Pierre Moscovici à Nice : « Sarkozy a tué la droite »

Interview parue dans le Nice Matin daté du 4 octobre.

À quelques jours du scrutin, la partie est-elle gagnée pour François Hollande ?
Si j’en crois les sondages, François Hollande est en tête. Mais son souhait, ce n’est pas de gagner un congrès socialiste, mais d’être président de la République. Alors, oui, il s’y prépare. Et oui nous avons surtout l’ambition de creuser l’écart. Nous préférerions un écart de 55-45 à un petit 51-49 parce que ça donnera de l’élan à la gauche, une vraie capacité de rassembler. C’est pour cela que j’appelle aujourd’hui les électeurs, s’ils pensent que François Hollande est le mieux placé pour redresser la France, à voter massivement pour lui, dès le premier tour.

La participation est-elle une vraie inquiétude ?
À 500 000 votants, ce serait un bide. Mais à 1 million, ce qui semble se dessiner ce sera un succès. A 1,5 million, ce serait un triomphe. Et, je le dis aujourd’hui, à 2 millions, ça signifierait d’ores et déjà « au revoir Sarkozy ».

Ségolène Royal et Martine Aubry attaquent Hollande sur son «manque de courage» ou son « inexpérience ». La dernière ligne droite des primaires ne risque-t-elle pas de dégénérer ?
Ce serait inacceptable. Ces primaires doivent rester celles de la sérénité. C’est de ça dont les Français ont besoin. C’est la posture de François Hollande qui se veut un président normal et pondéré ce qui ne signifie pas ordinaire, en opposition à ce président anormal, brutal, fébrile et ambigu qu’est Nicolas Sarkozy. Et je pense que celui qui ira trop loin, en attaquant non pas sur le fond mais de manière trop personnelle pendant cette semaine, se disqualifiera tout seul.

Continuer la lecture

Recomposition

Je reviens, avec un peu de recul, sur mon débat avec Jean-Louis Borloo lors de l’émission « à vous de juger », jeudi dernier. Notre échange fut bref – c’est toujours frustrant, j’aurais aimé pouvoir développer certains arguments, par exemple sur l’Europe, présenter mieux quelques propositions du Parti socialiste. J’ai choisi, face à une personnalité plutôt consensuelle, d’éviter toute agressivité – cela n’aurait pas été compris, et de fait aurait été artificiel, décalé – mais de bien marquer la contradiction essentielle du personnage : sa volonté d’opposition, sa posture d’indépendance ne sont guère crédibles, dès lors qu’il ne remet pas en cause les actes d’un gouvernement auquel il a appartenu pendant près de 4 ans, et qui piétine les valeurs qu’il prétend incarner. Cette vraie fausse candidature, et la recomposition politique qu’elle prétend entrainer mérite toutefois une analyse plus approfondie.

La politique de Nicolas Sarkozy est, bien sûr, insupportable pour les hommes et les femmes de gauche. Mais elle heurte aussi beaucoup de consciences, au centre et à droite

Pour de nombreux commentateurs, la rupture entre le centre droit et l’UMP est consommée – « Libération » a même titré sur l’avis de décès du parti majoritaire. Cette brisure entrainerait, de façon quasi-automatique, la défaite de Nicolas Sarkozy, voire interdirait sa candidature – les bruits se multiplient sur une alternative à droite, représentée par François Fillon ou Alain Juppé. Cette thèse n’est pas dépourvue de sens. Le Président de la République, je ne cesse de l’écrire depuis 2008 – sans obsession mais avec obstination – est un liquidateur du modèle français – économique, social, républicain – il ne cesse de porter des coups de boutoir aux valeurs qui font le ciment de notre vivre-ensemble – liberté, égalité, fraternité, laïcité. Sa politique est, bien sûr, insupportable pour les hommes et les femmes de gauche, qu’il méprise et agresse. Mais elle heurte aussi beaucoup de consciences, au centre et à droite. Les « modérés » – ça existe, et ce n’est pas un défaut – ne sont pas à l’aise avec sa brutalité, son impulsivité, ses provocations, avec le fond même de sa politique.

Continuer la lecture

Diversion


Partant au Chili à l’invitation d’une fondation progressiste pour débattre de l’avenir de l’Amérique latine et en Europe, je serai absent de ce blog jusqu’à la semaine prochaine. Je vous dirai alors ma conviction que nous devons réfléchir à ce qui se passe sur ce continent, que nous négligeons trop, où les forces de progrès l’ont progressivement emporté sur les conservatismes et les dictatures pour développer des modèles de transformation économique et sociale résistant aux idées néo-libérales, alors que notre vieille Europe, berceau de la social-démocratie et de l’Etat-providence, s’est livrée aux droites réactionnaires. Pour l’heure, avant mon départ, je veux traiter de l’actualité politique qui tympanise les Français sans les passionner : le fameux remaniement ministériel, le « combat des titans » pour Matignon entre François Fillon et Jean-Louis Borloo. Continuer la lecture