l’Union européenne. Il permettra aux autorités fiscales de l’Union européenne et de Monaco de partager des informations essentielles sur les comptes financiers des non-résidents. Concrètement, les deux parties échangeront automatiquement dès 2018 des informations sur les nom, adresse, numéro d’identification fiscale et date de naissance de leurs résidents possédant des comptes dans la Principauté, ainsi que d’autres informations sur les actifs financiers et le solde des comptes, qui seront collectées à compter du 1er janvier 2017.

Cela permet à Monaco de se conformer aux standards internationaux en matière de transparence fiscale. Dès lors, les Etats membres s’engagent à tenir compte de cette signature dans leurs relations bilatérales avec la Principauté de Monaco. Et ce d’autant plus, compte tenu des négociations en cours en vue d’un ambitieux accord d’association.

Monaco confirme aujourd’hui sa place dans notre « cercle de confiance » via lequel nous travaillons ensemble en matière fiscale, dans un esprit d’ouverture et de coopération.

Pourquoi cette signature est-elle si importante ? Parce qu’elle constitue un nouvel outil essentiel afin de faciliter la détection et la répression de l’évasion fiscale. Les particuliers ne pourront en effet plus dissimuler leurs revenus et leurs actifs dans des institutions financières à Monaco. Ceci contribuera à assurer que chacun des gouvernements concernés puisse collecter ses recettes légitimes, et que tous les citoyens et toutes les entreprises paient leur juste part d’impôts. J’avais souligné l’avancée majeure ainsi réalisée, lorsque j’avais paraphé cet accord le 22 février dernier directement à Monaco. Et je me réjouis que les engagements alors pris soient aujourd’hui concrétisés. Monaco confirme aujourd’hui sa place dans notre « cercle de confiance » via lequel nous travaillons ensemble en matière fiscale, dans un esprit d’ouverture et de coopération.

Cette signature intervient après les accords semblables signés avec la Suisse, San Marin, Andorre et le Liechtenstein. C’est donc le cinquième et dernier accord signé en matière de transparence fiscale étendue entre l’UE et ses voisins européens les plus proches.

Je peux le dire aujourd’hui:  le secret bancaire en Europe, c’est fini !

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Ce que nous devons à Michel Rocard

Catégorie : Actualité,Europe / International,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 07/07/2016 à 10:03

Ce que nous devons à Michel Rocard

Ce matin, je représente la Commission européenne et son Président à l’hommage national rendu à Michel Rocard, aux Invalides. Je le fais avec émotion, avec reconnaissance, avec fidélité. Sans me joindre à la compétition de ceux qui se réclament et se proclament les héritiers de l’ancien Premier ministre, je sais ce que nous lui devons tous, ce que je lui dois, je connais l’empreinte qu’il laisse sur son pays, sur la gauche, sur l’Europe.

Si je n’ai jamais été à proprement parler été rocardien, au sens de l’appartenance à son courant au sein du Parti socialiste, j’ai beaucoup cheminé aux côtés de Michel Rocard. Je l’ai accompagné au Parti socialiste, pendant la brève et difficile période où il en fut le Premier secrétaire, au lendemain de la terrible défaite aux élections législatives de 1993. J’ai participé à sa tentative de redresser une gauche blessée, de lui redonner sens et fierté. A ses côtés, j’ai mené la pénible campagne pour les élections européennes de 1994, au terme de laquelle j’ai obtenu mon premier mandat de député européen. Surtout, j’ai partagé l’essentiel de ses idées, de son éthique, de sa conception du socialisme et de la gauche. Il a été pour moi, comme pour tant d’autres, une source d’inspiration.

Le combat de Michel Rocard a été de réconcilier la gauche et le réel. Il s’est toujours inscrit dans le sillage de Pierre Mendès-France : pour paraphraser le titre d’un livre de celui-ci, « La vérité guidait ses pas ». Il réussit l’exploit d’être à la fois totalement de gauche – c’est-à-dire idéaliste, volontariste, à l’occasion utopiste – et totalement réaliste – conscient qu’il était que l’économie de marché ne pouvait ni imposer sa loi, ni connaître d’alternative globale. Sa gauche, la fameuse « deuxième gauche » était décentralisatrice plutôt que jacobine, respectueuse de l’Etat, qu’il avait servi avec honneur, et ouverte à la société civile. Elle voulait combattre toutes les inégalités, de toute nature. Elle était culturelle, éducative autant qu’économiste. Elle était réformiste, inscrite dans le temps long. C’est ce sillon qu’il a creusé, depuis ses positions sur la guerre d’Algérie jusqu’à son action de Premier ministre. Il laisse à la France de grandes réformes – la CSG, impôt universel et stable, le RMI, qui pour la première fois offrait un revenu au plus pauvres, aux plus précaires – une méthode de dialogue et de recherche du consensus – qui a permis de trouver une voie en Nouvelle-Calédonie. Et il a su, pendant ses années au gouvernement, permettre à l’économie de croitre fortement. Enfin, le jeune conseiller budgétaire de Lionel Jospin que je fus entre 1988 et 1990 ne peut oublier que c’est grâce à lui que l’éducation nationale est devenue la première priorité, le premier budget de la Nation, devant la défense.

On comprendra que je dise un mot du Rocard européen. Michel était internationaliste, il se battait pour « l’organisation de la planète » – l’Afrique et les « pôles » le passionnaient. Il était révolté par les dégâts de la finance sans frein et sans raison. Il croyait à la pertinence de régulations puissantes. C’est pourquoi il était un Européen engagé et enthousiaste. Je crois que ses quinze années au Parlement européen, après sa vie politique active, furent des années heureuses. Il y a laissé plus qu’un grand souvenir, une trace, celle d’un homme dont l’autorité morale et politique comptait. Il avait des conceptions fortes, des intuitions puissantes, des fulgurances, qu’on pouvait partager – ou non. Comme lui, je pense que la relation entre l’Union européenne et la Turquie est décisive, même s’il faut aujourd’hui constater et surmonter certaines difficultés. Contrairement à lui, je ne crois pas que l’Europe soit « finie », comme il le disait dans ses dernières années, ni que le Brexit ait été souhaitable. Mais dès lors qu’il est intervenu, il faut le transformer en opportunité, ne pas se contenter d’un statu quo bancal, mais repartir à l’offensive, notamment dans le cadre de la zone euro.

Michel Rocard n’a pas été Président de la République : fut-ce un rendez-vous manqué ? Est-ce une limite de ce parcours politique exceptionnel ? A-t’il échoué parce que la gauche refuse la modernité ? C’est le débat qui agite les commentateurs depuis sa disparition. Pour ma part, je serais nuancé sur cette question, parce que l’histoire n’est pas simple. La gauche française, la gauche socialiste, c’est vrai, n’a jamais théorisé son virage social-démocrate, que Michel Rocard avait pour sa part assumé, revendiqué même – son attachement au dialogue social à la suédoise, au rôle des syndicats était profond, la présence lors de l’hommage national qui lui est rendu de l’ancien secrétaire général de la CFDT, Edmond Maire, est tout sauf un hasard. Mais il est trop simple, pour moi, de caricaturer la gauche française, en la croyant allergique à la réforme. Car, au fond, de 1981 à 1988, avec Pierre Mauroy, Jacques Delors, puis Laurent Fabius, de 1988 à 1991 sous le gouvernement Rocard, de 1997 à 2002, grâce à Lionel Jospin et Dominique Strauss-Kahn, et depuis l’élection de François Hollande en 2012, un fil rouge rocardien – et deloriste – soutend l’action de la gauche de gouvernement, avec certes des résultats inégaux, des insuffisances, des succès et des échecs : la volonté acharnée de moderniser l’économie et la société française dans le cadre de l’Europe unie, de construire un équilibre entre l’efficacité économique et la justice sociale.

En vérité, Michel Rocard n’est d’abord pas devenu Président de la République… parce qu’il y avait François Mitterrand. Quel choc de personnalités, de conceptions, de cultures ! Quelles contradictions, mais aussi quelle richesse pour la famille socialiste ! Le temps n’est pas, n’est plus là de revenir sur ce combat. Force est de reconnaitre la suprématie dans l’art électoral, dans la conquête du pouvoir, de celui qui fut élu deux fois à la tête de l’Etat, en 1981 et 1988. François Mitterrand a sans doute mieux compris que Michel Rocard ce qui mobilise les partis et entraine les masses, il a mieux maitrisé la dimension littéraire de la politique, il a su mieux marier les fins et les moyens : c’est cela aussi, la politique. Et c’est pourquoi avec ses ombres et ses lumières, il a incarné l’alternance nécessaire, présidé la France pendant quatorze ans, porté haut l’idée européenne. Cela ne diminue en rien la trace de Michel Rocard, dont le parcours est pour la gauche une leçon d’exercice du pouvoir, de responsabilité, de pragmatisme. Comme le dit Lionel Jospin, si François Mitterrand l’a emporté politiquement sur Michel Rocard celui-ci a gagné la partie sur l’essentiel, les politiques économiques et sociales concrètes menées par la gauche de gouvernement. Oui, la vérité guidait ses pas. Et sa démarche restera une référence pour beaucoup.

Michel Rocard, comme Pierre Mendès-France avant lui, laissera une empreinte plus forte que certains de ceux qui ont exercé le pouvoir suprême. Parce qu’il était aussi une référence intellectuelle et morale – même s’il n’était pas infaillible, ni naïf. C’est ce qui explique l’extraordinaire émotion et le profond respect provoqués par sa mort, bien au-delà des rangs socialistes et de la gauche d’ailleurs – il avait aussi des amis, beaucoup d’amis, au centre et à droite. Nous avons, j’ai une dette envers lui. Il nous manque, il me manquera, mais son souvenir et son exemple ne nous quitteront pas.


Interview dans L’Express sur Michel Rocard et l’Europe

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 06/07/2016 à 10:31
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A lire ci-dessous et dans L’Express de cette semaine, mes réponses sur la vision de l’Europe de Michel Rocard, et sur ses convictions européennes.

Pierre Moscovici: Michel Rocard et l’Europe

Michel Rocard n’avait-il pas une vision de l’Europe un peu utopique?

Michel Rocard faisait partie de ces utopistes dont on a besoin et développait la conception d’une Europe puissante.

Je ne tirerai pas sur les utopistes. Une politique trop desséchée, sans proposition audacieuse, est une politique triste, qui n’entraîne pas. Michel Rocard faisait partie de ces utopistes dont on a besoin et développait la conception d’une Europe puissante. Il était profondément européen, et je crois que les presque quinze ans qu’il a passés au Parlement de Strasbourg ont été pour lui, après sa vie politique active, des années heureuses. Il a toujours milité pour ce qu’il appelait l' »organisation de la planète » et croyait aux grandes régulations internationales. Ces tropismes recouvraient des intuitions fortes, telles la volonté d’établir une relation solide avec la Turquie ou une ouverture vers l’Iran.

Soutenir ainsi l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, n’était-ce pas une erreur?

Je suis mal placé pour en parler, parce que j’ai partagé ce que je n’appellerais pas une erreur, mais une volonté et une analyse. On a raté le coche avec la Turquie dans les années 1990 et au début des années 2000. Au moment où cette candidature a été admise, il fallait la traiter avec davantage d’ouverture, de bonne foi, ce qui aurait permis d’arrimer mieux la Turquie à l’Union européenne et d’acclimater l’Union européenne à la Turquie.

Nous avons besoin d’une Turquie proche de l’Europe, démocratique et sûre.

Michel Rocard a gardé plus longtemps que moi l’espoir que la Turquie et l’Union européenne non seulement fassent un bout de chemin ensemble, mais se confondent, avec une vision juste: nous avons besoin d’une Turquie proche de l’Europe, démocratique et sûre. C’est un partenaire stratégique vital. Les accords avec la Turquie ont déjà permis de diminuer de 40% l’afflux de migrants.

Pour Rocard, l’Europe a mal géré son élargissement à l’Est. Qu’en pensez-vous ?

Ministre des Affaires européennes de 1997 à 2002, j’ai assumé alors l’essentiel des relations avec les pays de l’est de l’Europe. Il n’y a pas eu assez de travail politique et culturel au moment de l’élargissement, et, si la Pologne ou la Hongrie prennent aujourd’hui des positions aussi contestables, c’est aussi pour cela. Les autorités françaises de l’époque n’en ont pas fait une priorité, la France n’a pas pris suffisamment sa part et en paie la facture par un sentiment de déclassement. Au Quai d’Orsay, on aimait bien une Allemagne divisée dans une Europe dont Paris était le coeur politique et Bonn le coeur économique. Aujourd’hui, certains ont l’impression que tout le coeur de l’Europe est à Berlin. Ce n’était pas fatal et ne l’est toujours pas.

Pourquoi Michel Rocard a-t-il prôné le Brexit?

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Interview dans Le Parisien

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 06/07/2016 à 9:34
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Je vous invite à lire ci-dessous mon interview dans Le Parisien, sur ce que fait l’Europe pour ses citoyens, et notamment sur le plan économique et fiscal. J’y insiste sur les atouts de l’Union, de notre monnaie commune, et sur la nécessité de mener une offensive européenne.

En quoi l’Europe est-elle utile ou même indispensable ?
PIERRE MOSCOVICI. Parce qu’à l’époque des Etats-continents, on ne peut pas peser dans le monde seuls. L’économie européenne est la première du monde, avec un marché intérieur de 500 millions de personnes. Dans la mondialisation, la France toute seule est un nain économique. L’Europe est un géant. De plus, ces 500 millions de consommateurs sont un débouché naturel pour nos entreprises : 70 % des échanges extérieurs se font avec des pays de l’UE. Réintroduire des barrières, c’est s’appauvrir considérablement.

Pourtant l’euro est critiqué…
A tort. Notre monnaie commune est un instrument de protection hors pair. Quand nous avions des monnaies séparées, elles spéculaient les unes contre les autres, au détriment des plus faibles. Si aujourd’hui nous avons beaucoup moins de risques d’avoir une crise financière du type de celle de 2008, c’est parce que nous avons une union bancaire. Les établissements de tous les pays membres sont sous supervision de la Banque centrale européenne. Cela crée de la sécurité et de la stabilité.

Quel autre rôle l’UE joue-t-elle mieux que d’autres ?
Nous serions incapables de lutter contre la fraude fiscale internationale si on ne le faisait pas au plan européen. Il fallait une directive anti-évasion fiscale européenne : elle vient d’être adoptée, cinq mois après les révélations des Panama Papers. Cela va nous permettre d’avoir une liste noire commune des paradis fiscaux. C’est important, car nos concitoyens ont une exigence d’éthique. Pour réduire les déficits, ils ont été appelés à mettre la main au portefeuille, et ils l’ont fait en bons contribuables. Alors ils ne supportent plus que les grands groupes se dérobent à l’impôt.

Ne faudrait-il pas faire une pause ?
Au contraire, il faut une offensive européenne, et faire mieux. Sur l’Europe qui protège, qui investit, et sur la zone euro. Jacques Delors disait que l’Europe doit viser l’équilibre entre l’efficacité économique et la justice sociale : aujourd’hui nous n’avons ni l’efficacité optimale ni la justice suffisante. Et il ajoutait que l’Europe, c’est comme la bicyclette, quand on arrête de pédaler on tombe.


L’Europe doit repartir

Catégorie : Actualité,Commission européenne,Europe / International,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 24/06/2016 à 16:59

BREXIT

 

Le Royaume-Uni a choisi, par référendum, de se retirer de l’Union. Quel sens donner à ce vote? Comment y répondre?

Le Royaume-Uni a choisi, par référendum, de se retirer de l’Union. Le choix des électeurs a été net: le camp du « leave » l’a emporté avec une marge significative, la participation a été très élevée. Les résultats de ce vote littéralement historique sont donc sans ambiguïté. Ils doivent être respectés.

Deux questions se posent aujourd’hui: quel sens donner à ce vote? Et comment y répondre?

Ce vote, loin d’être généralisable à l’Union, est d’abord le fruit d’un débat national propre au Royaume-Uni. Il est la résultante d’un retrait massif, depuis quinze ans, sur les questions européennes. La presse est virulente dans ce pays à l’égard de « Bruxelles » comme nulle part ailleurs. Nombre de ses responsables politiques ont renoncé il y a longtemps à tenir un discours positif sur l’Europe, voire à en parler tout court. Une campagne de quelques mois ne pouvait rattraper ce retard.

Reste qu’une partie de la colère, de la défiance des électeurs britanniques rencontrent un écho ailleurs en Europe. La rancœur à l’égard d’une classe politique vue comme déconnectée, l’inquiétude face à la capacité de l’Europe à répondre aux crises – celle des réfugiés en tête – les doutes persistants sur ses outils pour renforcer la croissance, le ressentiment devant la montée des inégalités, s’expriment dans d’autres pays de l’Union. La montée généralisée des populismes en est le symptôme évident et la conséquence dramatique.

Ce vote est un coup de tonnerre pour l’Europe. Comment y répondre?

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