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Réflexions


Face au populisme, réagir : leçons de la présidentielle autrichienne

Catégorie : Actualité,Europe / International,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 24/05/2016 à 16:13
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Face au populisme, réagir : leçons de la présidentielle autrichienne

 

Cette fois l’extrême-droite s’est arrêtée aux portes du pouvoir.

L’Europe a échappé hier à une terrible blessure. Alexander Van der Bellen, le candidat soutenu par les Verts à l’élection présidentielle autrichienne, l’a finalement emporté face à son adversaire d’extrême droite Norbert Hofer. L’élection aura été accrochée jusqu’au bout, avec 24h d’incertitude sur un résultat ultraserré, finalement renversé par le vote des électeurs par correspondance. Vienne avait déjà connu son « coup de tonnerre » en 2000, avec l’entrée dans la coalition gouvernementale du FPÖ de Jörg Haider, qui siège avec le Front National au Parlement européen.  C’était une forme de préfiguration du 21 avril 2002 sous d’autres latitudes. Cette fois l’extrême-droite s’est arrêtée aux portes du pouvoir.

Il s’en est fallu d’un cheveu.

 Si l’extrême-droite l’avait emporté hier, l’air européen serait devenu encore un peu moins respirable.

Ce résultat est un soulagement, bien sûr. Une autre victoire, une autre conquête de l’extrême droite, après toutes celles déjà engrangées en Europe ces dernières années, aurait encore un peu plus menacé notre continent. Déjà, les atteintes aux droits fondamentaux et aux principes de l’État de droit se multiplient. Partout, les  idées xénophobes et nationalistes progressent. L’Europe se renferme. La pensée politique rétrécit et se rabougrit. Si l’extrême-droite l’avait emporté hier, l’air européen serait devenu encore un peu moins respirable.

Il y a bien un puissant refus citoyen des idées nauséabondes de l’extrême droite européenne.

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Contre vents et marées, tenir le cap.

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 20/05/2016 à 8:05

Contre vents et marées, tenir le cap.

La Commission européenne a adopté hier ses recommandations économiques et ses décisions budgétaires pays par pays, pour 2016-2017. Je veux retenir de cette présentation trois messages principaux.

Tout démontre que les efforts budgétaires des peuples européens n’ont pas été consentis en vain. Au contraire !

Premièrement, tout démontre que les efforts budgétaires des peuples européens n’ont pas été consentis en vain. Au contraire ! Pour la seconde année d’affilée, la dette de la zone euro va se réduire en 2016. Le temps où les déficits publics s’élevaient à plus de 6 % est révolu : la zone euro passera sous les 2 % cette année et sera à 1,6 % en 2017. Et cette consolidation budgétaire n’empêche plus de renouer avec des niveaux de croissance plus favorables : la zone euro a connu en 2015 un quasi doublement de sa croissance, qui a atteint 1,7 %. Ce rythme devrait se maintenir en 2016 et 2017. C’est autant de marge budgétaire pour investir dans l’avenir plutôt que payer les dettes du passé.

Cette amélioration des finances publiques européennes trouve sa traduction dans les décisions de mercredi. La Commission propose ainsi d’abroger la procédure pour déficit excessif pour la Slovénie, l’Irlande et Chypre, revenus sous les 3 % de déficit public en 2015. Il faut se souvenir que tant l’Irlande que Chypre avaient fait l’objet d’un programme d’assistance financière qui avait conduit à des réformes vigoureuses de leurs économies. Seuls quatre pays sur 19 restent aujourd’hui sous la surveillance de la Commission dans le cadre de cette procédure : la Grèce, l’Espagne, le Portugal et la France. Et nous projetons que les quatre peuvent passer sous 3% en 2016-2017.

Le pire pour l’Union et pour les Etats membres serait de sombrer dans l’autosatisfaction

Mais – et c’est mon deuxième message – le pire pour l’Union et pour les Etats membres serait de sombrer dans l’autosatisfaction. La petite musique qui commence à flotter dans les airs sur la reprise économique européenne est, à bien des égards, séduisante. Elle ne doit pas s’apparenter au chant des sirènes qui mènerait le navire Europe droit vers les récifs.

Plus que jamais, en 2016, exigence et vigilance doivent rester de mise. Le navire Europe a gagné en vitesse, mais son pour accélérer encore il aurait besoin de vents internationaux toujours favorables, qu’il s’agisse des prix bas du pétrole, de la politique monétaire de la BCE ou de la dépréciation de l’euro. Or, ces deux mouvements ne sont pas infinis. Les pays émergents, par ailleurs, ralentissent. Et le maintien du chômage à un haut niveau dans beaucoup de pays d’Europe reste un point noir. Nous devons dès lors nous préserver de ces vents changeants, et pour cela garder le même rythme de réformes et de consolidation budgétaire.

Les décisions que nous avons prises sont le reflet de ce constat. Oui, la reprise ne doit pas être mise à mal par des politiques budgétaires trop restrictives ; mais c’est lorsque la croissance s’installe que la réduction de la dette et des déficits publics doit être menée à bien. Ainsi, la Commission a adressé des recommandations précises à Malte, à la Slovaquie et à la Hongrie afin que les déviations observées en 2015 en matière budgétaire ne se reproduisent pas en 2016 et 2017. Il en va de même en matière d’endettement public pour la Belgique, la Finlande et l’Italie, ces trois pays devant poursuivre les efforts de réduction de leur dette. Enfin, l’année 2017 devra marquer le retour à une trajectoire crédible de réduction de la dette publique en Italie, après les flexibilités accordées cette année.

L’accélération des réformes doit donc être une priorité en même temps que nous devons continuer d’appliquer le Pacte en bonne intelligence.

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Grèce : un tournant bienvenu

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 13/05/2016 à 16:23

Grèce : un tournant bienvenu

La Grèce revient au cœur de l’actualité de la zone euro. Les Européens  doivent prendre des décisions importantes sur l’économie grecque, ses réformes et sa dette. Mais, six ans après le début des programmes d’assistance à ce pays, de quoi parle-t-on encore ? Et où en sommes-nous vraiment ?

Politiquement, tout d’abord, l’Eurogroupe du 9 mai – Journée de l’Europe – est un vrai tournant.

Politiquement, tout d’abord, l’Eurogroupe du 9 mai – Journée de l’Europe – est un vrai tournant. Pour la première fois depuis 2010, les ministres des finances européens ont accepté de discuter lundi dernier de l’allègement de la dette grecque, répondant ainsi positivement aux réformes économiques votées par le gouvernement grec. La feuille de route de l’été 2015 – modernisation économique en Grèce contre une assistance financière de 86 milliards d’euros et un allégement de sa dette – est donc pleinement honorée.

J’en ai la conviction: nous ne rejouerons pas cet été la partition de crise de l’an dernier, qui avait ravivé les craintes d’une sortie de la Grèce de la zone euro.

Ces dernières avancées n’arrivent pas par miracle : elles prolongent celles que nous – Commission européenne –  avons patiemment encouragées, depuis des mois. J’en ai la conviction: nous ne rejouerons pas cet été la partition de crise de l’an dernier, qui avait ravivé les craintes d’une sortie de la Grèce de la zone euro. Ce scénario n’est plus à l’ordre du jour. Je m’en réjouis. Je veux saluer le rôle de mes équipes qui – trop injustement caricaturés en « men in black » – ont bien au contraire, avec le Président Juncker et moi-même, œuvré pour trouver des accords équilibrés, économiquement viables et socialement justes, pour surmonter les positions antagonistes d’autres acteurs.

On connaît l’enjeu derrière chaque nouvel effort, chaque nouvelle étape du programme d’assistance à la Grèce : lui redonner toute sa place dans l’économie européenne. Les sommes qui ont été prêtées par les Européens et le Fonds Monétaire International (FMI) à Athènes ont permis de maintenir ce pays au sein de la zone euro et de tracer la route d’une souveraineté financière retrouvée. En conditionnant plus de 300 milliards d’euros de prêts à des réformes ambitieuses, les plans d’aide successifs n’ont ainsi pas seulement permis de donner des gages aux créanciers, mais bien de poser les fondements d’une croissance plus robuste et plus équilibrée. Il en va ainsi de la rationalisation du système de TVA et de l’impôt sur le revenu ou du nettoyage des bilans bancaires de leurs créances douteuses.

On pourra au choix critiquer ou saluer l’habileté d’Alexis Tsipras.

On pourra au choix critiquer ou saluer l’habileté d’Alexis Tsipras. En tout cas, il a réussi à conduire sa majorité de gauche radicale à adopter ses mesures difficiles et à convaincre les Européens de respecter leurs engagements, alors même qu’il n’a pas d’alliés de sa famille politique parmi les autres leaders européens.

Economiquement, j’espère que ces avancées politiques vont créer un rebond.  Après un déficit public de 13 % en 2013, la Grèce devrait ainsi s’approcher de la barre des 3 % du PIB fin 2016. La croissance grecque devrait repartir dès cet été et renouer aussi avec des chiffres plus confortables en 2017- 2,7 % selon nos prévisions. Aucun exécutif européen n’est allé aussi loin en si peu de temps, en adoptant en quelques mois des réformes des retraites, de l’impôt sur le revenu et des avancées sur les privatisations ! Il faut maintenant mettre en œuvre ces réformes et relancer la croissance. Beaucoup reste donc à faire pour transformer ces prévisions en réalité pour l’économie grecque.

Après l’Eurogroupe de lundi, je suis désormais convaincu de la capacité de la Grèce à revenir sur les marchés financiers à brève échéance. En 2014, le gouvernement grec était parvenu à y lever 3 milliards d’euros. Les soubresauts politiques qui ont réduit la portée de ce succès  n’ont dès lors constitué qu’une déviation temporaire et en aucun cas un empêchement définitif au retour de la Grèce sur les marchés et à son maintien dans la zone euro.

Ne tombons pas pour autant dans l’autosatisfaction. Le peuple grec reste en souffrance.

Ne tombons pas pour autant dans l’autosatisfaction. Le peuple grec reste en souffrance. Mi-2015, la richesse par habitant était ainsi revenue à son niveau de 1999 : les Grecs ont perdu avec la crise le dynamisme que l’euro leur avait apporté. Le chômage reste encore aujourd’hui supérieur à 23 %. Derrière ces chiffres, il y a des drames humains, qui alimentent la poussée de l’extrême droite. La crise des réfugiés alourdit aussi le fardeau grec. Voilà qui doit donc conduire l’ensemble des institutions créancières, FMI compris, à défendre des positions équilibrées, afin de ne pas ajouter de l’austérité à l’austérité.

Et puis, la question de la réduction de la dette est aussi un enjeu clé, car elle reste comme une Epée de Damoclès sur toute l’économie et la société grecques. Les Européens se sont engagés à réduire son coût  tout en refusant toute hypothèse de ‘haircut’. Nous travaillons actuellement sur plusieurs options techniques pour alléger les conditions du crédit. Cela reviendrait essentiellement – un peu comme pour renégocier un crédit à la banque – à baisser les taux d’intérêt et à prolonger les échéances de quelques années, afin que les remboursements soient moins lourds. Au vu des progrès faits par les Grecs, je crois que cet allègement des crédits grecs est légitime. Il est temps de redonner de l’oxygène à la Grèce et de l’espoir aux Grecs.

Les difficultés restent considérables, mais nous avançons avec détermination vers leur résolution.

Les difficultés restent considérables, mais nous avançons avec détermination vers leur résolution. Et nous le faisons avec cette même volonté de trouver un accord équilibré pour chacune des parties, car ce sont ces avancées successives qui, mises bout à bout, assureront l’unité de la zone euro et le renforcement de l’intégration européenne. Après de multiples épreuves, l’Odyssée grecque semble aujourd’hui avancer vers une issue positive.

Nous prenons actuellement un virage serré dans cette négociation. Il faut en faire un tournant pour la Grèce et pour la zone euro.


Européens, assumons toutes nos racines ! Tribune dans Le Figaro

Catégorie : Actualité,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 11/05/2016 à 20:05

Je vous invite à lire ci-dessous ma tribune parue ce matin dans Le Figaro et disponible sur http://premium.lefigaro.fr/vox/societe/2016/05/11/31003-20160511ARTFIG00284-je-ne-crois-pas-aux-racines-chretiennes-de-l-europe-ce-que-j-ai-voulu-dire.php

 

Européens, assumons toutes nos racines !

Lors de l’émission BFM Politique dimanche soir, j’ai salué l’élection de Sadiq Khan, nouveau jeune maire de Londres. La presse a relevé qu’il s’agissait du « premier maire musulman » d’une capitale européenne. C’est dans ce contexte que j’ai redit ma conviction que l’Europe « est une communauté de valeurs, un grand dessein et un grand destin culturel. Et que l’Europe n’est pas chrétienne même s’il est vrai que sur notre continent il y a une majorité de la population de religion ou de culture chrétiennes. Je ne crois pas aux racines chrétiennes de l’Europe – ou alors on peut parler de racines, mais je crois que l’Europe est unie et diverse. »

J’ai le plus grand respect pour les religions et leur apport spirituel. J’ai en horreur tout révisionnisme historique.

Ces propos, caricaturés et amputés – on voit que je n’ai pas nié ces « racines » –  ont suscité de vives réactions, notamment sur les médias sociaux, où ils ont engendré de nombreuses remarques, souvent haineuses et antisémites, ou dans la presse d’extrême droite. Ils ont aussi provoqué des réponses plus argumentées, comme celle de mon ami Renaud Girard dans vos colonnes. Je veux donc m’en expliquer et lui dire que, non, je ne suis pas un « technocrate de la société de consommation, pour qui l’homme est un être exclusivement économique ». J’ai au contraire le plus grand respect pour les religions et leur apport spirituel. J’ai en horreur tout révisionnisme historique. Et je n’ai voulu blesser aucune conscience. Je  souhaite plutôt poser quelques points de repères essentiels pour moi, que mon bref propos de dimanche ne pouvait résumer.

Le débat sur les « racines chrétiennes de l’Europe » n’est pas nouveau.

Le débat sur les « racines chrétiennes de l’Europe » n’est pas nouveau. Ceux qui – comme moi – suivent les questions européennes depuis longtemps se souviendront des controverses qui eurent lieu lors de la Convention, chargée de rédiger le projet de Constitution européenne en 2003. Représentant des autorités françaises dans cette Convention, j’ai encore en tête les longues batailles  qui s’y jouèrent sur les points d’ancrage historique de l’Union. Fallait-il parler d’héritage chrétien, en s’inspirant des quatre constitutions d’Etats européens qui y faisaient alors explicitement référence ? D’héritage religieux ? Proposer au contraire, comme le suggéraient certains, d’y ajouter « le judaïsme, l’antiquité gréco-romaine, la chrétienté, l’humanisme de la Renaissance, le siècle des Lumières, la pensée progressiste du XIXème siècle, le socialisme » ? Comment prendre en compte les convictions de ceux qui n’ont pas de croyance ?  Et comment réconcilier tout ceci avec la laïcité à la française ? Au final, le texte évoquait le «patrimoine spirituel et moral» de l’Union, une formulation plus générale, mais aussi plus complète, plus inclusive. Car l’enjeu fondamental est là. Comment y répondre?

L’Europe d’aujourd’hui n’est pas un monolithe. Elle est riche de sa diversité religieuse.

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Analyse dans L’Express des Conversations avec Jacques Delors

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 03/05/2016 à 21:27
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La lecture des Conversations avec Jacques Delors, de Cécile Amar, m’a passionné et ému. Quel plaisir de retrouver, intacte, toujours aussi forte et claire, la voix de cet homme de 90 ans aujourd’hui, qui, depuis si longtemps, inspire les Européens! La capacité pédagogique de Jacques Delors demeure sans équivalent et ses convictions n’ont pas changé.

L’Europe, conçue comme une fédération d’Etats-nations, reste l’horizon et l’avenir de nos pays et de nos peuples. Elle ne peut être qu’un compromis progressiste entre les sociaux- démocrates et les démocrates-chrétiens, entre le patronat et les syndicats. Elle ne peut entraîner que si elle comprend une substantielle dimension sociale. La zone euro, quant à elle, ne peut atteindre tous ses objectifs – protéger, mais aussi dynamiser – si elle n’est pas complétée par une gouvernance politique suffisamment forte.

L’homme est toujours le même: modeste et curieux, justement orgueilleux et capable de rouerie, mélange de volonté et de pessimisme. Sans que ce soit totalement surprenant, il est plus proche de Martine Aubry que de François Hollande. Eût-il été en 1995 un bon président de la République, précurseur de la recomposition politique entre une gauche réaliste et un centre droit conscient de sa responsabilité sociale, dont on parle tant en ce moment? Sur ce point, Jacques Delors n’exprime aucun regret, aucune frustration, et il est sans doute sincère, sans être nécessairement convaincant.

Bref, il y a dans ce livre, vif et vivant, l’empreinte d’un homme, sa vérité, un témoignage historique précieux – il fallait du talent et de l’astuce pour naviguer entre la vision d’Helmut Kohl, l’engagement de François Mitterrand et les réticences de Margaret Thatcher – et une formidable leçon d’Europe.

Cette leçon demeure-t-elle valide, plus de vingt ans après son départ de la Commission européenne ? Ma réponse est oui, mille fois oui ! Bien sûr, le monde a changé, l’Europe aussi: le grand élargissement de l’Europe à 28, incontournable autant que problématique, a modifié la nature même de la construction européenne.

Evidemment, l’Europe n’a jamais eu à affronter une telle conjonction de difficultés. Comment peut-elle survivre alors qu’elle doit faire face à un afflux massif de réfugiés, combattre la menace terroriste, attendre le résultat du référendum sur le Brexit, conclure avec succès les réformes en Grèce et bâtir, enfin, les conditions d’une croissance créatrice d’emploi? Comment peut-elle rester une communauté de valeurs, alors que les populismes, dans chacun de nos pays ou presque, font renaître l’aspiration nationaliste qui a mené notre continent à la catastrophe entre les deux guerres? Je vois trois chemins à emprunter.

1. Nous devons, tout d’abord, redonner un sens au projet européen, ou plutôt retrouver son sens originel.

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Sommet Turquie-UE : des échanges sans tabou

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 29/04/2016 à 9:56
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J’étais à Istanbul et Ankara cette semaine, pour  discuter, sans tabou, de notre relation politique et économique dans sa globalité.

Après les Etats-Unis il y a 15 jours,  puis les réunions de l’Eurogroupe et de l’Ecofin à Amsterdam la semaine dernière, j’ai passé deux jours à Istanbul et Ankara cette semaine, pour initier un dialogue économique régulier entre l’Union européenne et  la Turquie. Mais l’intérêt de cette visite de deux jours dépassait le simple échange sur les enjeux économiques avec le gouvernement. Au travers de rencontres nombreuses avec la société civile et la communauté des affaires, il s’agissait bel et bien de discuter, sans tabou, de notre relation politique et économique dans sa globalité.

  1Photo de famille du Business dialogue (lundi matin)

Le dialogue entre communautés économiques européenne et turque était au programme de la première journée de ce déplacement, à Istanbul. Les grandes associations d’entreprises turques ont insisté sur la nécessité de pouvoir compter sur un partenaire solide économiquement – les pays de l’Union représentent, et de loin, les plus grands investisseurs internationaux en Turquie. Nous partageons tous – et c’est suffisamment rare pour le souligner – un même constat sur les réformes à entreprendre, avec un intérêt toute particulier pour la complexité administrative et légale qui pèse sur l’investissement turc.

 Je suis un ami de longue date de la Turquie et un fervent militant d’un approfondissement de nos relations avec ce pays.

2Discours à l’Institut du Bosphore (lundi soir),
face à un public d’intellectuels et de chefs d’entreprises

J’ai souligné plus tard,  à l’Institut du Bosphore, créé pour animer le dialogue des milieux économiques et politiques français et turcs, que la qualité de l’environnement économique était indissociable du climat politique général. Je suis un ami de longue date de la Turquie et un fervent militant d’un approfondissement de nos relations avec ce pays: l’Europe a besoin de la Turquie comme la Turquie a besoin de l’Europe. Mais l’amitié, c’est aussi aider l’autre à donner le meilleur de lui-même.  Si la Turquie veut rayonner dans son voisinage,  et se rapprocher encore de l’Europe, elle doit se souvenir que tout développement réussi repose sur des valeurs partagées, sur le respect du droit et de la liberté. Les entreprises turques n’ont pas laissé ce sujet de côté, au contraire. J’ai dit pour ma part, dans cet Institut que je connais bien (je fais partie de son comité scientifique) mon attachement à la liberté d’expression, à la pluralité des médias et à l’état de droit.

 Les autorités turques ont conscience de la nécessité de réformer leur économie.

3Rencontre bilatérale avec Cevdet Yilmaz (mardi),
Ministre turc du Développement, en charge des réformes structurelles

 Les autorités turques ont quoi qu’il en soit conscience de la nécessité de réformer leur économie. Lors de nos échanges du lendemain à Ankara, mon homologue dans les grandes réunions du G20 et vice-premier ministre turc, Mehmet Şimsek, m’a ainsi présenté en détail sa stratégie pour réduire, notamment, la dépendance de la Turquie à l’égard des financements étrangers. Le Ministre Cevdet Yilmaz a de même été très précis dans nos échanges sur les réformes à mettre en œuvre, en ligne avec l’analyse de la Commission.

 J’ai rappelé que pour l’Union, les critères à remplir pour permettre la libéralisation des visas pour les citoyens turcs devaient être respectés.

Ce bref compte-rendu ne serait pas complet sans évoquer la question de la libéralisation des visas pour les citoyens turcs. Le gouvernement y tient, cette question est revenue souvent et avec insistance auprès de mes interlocuteurs ou de la presse. J’ai rappelé que pour l’Union, les critères à remplir pour permettre cette libéralisation devaient être respectés.

  4Trajet en bâteau sur le Bosphore pour des rencontres bilatérales avec le Vice-Premier Ministre turc, Mehmet ŞIMŞEK (lundi après-midi)

Je rentre satisfait de ces deux jours d’intenses discussions lors desquels la Commission européenne a su faire entendre son message à des interlocuteurs désireux d’approfondir leur coopération avec l’Union. D’autres rencontres suivront, qui nous permettront, je l’espère, de mesurer les progrès engrangés des deux côtés.


Mes impressions sur le livre « Conversations avec Jacques Delors » de Cécile Amar

Catégorie : Actualité,Europe / International,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 28/04/2016 à 10:35
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Quel plaisir de retrouver, intacte, toujours aussi forte et claire, la voix de cet homme de 90 ans aujourd’hui, qui, depuis si longtemps, inspire les Européens!

J’ai livré à L’Express mes impressions sur le livre  « Conversations avec Jacques Delors » de Cécile Amar. Lisez l’interview sur le site de l’hebdomadaire.

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De retour des Etats-Unis

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 21/04/2016 à 20:02
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De retour des Etats-Unis

De retour de Washington et New York, où j’ai représenté la Commission européenne aux réunions annuelles du FMI et à celles du G20, je veux livrer ici quelques impressions rapportées, quelques instantanés pris dans les coulisses.

Que retenir de cette session d’échanges ? Les leaders internationaux n’ont plus les yeux braqués sur la performance économique de l’Europe. Mais ils ont trois points d’inquiétude, ou du moins d’interrogation : la crise des réfugiés, le risque de Brexit, et la Grèce. Et puis, bien sûr, les Panama papers, qui n’étaient pas prévus au programme, se sont largement invités dans la discussion… à ma grande satisfaction.

Les instances internationales restent une enceinte privilégiée pour faire avancer nos dossiers communs.

Une première conclusion politique : les instances internationales restent une enceinte privilégiée pour faire avancer nos dossiers communs. De Pier Carlo Padoan à Luis De Guindos, en passant par Wolfgang Schäuble, Michel Sapin ou Jeroen Dijsselbloem, les réunions du printemps du FMI sont propices aux rencontres bilatérales entre les responsables européens. J’ai aussi eu un échange utile avec Christine Lagarde, en particulier sur la Grèce, avec le Secrétaire du Trésor Jack Lew, avec les conseillers économiques du Président Obama à la Maison blanche, ou encore avec Michael Bloomberg, avec qui j’ai longuement évoqué les élections américaines. Au-delà de ces entretiens, plusieurs conférences – au Peterson Institute sur l’économie européenne, avec les représentants de la Chambre de commerce franco-américaine ou encore lors de la Conférence transatlantique organisée par la DG Ecfin et la FED de New York – m’ont aussi permis d’échanger avec un public plus large, de « prendre la température ».

Tous nos partenaires ont été unanimes sur la nécessité de mieux lutter ensemble contre les paradis fiscaux et contre le blanchiment d’argent, en intensifiant la transparence financière.

La fiscalité a été au centre de plusieurs de nos discussions. Dans le cadre du G20, tous nos partenaires ont été unanimes sur la nécessité de mieux lutter ensemble contre les paradis fiscaux et contre le blanchiment d’argent, en intensifiant la transparence financière. Je salue les conclusions du G20 sur la nécessité d’avancer sur le standard d’échange automatique d’informations, et sur la volonté de définir des critères mondiaux et un processus de listing international. Le communiqué final insiste sur la nécessité de renforcer la transparence sur les ayants droits, et de se doter des moyens de savoir qui se cache derrière les sociétés-écrans, au cœur des révélations des Panama papers. Sur l’ensemble de ces sujets, les approches européenne et internationale sont fortement complémentaires. Comme je l’ai souligné au Forum fiscal du FMI, chacun a pris conscience de l’urgence de renforcer le système fiscal international. Les Panama papers ouvrent, j’en suis convaincu, une nouvelle ère fiscale de transparence et de coopération renforcées.

Nous nous devons de rester collectivement vigilants, dans un contexte de croissance qui demeure modeste et inégale.

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