Relève

Le « leadership contest » du Parti travailliste britannique a débouché sur une surprise. Ed Milliband, 40 ans, l’a emporté sur son frère David, 45 ans, qui partait favori, et est désormais le chef de l’opposition au gouvernement conservateur-libéral de David Cameron et Nick Clegg.

L’évènement est d’importance à plus d’un titre, il mérite qu’on s’y arrête. Cette désignation, tout d’abord, marque la fin d’une longue et passionnante histoire, celle du « New labour », et clôt une page de l’histoire du centre-gauche britannique, dominé depuis le début des années 80 par le tandem à la fois conflictuel et inséparable formé par Tony Blair et Gordon Brown Les deux anciens Premiers ministres ont été, ensemble,de jeunes parlementaires dans les années 80, ils ont vécu, ensemble, la traversée du désert des travaillistes pendant les 18 années de règne conservateur, sous Margaret Thatcher et John Major, ils ont grandi, ensemble, dans l’ombre de leaders incapables de l’emporter, puis de chefs de transition, à l’image de Neil Kinnock et John Smith. Ils ont attendu leur heure, puis créé, toujours ensemble, le « New Labour », rompant avec la conception traditionnelle du socialisme britannique, attaché à l’État, ouvriériste, lié organiquement à des syndicats protestataires, brisés par la « Dame de fer ». Les « mémoires » de Tony Blair, ouvrage à la fois fascinant d’intelligence et répulsif, tant il illustre les dégâts du cynisme convaincu en politique, le montrent bien :les deux hommes se sont aimés, Gordon Brown était programmé pour devenir le leader, Blair a su saisir sa chance et l’emporter. Ils ont ensuite gouverné ensemble, puis consécutivement, dans un climat de méfiance puis de franche paranoïa, dans une sorte de cohabitation de dix ans, l’un incarnant la modernité, le charme, l’engagement européen, une orientation libérale, tournée vers l’individu et la classe moyenne, l’autre une orthodoxie de gauche, doublée d’une grande crédibilité économique, une identité travailliste plus claire mais peu attractive. Ils ont réussi ensemble, menti ensemble sur l’Irak. L’élection d’Ed Milliband met fin au destin politique de cette génération, illustrée aussi par le « troisième homme », pas le moins talentueux au demeurant, le « Prince des ténèbres » Peter Mandelson, génération qui a dirigé le pays par le « spin » et la communication et a, un temps, séduit – et par pour son bien – la gauche européenne. Il restera, dans l’histoire comme dans l’avenir, une trace du « New Labour » : mais cette fois, la page du blairisme est définitivement tournée. Continuer la lecture