Grèce : le prix de l’incertitude

L’incertitude est le pire ennemi de l’économie, c’est la plus grande menace pour la Grèce.

Cela fait des années maintenant que je suis impliqué dans ce dossier. Et c’est ma conviction : à chaque fois que nous tergiversons, que nous hésitons, que la ligne d’horizon semble se brouiller pour le pays, son économie se met à tanguer. Aux responsabilités qui sont les miennes, le phénomène apparaît avec netteté : quand les négociations avancent, la croissance et la confiance redémarrent. Quand les négociations tardent, la croissance marque le pas. L’incertitude freine les investissements, elle empêche la réduction du chômage, elle hypothèque les tendances positives qui ont émergé dans l’économie grecque en 2016. Bref, tout retard a un coût et un poids.

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La Commission, que je représente dans les discussions avec Athènes, a tenu jusqu’au bout son rôle de facilitateur du compromis.

Les ministres des finances des pays de la zone euro ont enfin levé cette incertitude vendredi, pour partie au moins. L’Eurogroupe – la réunion de ces ministres, issus des pays créanciers de la Grèce – est en effet parvenu à un accord de principe pour sortir de l’impasse, après des mois de négociations difficiles, parfois tendues. La Commission, que je représente dans les discussions avec Athènes, a tenu jusqu’au bout son rôle de facilitateur du compromis, avec une ultime réunion entre les principaux partenaires jusque tard dans la nuit la semaine dernière. Je veux chaleureusement remercier tous ceux qui, au sein de mes services, n’ont pas épargné leur temps et leurs forces pour parvenir à ce résultat. Continuer la lecture

Un an après, qu’ont changé les Panama Papers?

Il y a un an, les Panama Papers révélaient au grand public l’ampleur inédite d’un système d’évasion fiscale via des sociétés offshore, dans toute son indécence. Rarement scandale fiscal n’avait déclenché une telle onde de choc planétaire.

Mais les Panama papers présentaient aussi, à mes yeux, l’opportunité unique d’une prise de conscience collective: il faut, enfin, apporter une vraie réponse politique à l’évasion fiscale. C’est l’occasion de donner une impulsion décisive à un combat où les avancées se font traditionnellement à tous petits pas. Très vite la solution est apparue : imposer la transparence. Voilà, en un mot, le fil conducteur de mon action de Commissaire en charge des questions fiscales en réponse à ce scandale.

Où en est-on aujourd’hui? Les changements sont visibles à plusieurs niveaux : en matière extérieure, au niveau des Etats Membres de l’Union, et au niveau des citoyens.

La législation adoptée ces derniers mois et les accords signés ont mis fin au secret bancaire en Europe.

En matière extérieure, l’Union élabore pour l’automne une liste européenne de paradis fiscaux, c’est-à-dire les juridictions qui ne mettent pas en œuvre les principes et pratiques de bonne gouvernance fiscale édictés par le G20 et l’OCDE. Je souhaite qu’elle puisse être assortie de sanctions en cas de non-respect. Si ces progrès peuvent paraître modestes, il faut mesurer le chemin parcouru : auparavant les Etats Membres refusaient purement et simplement ne serait-ce que d’aborder le sujet. Cette année, nous allons nous doter pour la première fois d’un outil européen de dissuasion et de pression, pour porter le fer au-delà des frontières de l’Union. La législation adoptée ces derniers mois dans l’Union européenne et les accords signés avec Andorre, la Suisse, Monaco ou le Liechtenstein ont mis fin au secret bancaire en Europe. Quant au Panama, il a changé sa législation et doit aujourd’hui répondre aux demandes d’information que lui adressent d’autres pays. Oui, jeter une lumière crue sur des pratiques inacceptables permet de faire bouger les lignes. Continuer la lecture

France-Allemagne: impressions de campagnes

2017 sera pour l’Europe une année électorale décisive. Ses deux principaux piliers, la France et l’Allemagne, sont en campagne. Sur le terrain politique comme dans le champ économique, le contraste est frappant, et cela doit alimenter nos réflexions.

Mardi dernier, j’étais à Berlin, où j’ai rencontré à la fois mes amis sociaux-démocrates, Martin Schulz et Sigmar Gabriel, des ministres et parlementaires conservateurs de la CDU, les responsables des syndicats et du patronat. Tous ont la tête dans la préparation des élections du mois de septembre et le débat s’est déjà installé, dans des conditions plutôt prometteuses. Certes, l’Allemagne n’est pas à l’abri de la menace populiste. Elle assiste à la montée d’une formation d’extrême-droite xénophobe et islamophobe, l’AFD. Mais la percée de celle-ci semble jugulée autour d’un score – considérable pour l’Allemagne – de 10%. Et la confrontation électorale s’est réorganisée autour des deux grandes formations historiques de la démocratie allemande, la CDU et le SPD.

Le combat en Allemagne sera rude, sans doute serré, mais il opposera deux candidats respectés et bien identifiés.

Chacune d’entre elles a désormais son candidat. Angela Merkel défendra son bilan et la réussite économique du pays. Elle mettra en avant son expérience internationale, son leadership européen, la force de ses valeurs, sa capacité à incarner et rassembler le peuple allemand. Le SPD, très affaibli ces dernières années par sa participation minoritaire au sein d’une grande coalition, reprend des couleurs grâce à un changement de leader réussi et consensuel. Sigmar Gabriel a été remplacé par Martin Schulz, qui fait figure d’homme neuf et qui va apporter au combat électoral son énergie, son humour, sa combativité, son éloquence. Le combat sera rude, sans doute serré, sans concessions – la CDU tentera de faire passer Martin Schulz pour un dangereux populiste de gauche, le SPD jouera sur la supposée « fatigue » d’Angela Merkel. Mais il oppose deux candidats respectés, respectables et bien identifiés, capables de diriger leur pays avec efficacité et crédibilité et de promouvoir l’Europe Continuer la lecture

L’Europe vaut bien un débat

L’Europe fait face à un doute existentiel profond. Après soixante ans de paix, de progrès économique et social sans précédent, de réunification de ses peuples et de succès majeurs comme l’euro, les citoyens européens se demandent pourtant où va l’Europe. Voire, pour certains, s’il faut continuer la construction européenne telle que nous la connaissons.

Est-ce la « crise de la soixantaine » pour l’Union européenne, née des Traités de Rome le 25 mars 1957 ? Est-ce la suite politique logique, après une crise économique très dure qui a frappé nos économies et nos sociétés depuis neuf ans ? Faut-il y voir le début du délitement du projet européen après le référendum britannique de juin dernier, conduisant au Brexit en 2019 au plus tard ? Est-ce le résultat des coups de boutoir populistes qui secouent nos opinions publiques, inquiètes d’un monde troublé et dangereux ? C’est sans doute un peu de tout cela à la fois.

L’union « sans cesse plus étroite entre les peuples » ne résume plus à elle seule les aspirations des 27 nations réunies dans l’Europe post-Brexit.

Mais c’est aussi – et surtout à mes yeux – un besoin fondamental et profond de discuter l’avenir de l’Europe avec les peuples. La paix – jadis l’objectif intemporel et ciment du projet politique – ne suffit plus à nourrir une vision commune : elle est désormais vue comme un acquis, non comme une promesse face à une menace de guerre européenne. L’union « sans cesse plus étroite entre les peuples » ne résume plus à elle seule les aspirations des 27 nations réunies dans l’Europe post-Brexit. Continuer la lecture

Marine Le Pen will das Ende Europas !

Europa wird 60 Jahre alt! Das ist eigentlich kein Alter für ein so weitreichendes politisches Projekt. Gleichwohl ist es beeindruckend, was Europa in den Jahrzehnten seit dem Ende des Zweiten Weltkrieges erreicht hat.

Die Europäische Union erlebt seine erste echte politische Krankheit. Natürlich hat sie in den vergangenen 60 Jahren bereits andere Krankheiten durchlitten, aber diesmal scheint sie etwas Ernsteres auszubrüten, eine akute Krankheit, die tiefer geht, sich im Innern breit macht und die EU bedroht, sie von innen zu zerfressen. Die Symptome sind bekannt und offensichtlich: das Risiko des politischen Zerfalls nach dem Brexit, der drohende Verlust eines durch eine gemeinsame Vision der 27 Mitgliedstaaten getragenen europäischen Gemeinschaftsinteresses, wachsende wirtschaftliche und soziale Ungleichheit, zunehmender anti-europäischer Populismus, desillusionierte Bürger, die Kritik an der Bürgerferne der technokratischen Gemeinschaftsinstitutionen… Das Krankheitsbild ist ernst, die Prognose für den Patienten kritisch.

Nur eine Kandidatin, Marine Le Pen, proklamiert dagegen einfach die Abschaffung Europas.

In Frankreich, wo demnächst Präsidentschaftswahlen anstehen, streifen sich die Kandidaten Ärztemaentel über und nehmen am Krankenbett Platz, um dem Patienten Europa mehr oder weniger enthusiastische Raschläge zur Heilung zu geben. Die Arzneien, die die Vertreter aus dem rechten wie aus dem linken Lager verschreiben wollen, sind mal mehr und mal weniger erfolgversprechend. Zumindest findet ein demokratischer Diskurs über die Heilung Europas statt. Nur eine Kandidatin, Marine Le Pen, proklamiert dagegen einfach die Abschaffung Europas. Fuer mich ist das ein politisches Verbrechen! Continuer la lecture

Marine Le Pen wants to kill Europe!

Europe will be 60! It is young for such a vast political project. But it represents so much when you look at everything that has been accomplished since the Second World War.

A health check of the European Union now reveals its first real political illness. One might say that in 60 years the Union has seen others; but it now seems to be facing something sharper, deeper, something that is eating away at it from within. The symptoms are known and visible: risk of political breakdown with Brexit, the loss of a sense of the general European interest that would now need to be driven by a common vision of the remaining 27 Member States, economic and social disparities, the rise of anti-European populism, the disenchantment of citizens, and distance from technocratic community institutions … The disease is serious and may be critical.

Only one candidate, Marine Le Pen, simply proposes to destroy Europe rather than heal it. I call this a political crime!

Therefore, to treat our sick Europe, in France, as the presidential election approaches, each has put on his white coat, and – with more or less enthusiasm – has gone to the patient’s bedside to dispense his medical advice. Many – both on the right and left – are offering more or less effective treatments. This is being discussed democratically.Only one candidate, Marine Le Pen, simply proposes to destroy Europe rather than heal it. I call this a political crime! Continuer la lecture

Marine Le Pen veut tuer l’Europe !

L’Europe va avoir 60 ans ! C’est jeune pour un projet politique aussi vaste. C’est beaucoup quand on regarde tout ce qui a été accompli depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le bilan de santé de l’Union européenne fait apparaître sa première vraie maladie politique. On pourrait se dire qu’en 60 ans, elle en a vu d’autres, mais elle semble couver quelque chose de plus aigu, de plus profond, quelque chose qui la ronge de l’intérieur. Les symptômes sont connus et visibles : risque de délitement politique avec le Brexit, perte de sens de l’intérêt général européen portée par une vision commune des 27 Etats membres restants, disparités économiques et sociales, montée des populismes anti-européens, désenchantement des citoyens, distance technocratique des institutions communautaires… La maladie est sérieuse et le pronostic vital est peut-être engagé.

Une seule candidate, Marine Le Pen, propose tout simplement d’achever l’Europe plutôt que de la guérir.

Alors pour soigner l’Europe malade, en France, à l’approche de l’élection présidentielle, chacun enfile sa blouse blanche, se rend à son chevet – avec plus ou moins d’enthousiasme – et y va de son conseil médical. Beaucoup – à droite comme à gauche – proposent des traitements plus ou moins efficaces. Ça se discute démocratiquement. Une seule candidate, Marine Le Pen, propose tout simplement d’achever l’Europe plutôt que de la guérir. J’appelle cela un crime politique ! Continuer la lecture

En finir avec l’austérité en Grèce !

Lundi 20 février 2017 : l’Eurogroupe trouve un accord sur la Grèce ! C’est une bonne nouvelle pour la Grèce et pour la zone euro. Mais de quoi s’agit-il exactement, après bientôt sept ans d’assistance financière à ce pays de la zone euro ?

Sans le programme européen et la solidarité de la zone euro, la Grèce aurait plongé dans une récession encore plus dramatique.

Hier, la Grèce – qui a emprunté plus de 250 milliards d’euros depuis 2010 – et les 18 autres Etats membres de la zone euro – les bailleurs – ont trouvé un compromis politique permettant aux institutions chargées de la négociation et de la mise en œuvre du Programme d’assistance financière (2015-2018) de revenir à Athènes rapidement. A la clé, la conclusion d’une étape importante de ce programme et le déboursement d’une nouvelle tranche financière pour assister l’Etat grec, toujours coupé des marchés financiers. Concrètement, les 18 prêtent de l’argent à la Grèce en échange de réformes structurelles et d’économies budgétaires. Et régulièrement, l’Eurogroupe doit faire le point sur ces progrès et décider si l’argent peut être versé. L’objectif ultime est simple : faire baisser la dette grecque et lui permettre de se financer directement sur les marchés à des taux acceptables. Continuer la lecture