L’histoire se répète-t-elle ?

Convention d'investiture de François Hollande

Les socialistes ont trouvé le leader dont ils avaient besoin, conscient des enjeux, prêt à la confrontation avec la droite.

La Convention nationale du Parti socialiste, samedi dernier, s’est bien déroulée. Elle a montré, à travers les prises de position des candidats aux primaires, l’effectivité du rassemblement des socialistes, l’engagement d’une unité sans faille dans la bataille présidentielle. Le discours de François Hollande, qu’il a écrit lui-même, a été à la hauteur des attentes : clair, puissant, maîtrisé, il a tracé la feuille de route stratégique et politique pour les mois qui viennent. Les socialistes ont trouvé le leader dont ils avaient besoin, conscient des enjeux, prêt à la confrontation avec la droite.

L’élection présidentielle est donc désormais lancée, avec de vraies chances de succès – même si, comme François Hollande l’a fait lui-même, les sondages euphoriques doivent être relativisés. Le candidat socialiste ne fera pas – sans doute – 39 % au premier tour, plus de 60 % au second. En France, on le sait, les élections à deux tours finissent toujours par converger vers un duel à 50-50. Et Nicolas Sarkozy, s’il est un exécrable président, en échec sur tous les terrains – l’économique et le social, la sécurité, la politique intérieure et l’Europe – peut être un redoutable concurrent, d’autant qu’il sera soutenu par un appareil d’Etat durement mis au pas durant ce quinquennat, et appuyé par de puissants groupes d’intérêt. La droite française est au plus bas, et même en voie de décomposition – comme le montre la situation à Paris, où la médiation molle de Jean-François Copé ne parvient pas à étouffer la violence des coups échangés entre François Fillon et Rachida Dati – minée par ses divisions. Pour autant, elle n’est pas morte, elle ne peut que se redresser dans la campagne, resserrer les rangs sous peine de disparaître.

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Trente ans après

10 mai 1981 – 10 mai 2011 : trente ans se sont écoulés, et c’est le moment pour la France, à commencer par la gauche et les socialistes, de se souvenir en mesurant le chemin parcouru, en tirant les leçons de l’histoire. Je veux moi aussi le faire.

j’avoue ne pas avoir été un fervent mitterrandiste

On sait d’où je parle. Quitte à déserter le « politiquement correct » du jour, j’avoue ne pas avoir été un fervent mitterrandiste. Je ne serai donc pas de ceux qui racontent « leur » 10 mai, ou leur parcours dans les années 70 – j’étais bien jeune, et plus à gauche que le Parti socialiste. Et mes divergences avec le Président socialiste sont trop connues pour que je les cache. Et pourtant aujourd’hui, sans céder à la nostalgie ou au culte de la personnalité, je veux évoquer ce jour, saluer cet homme, et dire ce qu’il a apporté à la gauche et au pays.

Et pourtant, j’ai voté pour François Mitterrand dès le premier tour en 1981, pas tant par adhésion à l’homme que parce que je sentais qu’il pouvait, avec ses amis, permettre enfin l’alternance, la respiration démocratique dont le pays avait tant besoin

Le 10 mai 1981 reste une date majeure dans l’histoire de la République et de la démocratie française. Le temps efface les aspérités, il a réhabilité le giscardisme. Mais les années qui précédaient l’alternance étaient dures, l’atmosphère du pays était peu respirable. La droite, divisée, conduisait le pays. La centralisation régnait en maître. L’audiovisuel était sévèrement contrôlé, le pluralisme était limité. Un climat d’affairisme prévalait, pendant que les inégalités se creusaient dans la crise. La France, depuis 1958, n’avait connu qu’un camp au pouvoir : celui des conservateurs. La seule modification de l’équilibre des forces s’était produite en son sein, avec l’élection du candidat libéral, Valéry Giscard d’Estaing, au détriment de clui des gaullistes, Jacques Chaban-Delmas, avec l’aide d’un certain… Jacques Chirac. J’étais alors un jeune lycéen, puis étudiant, davantage attiré par le trotskysme que par le socialisme. Et pourtant, j’ai voté pour François Mitterrand dès le premier tour en 1981, pas tant par adhésion à l’homme que parce que je sentais qu’il pouvait, avec ses amis, permettre enfin l’alternance, la respiration démocratique dont le pays avait tant besoin : je ne l’ai jamais regretté. Le 10 mai, j’ai participé avec allégresse à la liesse de la gauche, qui retrouvait la France : à soi seul, cela justifie une singulière reconnaissance envers François Mitterrand.

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Mitterrandisme et nostalgie

La France a un goût, une dilection même pour les commémorations, elle cultive aussi le culte des grands hommes. La semaine dernière, la droite républicaine se rassemblait autour du souvenir d’un des meilleurs parmi les siens, Philippe Séguin, personnalité attachante et ombrageuse, homme de convictions et d’emportements, grand serviteur de l’Etat. Vendredi, les socialistes – beaucoup d’entre eux en tout cas – se sont rendus à Jarnac, comme en pélerinage, à l’occasion de l’anniversaire de la mort de François Mitterrand, prélude à une célébration, que chacun devine importante, du 30ème anniversaire de la victoire de la gauche unie, le 10 mai 1981. Je n’y suis pas allé, parce que ce n’était pas ma place – cette cérémonie, me semble-t-il, appartenait surtout aux proches de l’ancien Président, dont je n’étais pas. Je veux toutefois vous livrer quelques libres réflexions sur le mitterrandisme et sur la nostalgie qu’il suscite. Continuer la lecture