Signe

La phrase d’Anne Sinclair, publiée dans « le Point », disant qu’à titre personnel elle ne souhaitait pas que son mari, Dominique Strauss-Kahn, fasse un second mandat à la tête du FMI, a déclenché un « buzz », une frénésie médiatique incroyables. J’ai vécu hier une journée étrange, occupé du matin tôt au soir tard à commenter ce propos, à en décrypter le sens – ce n’est pas d’ailleurs l’activité la plus gratifiante de la politique. Je souhaite, à tête reposée, vous livrer les enseignements que je tire de ce déchaînement médiatique.

Soyons, tout d’abord, au clair : je ne suis pas le porte-parole de Dominique Strauss-Kahn – il n’en veut pas, et je ne me vois plus comme un « lieutenant » – et n’ai aucune information privilégiée sur son retour ou son non-retour. Mes réactions sont celles d’un ami, d’un soutien, d’un protagoniste de cette primaire qui s’est forgé une opinion sur ce que devrait être, à gauche, la présidentielle de 2012. Je n’ai jamais eu un tempérament idolâtre par le passé : mon mitterrandisme a été plus que tempéré, ma fidélité à Lionel Jospin n’a jamais été exempte de liberté de pensée. Et je pense toujours que la politique française a besoin, profondément, de renouveau, que 2012 ne peut être le « remake » de 1997 – avec les mêmes thèmes et les mêmes acteurs – bref que ma génération a un rôle à jouer dans l’avenir. C’est pourquoi j’ai pensé, et je pense encore, à une candidature aux primaires : elle a, dans le paysage contrasté du Parti socialiste, du sens. Ma réflexion est toutefois d’un autre ordre. Qu’attend, en effet, la France de la gauche socialiste en 2012 ? Gagner d’abord, réaliser l’alternance : nous avons, face à Nicolas Sarkozy, un devoir de victoire. Réussir, ensuite et surtout : cela veut dire relancer un pays qui craint le déclassement, retrouver une croissance plus forte et créatrice d’emploi, partager les efforts de façon juste, rétablir l’exemplarité républicaine, abîmé par la droite.

C’est à partir de cette analyse des besoins de la France et des Français que je me suis convaincu que la candidature de Dominique Strauss-Kahn est la meilleure dont nous disposions. Evidemment, les sondages ne font pas une élection. S’il était candidat, le combat serait dur, violent même, face à une droite prête à tout pour conserver un pouvoir qu’elle considère comme sa propriété, sa chasse gardée, mais aussi face à certaines fractions de la gauche pour qui la sociale-démocratie reste l’ennemie principale. Et une bataille électorale n’est jamais gagnée avant d’avoir été menée. En somme, il n’y a pas de sauveur suprême, pas de victoire automatique : gardons nous de la dévotion, faisons de la politique. Regardons toutefois les choses en face : il y a, aujourd’hui, une aspiration à une telle candidature, à la fois parce que l’offre déployée par le Parti socialiste ne recueille pas une adhésion massive, et parce que Dominique Strauss-Kahn, par la trace de ce qu’il a fait entre 1997 et 1999 au ministère des finances, du fait de son action stimulante à la tête du FMI, par sa personnalité aussi, inspire ce sentiment essentiel à la vie économique et politique : la confiance. C’est pourquoi, en effet, je souhaite sa candidature, et je retirerais sans hésiter la mienne s’il s’avançait, parce que je souhaite, avant tout, aider à la gauche et la France en 2012.

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