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Conférence des ambassadeurs – Une Europe forte dans un monde incertain

Catégorie : Actualité,Commission européenne,Europe / International | Par pierre.moscovici | 01/09/2016 à 13:17
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Je vous invite à lire ci-dessous mon discours prononcé ce matin lors de la Conférence des ambassadeurs à Paris, dans le cadre de la session plénière « Une Europe plus forte dans un monde incertain ».

Conférence des Ambassadeurs

Session plénière – « Une Europe forte dans un monde incertain »

Discours introductif – 1er septembre 2016 – Paris

Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

C’est un plaisir pour moi d’intervenir ici, pour cette journée consacrée à l’Europe. J’ai eu l’occasion d’échanger avec nombre d’entre vous, lors de visites dans des capitales européennes que j’ai pu faire depuis le début de mon mandat de Commissaire. Je connais plusieurs d’entre vous depuis de nombreuses années, ayant eu le privilège de servir la cause européenne au Quai d’Orsay. Je me réjouis de pouvoir prolonger ces échanges aujourd’hui.

On m’interroge sur l’avenir de l’Union. Question complexe, qui trouve à peu près une réponse différente par capitale européenne aujourd’hui.

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  1. Mais avant même de se demander quel est l’avenir de l’Union, je pense qu’il faut déjà se demander si l’Union a un avenir.

Je ne crois pas qu’il faille aujourd’hui prendre cette interrogation à la légère. Les risques auxquels l’Union fait face ont pris une acuité particulière.

Nous sommes confrontés à des risques visibles, relativement bien identifiés.

Nous sommes confrontés à des risques visibles, relativement bien identifiés:

  • Le premier est bien sûr le Brexit. Pour la première fois de son histoire, l’Union va se construire par une soustraction, pas par une addition. Nous avions déjà eu une soustraction budgétaire avec l’adoption d’un budget européen pour 2014-2019 en baisse par rapport aux précédents. Ici c’est une soustraction politique qui s’annonce. Et nous perdons bien sûr un membre majeur. L’un des risques du Brexit – indépendamment du résultat final – c’est qu’il domine l’agenda européen au cours des deux prochaines années et absorbe ressources, temps et attention. Le plus mauvais scénario serait celui d’une « glaciation » des initiatives européennes en attendant que la sortie de la Grande-Bretagne soit réglée.
  • Le deuxième risque visible, c’est l’enracinement de l’euroscepticisme et la banalisation de la critique de la méthode communautaire. Personne à Bruxelles ne s’attend à recevoir un satisfecit du PiS polonais ou du FIDESZ hongrois. Mais qu’il y ait en France d’anciens membres du gouvernement, issus de partis de gouvernement – de droite ou de gauche – qui appellent à supprimer la Commission ou à la transformer en secrétariat du Conseil, cela m’interpelle. Car ce qui est visé à travers elle, c’est le projet communautaire dans son ensemble.

Et puis à ces risques visibles s’en ajoute un, moins évident mais plus pernicieux: c’est le risque de délitement de l’Union, non par les marges mais par le cœur. Au fond, il serait tentant de balayer d’un revers de main le vote britannique, de le mettre sur le compte d’une forme « d’exception culturelle ». Il y a, bien sûr, des facteurs politiques et historiques propres à ce pays qui ont joué dans le vote de juin. Mais le vrai danger qui pèse sur l’Union n’est pas le scénario d’un délitement par les marges en réaction à une meilleure intégration du cœur, mais bien au contraire le délitement du cœur même, avec l’euroscepticisme grandissant dans des plusieurs Etats fondateurs, l’affaiblissement du soutien populaire à l’euro – alors même que nous entrons dans un cycle déterminant de consultations électorales en Europe : referendum en Italie cet automne, élections aux Pays-Bas en mars, en France en mai/juin et en Allemagne en septembre.

Tous ces facteurs pèsent lourdement sur les perceptions publiques et gouvernementales. Et soyons francs, je ne connais pas un seul gouvernement qui ait un agenda européen très ambitieux avec une vision claire de l’avenir. Il s’agit au mieux de gérer les crises, au pire de défendre les intérêts nationaux en se repliant sur les frontières politiques internes. La discussion de Bratislava sera donc essentielle pour retrouver un « sens commun » voire pour certains « le sens commun ».

Je m’attends à passer les prochains mois à expliquer aux citoyens européens que l’Union a un avenir, parce qu’elle reste le meilleur niveau de réponse aux crises globales – sécurité, bouleversement climatique, crise des réfugiés, instabilité financière etc. Mais je ne m’attends pas à ce que cet exercice soit facile, ni même forcément, je dois l’avouer, à convaincre. Le handicap de départ avec lequel nous partons face aux populistes eurosceptiques – et à présent au-delà – va s’aggraver si notre réponse manque le coche.

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  1. Si la réponse à ces crises est difficile à définir, c’est qu’elle peine à trouver l’équilibre entre un approfondissement indispensable, et manque d’appétit et d’unité des capitales.

Je ne crois pas que les conditions politiques soient aujourd’hui réunies en Europe pour faire un vrai pas supplémentaire d’approfondissement.

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Libres réflexions sur l’état de la gauche en France (3/3)

Catégorie : Actualité,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 31/08/2016 à 10:22
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Libres réflexions sur l’état de la gauche en France (3/3)

 

 

Qu’on me comprenne bien : je ne suis pas sectaire ou archaïque, encore moins ennemi des compromis, voire des coalitions. Des compromis, j’en construis tous les jours dans mes fonctions à la Commission européenne, instance politique où se côtoient des femmes et des hommes aux sensibilités politiques très diverses. L’Europe, par définition, ne peut être que le produit de traditions nationales différentes, qui se rencontrent, et de programmes politiques divers, qui finissent par converger. Et ses institutions, qui sont par définition pluralistes, ne conduisent presque jamais à une logique majoritaire.

La politique n’est pas à mes yeux une guerre civile, opposant des ennemis irréductibles siégeant dans des camps retranchés.

Par responsabilité comme par expérience, je suis  donc bien placé pour accepter et mener les débats avec ceux qui ne pensent pas comme moi. La politique n’est pas à mes yeux une guerre civile, opposant des ennemis irréductibles siégeant dans des camps retranchés. Et j’ai moi-même dit que la situation politique de la France en 2017, dans l’hypothèse d’une présence de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, pourrait imposer, contrairement à toutes les configurations connues sous la 5ème République, une coalition rassemblant ceux qui auraient élu un Président, de gauche ou de droite, contre le Front national. Je sais enfin à quel point le clivage sur l’Europe et sur l’euro peut transcender les frontières traditionnelles des deux camps – et j’appelle sur ce plan les pro-européens à travailler ensemble. La même réflexion, d’ailleurs peut être faite sur la lutte contre le réchauffement climatique, dans la foulée de la COP 21, ou sur la sécurité. Bref, dans tous les scénarios au demeurant, chacun sent bien que la gouvernance de notre pays connaitra d’importants changements en 2017 : elle en a besoin.

Un compromis n’est pas une compromission, une coalition n’est pas une confusion ou une abdication !

Mais un compromis n’est pas une compromission, une coalition n’est pas une confusion ou une abdication ! Le compromis, comme la coalition, sont des modalités subies et non choisies, découlant d’une situation politique particulière. La configuration préférable, en démocratie, est celle d’une majorité nette, de droite ou de gauche, investie d’un mandat clair, et confrontée à une opposition soudée et  cohérente, préparant l’alternance avec intelligence. Le paysage politique européen, en  Allemagne, en Espagne, en Autriche, aux Pays-Bas par exemple, est de moins en moins celui-là. Partout, les partis de gouvernement traditionnels reculent, partout la fragmentation électorale s’accroit, et la montée des formations populistes complique partout la formation de gouvernements de majorité.

Le compromis comme la coalition ne peuvent donc précéder une élection, sauf à en détruire le sens, mais ils peuvent en être le résultat, découlant de l’incertitude des urnes.

Le compromis comme la coalition ne peuvent donc précéder une élection, sauf à en détruire le sens, mais ils peuvent en être le résultat, découlant de l’incertitude des urnes. Disons-le, l’un comme l’autre sont des combats menés au quotidien, qui exigent des positions fermes, des forces mobilisées. Dans l’un comme l’autre, il faut entrer armé de ses convictions, les revendiquer et les défendre. Et il est décisif de pouvoir s’installer en position de force dans le poste de pilotage. Voilà pourquoi le succès en 2017 d’un candidat de gauche ou de droite est tout sauf indifférent : le choix est décisif, surtout face à une percée populiste.

La gauche française ne peut pas échapper, en 2017 et après, à sa refondation.

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Libres réflexions sur l’état de la gauche en France (2/3)

Catégorie : Actualité,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 30/08/2016 à 11:05

Libres réflexions sur l’état de la gauche en France (2/3)

 

 

Le dépassement du clivage gauche/droite est le dernier débat à la mode.

Le dépassement du clivage gauche/droite est le dernier débat à la mode. A vrai dire, ce n’est pas une franche novation, ni une première, mais au contraire un marronnier de la politique française, en particulier à gauche lorsque celle-ci est en difficulté ou à court d’idées neuves. Il est donc compréhensible qu’il fleurisse en ce moment. Sans fuir le besoin aigu de rénovation qui s’exprime, je veux dire pourquoi et en quoi la solution pour la gauche, pour sa victoire difficile mais toujours possible en 2017, pour sa refondation future, se trouve ailleurs.

 La gauche au pouvoir a déjà changé, elle doit changer encore.

La gauche au pouvoir a déjà changé, elle doit changer encore. Ministre de l’économie et des finances, j’avais appelé en 2012 à une « révolution copernicienne »  de notre politique économique, et avais engagé sa réorientation vers une politique de l’offre. Elle a eu lieu, elle n’est pas achevée, elle doit se poursuivre. Notre pays souffre depuis des années d’un chômage insupportable, d’une croissance trop faible, d’un déficit public et d’un endettement trop élevés, d’un niveau de prélèvements obligatoires mal toléré.

Arrivant aux responsabilités en 2012, après l’élection de François Hollande, nous avons dû nous attaquer à la racine commune de ces insuffisances : un retard de compétitivité, profondément ancré dans les structures de l’économie française. Il ne s’agissait pas seulement d’un coût excessif du travail, mais aussi et surtout de rigidités à lever – dans le système social et fiscal, dans l’éducation, dans l’organisation du marché du travail, dans la capacité d’innovation et d’investissement du système productif lui-même… La France avait, et elle a toujours besoin de réformes, pour retrouver un meilleur potentiel de croissance, pour créer plus d’emplois, pour rester une puissance économique de premier plan. Voilà pourquoi il fallait un « choc de compétitivité », un pacte de responsabilité avec les entreprises et de nombreux changements structurels.

A l’évidence, le « récit » de cette révolution copernicienne n’a pas été assez clairement développé. Ses étapes, ses modalités, ses finalités n’ont pas été suffisamment expliquées, revendiquées et donc partagées. Et ses résultats, qui ne peuvent advenir sans délais, qui au contraire exigent du temps, sans être négligeables, ne sont pas encore assez suffisamment convaincants. Il ne m’appartient pas de dire ici ce qui a manqué pour ce faire. A l’évidence, des erreurs – de rythme, de méthode sans doute, de fond peut-être- ont été commises – et la gouvernance de ce grand changement, n’a pas été parfaite – c’est le moins qu’on puisse dire. Il faudra sans aucun doute, en réfléchissant à un projet pour le futur, en faire l’examen approfondi et sans complaisance, et en tirer les leçons, intellectuelles et politiques.

Mais j’ai la conviction que ce choix réformiste est incontournable pour la gauche. Celle-ci est à mes yeux aujourd’hui, comme souvent dans notre histoire, la mieux à même de moderniser la France, de veiller à protéger son modèle social tout en le faisant évoluer – il a lui aussi bien besoin de réformes de grande ampleur. Je ne crois pas, contrairement à Arnaud Montebourg, qu’un grand bond en arrière soit la clé du futur, ni qu’un mélange plus ou moins habilement concocté de souverainisme et d’étatisme soit l’avenir de la gauche. La gauche ne peut être ni conservatrice, ni nationaliste, ni corporatiste, sans quoi elle n’est qu’une survivance ou une vigie, pas une force de gouvernement capable de façonner l’avenir.

Le progrès – économique et social – est une aspiration profondément ancrée à gauche.

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Libres réflexions sur l’état de la gauche en France (1/3)

Catégorie : Actualité,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 29/08/2016 à 15:42
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Libres réflexions sur l’état de la gauche en France (1/3)

 

Commissaire européen, je ne suis plus un acteur quotidien de la vie politique française, mais je n’ai pas changé de convictions.

Dans moins d’un an, les Français auront choisi leur Président. 80 ans après le Front Populaire et 35 ans après la victoire histoire de François Mitterrand, je veux regarder vers les échéances cruciales de mai 2017. Commissaire européen, je ne suis plus un acteur quotidien de la vie politique française, mais je n’ai pas changé de convictions. Je participerai naturellement au débat politique de mon pays à titre personnel, pour ainsi préserver l’indépendance de la Commission européenne. Je vois aujourd’hui que la gauche, ma famille politique, est affaiblie, marquée, galvaudée, qu’elle fait l’objet de remises en causes violentes, de l’extérieur comme de l’intérieur. Cela me donne envie, dans le calme de l’été et à travers trois billets, de poser ici une question simple : la gauche est-elle en mesure de gagner ces batailles et comment ?

Mon engagement est constant, il est aussi lucide. Comme tout un chacun, je connais l’état de l’opinion, que nous montrent non seulement les sondages, mais aussi et surtout l’ensemble des élections, nationales et locales, qui se sont déroulées depuis 2012. Le premier enseignement, que le flot des commentaires, trop tournés en ce moment vers les desseins et destins personnels, néglige trop souvent, est la montée du Front national, la percée des idées nationalistes, xénophobes, étroites et pernicieuses qu’il véhicule. Le résultat des élections présidentielles en Autriche, où l’extrême-droite a été battue de quelques voix seulement au second tour avant que soit décidée une nouvelle élection, nous rappelle la force de cette menace. Le 21 avril 2002, avec la présence de Jean-Marie Le Pen et l’élimination du candidat socialiste au premier tour de l’élection présidentielle, avait été un terrible choc, un « coup de tonnerre », comme l’avait dit Lionel Jospin lui-même. Voulons-nous revivre ce traumatisme républicain ?

La droite républicaine, quant à elle, est mobilisée par la préparation de ses primaires et traversée par bien des débats, sur le fond comme sur la méthode ou les alliances.

En 2017, la surprise serait hélas que sa fille ne se qualifie pas pour le second tour. Il ne s’agit évidemment pas d’une certitude, mais bel et bien d’une éventualité que nous devons combattre de toutes nos forces. Cette donnée ne peut être ignorée, elle pèsera sur l’élection, elle exclut toute frivolité et impose l’efficacité. La droite républicaine, quant à elle, est mobilisée par la préparation de ses primaires et traversée par bien des débats, sur le fond comme sur la méthode ou les alliances. Elle s’interroge sur son positionnement – plus ou moins radical ou modéré, clivant ou rassembleur, européen ou nationaliste, identitaire ou ouvert. Il serait toutefois imprudent de compter exclusivement, ou même excessivement, sur ses contradictions, pourtant majeures. Certes, elle se situe à un étiage électoral historique, et se prépare à une confrontation interne impitoyable, mais je suis convaincu qu’elle saura, le moment venu, se mobiliser autour du champion qu’elle aura choisi, pour récupérer ce qu’elle considère être son apanage naturel, le pouvoir.

La gauche va aborder 2017 dans un état de faiblesse sans précédent.

Enfin, il serait absurde de nier l’évidence : la gauche va aborder 2017 dans un état de faiblesse sans précédent. Elle aussi ne représente qu’un tiers de l’électorat. Elle a perdu beaucoup de soutiens dans les territoires, au fil des défaites dans les scrutins locaux. Surtout, elle est plus divisée que jamais, elle est même éclatée entre des partis qui ne savent et en réalité ne veulent plus dialoguer, qui se combattent ou à tout le moins s’ignorent. Ces divisions ne sont pas circonstancielles ou tactiques, elles sont profondes, sur tous les sujets – la politique économique, la sécurité, l’Europe, la cohésion sociale… Pour la gauche, le pouvoir n’est pas une finalité unifiante, car elle ne partage pas – ou plus – la culture de gouvernement, qui impose l’intégration des contraintes du réel. Il y a toujours eu plusieurs gauches, en France comme ailleurs, mais par-dessus tout l’emporte aujourd’hui la distance qui sépare de plus en plus ceux qui promeuvent un réformisme capable de compromis et attaché à l’Europe, d’une part, et ceux qui défendent une alternative plus radicale, affranchie de nos engagements européens, d’autre part. Aussi irritants et même graves soient certains comportements dans le champ politique comme sur le terrain social, ces gauches sont-elles désormais « irréconciliables », comme l’a dit Manuel Valls ?

Si les gauches venaient à divorcer, c’est toute la mécanique de l’alternance entre la droite républicaine et la gauche de gouvernement qui s’effondrerait, après avoir été affaiblie par l’émergence du Front national.  Lire la suite


« Présidentielle : la gauche, une valeur d’avenir » – Ma tribune personnelle dans Libération

Catégorie : Actualité,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 29/08/2016 à 10:52
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Je vous invite à lire ci-dessous ma tribune personnelle parue aujourd’hui dans Libération, « Présidentielle : la gauche, une valeur d’avenir ».

Alors que l’élection présidentielle de 2017 se profile, le dernier cri de la modernité politique française semble être de jeter la gauche socialiste et sociale-démocrate aux orties. Un ancien ministre de l’Economie déclare sa candidature avec un projet «socialiste mais pas uniquement», avant tout farouchement souverainiste et étatiste. Son successeur s’affiche au côté d’une figure réactionnaire, anti-européenne et proche de l’extrême droite (Philippe de Villiers), avant de confirmer en sa compagnie qu’il n’est pas socialiste.

Ces prises de distance ne me convainquent pas. C’est pourquoi je veux, moi aussi, donner ma position dans ce débat, à titre personnel. J’y vois en effet une faute stratégique et une erreur idéologique.

Faute stratégique, car s’il n’y a plus de bloc de gauche autour de son pilier socialiste, il n’y a plus de possibilité pour la gauche d’exercer les responsabilités. Et une gauche qui ne se distingue pas clairement de la droite n’est plus la gauche. L’opinion attend un profond renouveau de notre vie politique, à commencer par celui des partis, y compris à gauche : je n’y suis pas sourd. Et je n’ignore pas les contradictions que soulève le rapport à l’Europe, à mes yeux décisif. Mais moderniser la gauche, ce n’est pas tourner le dos à son histoire, ses valeurs et ses combats.

Erreur idéologique aussi, car la droite et la gauche ont des divergences profondes, et une hiérarchisation différente des priorités. Pour la droite, les inégalités sont inévitables, pour la gauche elles sont insupportables. La droite considère souvent que favoriser la réussite personnelle suffira à résoudre les problèmes collectifs, tandis que la gauche estime que pour résoudre les problèmes collectifs, il faut commencer par offrir à chacun les mêmes chances de réussite. C’est pour cela que la droite fait de la levée des obstacles au fonctionnement du marché sa priorité, tandis que la gauche parle aussi d’éducation, de culture, de protection sociale. Pour une part majoritaire de la droite, la conception traditionnelle de la famille et de la liberté est sacrée et doit être conservée. Pour une part majoritaire de la gauche, la liberté de chacun et la volonté de s’adapter aux évolutions de la société doivent prévaloir. La droite nourrit historiquement un certain culte du chef et de l’autorité, quand la gauche croit au dialogue social pour légitimer l’action publique. Non, droite et gauche ne sont pas bonnet blanc et blanc bonnet, contrairement à ce que le slogan «UMPS» du Front national veut faire croire !

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Interview dans « Les 4 Vérités » sur France 2

Catégorie : Actualité,Europe / International,Vidéos | Par pierre.moscovici | 26/08/2016 à 10:21
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J’étais ce matin l’invité de l’émission « Les 4 Vérités » sur France 2, interviewé par Gilles Bornstein sur l’avenir de l’Union européenne, et sur la vie économique et politique française.

Mon interview à revoir ci-dessous :


Les 4 vérités – Pierre Moscovici par telematin


« Ne cédons pas à la nouvelle pensée unique sur l’Europe, paresseuse et défaitiste » – Tribune dans Le Monde

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 16/08/2016 à 10:16
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Je vous invite à lire ci-dessous ma tribune parue aujourd’hui dans Le Monde, pour une nouvelle politique économique européenne.

Pierre Moscovici : « Ne cédons pas à la nouvelle pensée unique sur l’Europe, paresseuse et défaitiste »

 


Que peut-on encore attendre de l’Union européenne (UE) ? Rien ou si peu, répondent nombre de responsables politiques. C’est devenu la nouvelle réponse à la mode, contaminant jusqu’à certains pans de la gauche de gouvernement.

Notre tâche, et d’abord celle des sociaux-démocrates européens, est de réinventer un projet communautaire convaincant et entrainant pour nos peuples, parce que fort et juste.

Je n’accepte pas cette tentation du rejet ou du retrait. Notre tâche, et d’abord celle des sociaux-démocrates européens, est au contraire de réinventer un projet communautaire convaincant et entrainant pour nos peuples, parce que fort et juste.

Je suis lucide : l’Europe a incontestablement connu des jours meilleurs. Elle est durement attaquée par les populistes. Elle peine à faire preuve de son efficacité. Mais les crises qu’elle traverse, et auxquelles aucun pays ne peut faire face seul – crise économique et sociale, crise des réfugiés, Brexit, menace terroriste – ne doivent pas faire oublier à quel point elle demeure une nécessité absolue pour chacune de ses nations et pour le monde.

Je ne sous-estime pas ces turbulences ni les déceptions engendrées par l’Europe. Mais elles nous rappellent aussi que c’est collectivement que nous sommes efficaces. Y compris et d’abord dans le champ économique. Le temps est venu de développer, enfin, une véritable politique économique européenne, reposant sur trois piliers : protéger, dynamiser, refonder.

Laissés-pour-compte

Protéger, tout d’abord. Les citoyens se détournent de l’Europe, non seulement parce que la croissance y reste décevante, mais aussi parce que ses fruits sont mal partagés et que les inégalités les indignent. La sourde défiance des opinions à l’égard du commercial mondial, pourtant porteur d’opportunités s’il est équitable, trouve ici sa source : il a fait trop de laissés-pour-compte.

Aujourd’hui, le meilleur bouclier individuel anti-chômage, c’est le capital humain, qui améliore la capacité de chacun à accéder à l’emploi. Investir massivement dans l’éducation ou la formation professionnelle est donc un impératif absolu.
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Il faut répondre à cette demande de protection à trois niveaux. D’abord, en fournissant à chacun la sécurité individuelle à laquelle il aspire légitimement. Aujourd’hui, le meilleur bouclier individuel anti-chômage, c’est le capital humain, qui améliore la capacité de chacun à accéder à l’emploi. Investir massivement dans l’éducation – y compris la petite enfance – ou la formation professionnelle est donc un impératif absolu. Il faut aussi lancer un nouveau programme de mobilité – « Erasmus pro » – pour permettre aux jeunes de partir en apprentissage dans un autre Etat membre.

Protéger, c’est aussi déployer des réformes structurelles de « nouvelle génération », des réformes progressistes et porteuses d’avenir, autour de deux axes phares : définir une approche rénovée de la « flexisécurité » remettant en cause la doctrine implicite de la dévaluation interne par la seule réduction du coût du travail, qui a longtemps prévalu en Europe, et améliorer drastiquement la qualité de la dépense publique pour faire mieux avec chaque euro versé par les contribuables.

Après les « Panama papers », la coupe est pleine : c’est pourquoi je travaille à l’élaboration d’une liste noire paneuropéenne des paradis fiscaux, avec des critères communs et des sanctions partagées.
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Protéger, enfin, c’est avancer vers une fiscalité européenne qui contribue à renforcer les normes internationales, au lieu de subir les pratiques déloyales des paradis fiscaux. L’Europe, qui a déjà fait beaucoup depuis deux ans pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscale, va accélérer ses travaux sur ce plan dans les prochains mois, pour reconquérir une souveraineté fiscale mise à mal. Après les « Panama papers », la coupe est pleine : c’est pourquoi je travaille à l’élaboration d’une liste noire paneuropéenne des paradis fiscaux, avec des critères communs et des sanctions partagées.

Deuxième pilier : dynamiser. L’Europe d’aujourd’hui est une voiture équipée d’un moteur à six cylindres, mais qui ne tourne que sur trois. Elle doit accélérer, et pour cela, recouvrer toute sa puissance.

C’est pourquoi il faut donner la priorité à l’investissement, en amplifiant le plan Juncker, qui permet déjà de réaliser 315 milliards d’euros sur trois ans, afin de mobiliser 1 000 milliards d’euros supplémentaires sur cinq ans.

La France est le premier bénéficiaire de ce plan, lancé il y a un an : 14,5 milliards d’euros d’investissement ont déjà été mobilisés. Les projets soutenus devraient créer près de 32 000 emplois. Et vingt accords de financement devraient bénéficier à plus de 38 000 petites et moyennes entreprises. C’est un début encourageant : il faut transformer l’essai.

La zone euro à l’avant-garde

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Pourquoi on ne pouvait pas sanctionner l’Espagne et le Portugal

Catégorie : Actualité,Commission européenne,Europe / International | Par pierre.moscovici | 27/07/2016 à 19:12

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La Commission européenne a proposé aujourd’hui que les amendes à l’encontre de l’Espagne et du Portugal soient annulées

La Commission européenne a proposé aujourd’hui que les amendes prévues par le Pacte de stabilité et de croissance à l’encontre de l’Espagne et du Portugal soient annulées. Fervent défenseur au sein du Collège de cette solution, je suis persuadé que nous avons pris la bonne décision, une décision qui renforce la crédibilité des règles, de leur application par la Commission et finalement de l’Europe.

 De quoi s’agit-il ? L’Espagne et le Portugal font face à une procédure jamais utilisée jusqu’ici, et qui prévoit, depuis la crise financière, des amendes pour les pays de la zone euro qui ne respectent pas leurs engagements budgétaires. Pour faire simple, les pays qui ne réduisent pas leurs déficits publics assez vite ni assez fortement. S’agissant de l’Espagne et du Portugal, les chiffres ne laissaient aucun doute sur ces manquements très clairs aux règles budgétaires communes. Le Conseil des Ministres des Finances en a convenu à l’unanimité le 12 juillet dernier. Suite à cette décision, qui valait sanction morale pour le deux pays, la Commission avait 20 jours pour proposer des sanctions financières, que le Conseil doit finalement adopter. Car c’est bien toujours les Etats membres qui ont le dernier mot.

  Procédure automatique ne veut pas dire procédure stupide

Mais procédure automatique ne veut pas dire procédure stupide. Les règles prévoient la possibilité pour la Commission de proposer un montant inférieur à la référence envisagée (0,2% du PIB) et éventuellement d’annuler les sanctions si les Etats concernés présentent de bonnes raisons pour justifier le passé et de nouveaux engagements pour l’avenir. Pour avoir un ordre de grandeur en tête, 0,2% du PIB pour la France représenterait 4Mds€ soit plus de la moitié du budget de la recherche publique du pays (CNRS, INSERM…). La Commission a décidé ce matin d’annuler ces possibles sanctions.

 En annulant les sanctions, nous avons agi en plein respect des règles, en assumant pleinement la marge de discrétion que ces règles prévoient

En annulant les sanctions, nous avons donc agi en plein respect des règles, mais également en assumant pleinement la marge de discrétion que ces règles prévoient pour un organe politique comme la Commission européenne. Car il serait naïf d’opposer règles et discrétion – les règles ne font que contraindre, pas supprimer, les choix des exécutifs.

 Fallait-il imposer une amende à l’Espagne et au Portugal ? Je ne le crois pas. Les deux pays sont des piliers politiques de la zone euro, toujours prêts à jouer le jeu de l’intérêt collectif. Les deux pays sont passés par des programmes d’ajustement économique, budgétaire et financier très douloureux depuis 2010, qui ont laissé des traces encore importantes dans les sociétés portugaise et espagnole – personne ne peut dire que l’Espagne et le Portugal n’ont rien fait. Mais surtout, les deux pays ont pris de nouveaux engagements de sérieux budgétaire, sans doute aussi en raison de la menace de sanction, qui montre ainsi son efficacité.

Je suis fermement convaincu que ce qui fait la crédibilité de nos règles n’est pas l’utilisation de leur dimension punitive

Je suis fermement convaincu que ce qui fait la crédibilité de nos règles n’est pas l’utilisation de leur dimension punitive, mais bien plutôt les résultats qu’elles permettent d’obtenir par l’incitation. Plus que la punition je crois à la conviction. En 2011, la plupart des Etats de la zone euro étaient en déficit excessif – au-delà de 3% – aujourd’hui, ils sont pour la plupart – sauf quatre, Grèce, Espagne, Portugal et France – revenus sous cette valeur. Le déficit moyen de la zone euro est proche de 2%. N’est-ce pas la meilleure preuve que nos règles, finalement, fonctionnent ?

C’est donc aujourd’hui, j’en suis convaincu, une victoire pour nos règles et pour leur crédibilité

C’est donc aujourd’hui, j’en suis convaincu, une victoire pour nos règles, leur crédibilité, la lutte contre les déficits, et finalement la preuve que l’Europe et la Commission ne sont pas des technocraties autistes, mais bien des organes efficaces de coordination des politiques économiques. Certains, à droite comme à gauche, pensent que nous règles sont trop complexes, imparfaites, impossibles à appliquer, écrites pour une période aujourd’hui révolue. Pour éviter l’autosatisfaction, nous devons rester ouverts au débat sur ces règles. Elles sont effectivement devenues d’une sophistication frisant l’extrême complexité. Elles ont besoin d’être simples, politiquement lisibles et économiquement cohérentes. Des améliorations dans cette direction sont à l’évidence possibles. Le débat doit donc avoir lieu. J’y suis prêt. Mais sans renoncement à la crédibilité.