Extrait de mon livre « Combats – Pour que la France s’en sorte » : la crise et les lasagnes (14/15)

Avant-dernier extrait de la série de billets de blog vous proposant des extraits de mon nouveau livre « Combats – Pour que la France s’en sorte », je reviens aujourd’hui sur la crise financière et la « crise des lasagnes ».

 

Extrait 14 : la crise et les lasagnes

 

La vie matérielle détermine le périmètre du quotidien. L’économie de marché correspond à tout ce qui se surimpose à cette vie matérielle, par la dynamique des échanges, et notamment du commerce.

En allemand, il existe une forme de proverbe qui dit que l’homme est ce qu’il mange, « Der Mann istwas er isst », l’allemand permettant un jeu de mots entre « être » et « manger ». C’est de ce proverbe que part Fernand Braudel pour, dans La Dynamiquedu capitalisme, expliquer pourquoi il a commencé son Identité de la France en s’intéressant notamment à la nourriture des hommes du Moyen Âge et de la Renaissance : parce qu’au bout des aliments, il y avait en fait des routes commerciales qui dessinaient la carte du monde. La nourriture quotidienne était ainsi le lien entre deux concepts fondamentaux dans ses travaux : la vie matérielle et l’économie de marché. La vie matérielle détermine le périmètre du quotidien, qui représente dans les sociétés occidentales l’essentiel de l’activité. L’économie de marché correspond à tout ce qui se surimpose à cette vie matérielle, par la dynamique des échanges, et notamment du commerce. En résumant, Braudel montre la transition vers les sociétés « modernes » par la réduction progressive du périmètre de la vie matérielle statique et, à l’inverse, l’extension du champ de l’économie de marché.

Quel rapport avec les malheureuses lasagnes dans lesquelles on a pu retrouver de la viande de cheval ? En fait, je vois là la démonstration que l’analyse de Braudel est éclairante pour comprendre la dynamique contemporaine.

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Croître ensemble

Croître ensemble

Je veux revenir sur certains enseignements de cette semaine qui se révèlera peut-être, avec le recul, décisive.

La semaine écoulée a été pour moi particulièrement chargée : réunion de l’Eurogroupe et de l’Ecofin à Bruxelles lundi et mardi matin, débat parlementaire sur la réforme bancaire de mercredi à jeudi, G20 à Moscou vendredi et samedi. Elle a aussi été marquée par la publication du rapport de la Cour des comptes, et la discussion sur les perspectives des finances publiques qu’elle a entrainée, ainsi que par les mauvais chiffres de la croissance en Europe et en France au dernier trimestre 2012. Je veux revenir sur certains enseignements de cette semaine qui se révèlera peut-être, avec le recul, décisive.

Le temps est venu de concevoir une stratégie de reprise économique à la fois mondiale, européenne et nationale.

De mes rencontres internationales et de l’analyse des données économiques, je tire une conclusion politique forte : le temps est venu de concevoir une stratégie de reprise économique à la fois mondiale, européenne et nationale. Le message du G20 rejoint en effet celui que j’avais noté il y a quelques semaines à Davos. La crise financière qui a ébranlé le monde depuis 2008 est en train de s’estomper. Des mécanismes de régulation plus performants – certes lentement, laborieusement, mais au final sûrement – se mettent en place, la riposte collective est plus ajustée. Et les préoccupations se détournent désormais clairement de la zone euro pour se porter vers les déséquilibres économiques mondiaux. La zone euro, c’est à présent évident, est sortie de ce que j’ai appelé sa « crise existentielle » : sa pérennité, son intégrité, la volonté de ses membres de trouver des remèdes à nos faiblesses collectives ne sont plus en doute – à tel point que le retour de la confiance en l’euro peut influer à la hausse sur le cours de notre monnaie partagée. Cela ne doit certes pas nous inciter à relâcher les efforts entrepris pour renforcer la stabilité, mais doit nous pousser à mieux mesurer et combattre les difficultés de l’économie réelle.

La consommation, soutenue par nos choix en faveur du pouvoir d’achat, résiste.

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« Maîtriser la finance, financer l’économie » : ma tribune parue aujourd’hui dans Les Echos sur la réforme bancaire

Cette tribune est à retrouver dans le quotidien Les Echos ou sur son site internet.

Maîtriser la finance, financer l’économie

Avec ce texte précurseur, la France s’attaque aux racines de la crise financière.

Le projet de loi de séparation et de régulation des activités bancaires est actuellement examiné au Parlement. La promesse de François Hollande de « séparer les activités des banques qui sont utiles à l’investissement et à l’emploi de leurs activités spéculatives » se matérialise. Avec ce texte précurseur, la France s’attaque aux racines de la crise financière. S’il est vrai que les causes profondes de nos difficultés économiques sont d’abord à chercher du côté d’un endettement excessif, ce sont bien les dérives de la finance qui ont servi d’allumette dans la poudrière. Plus précisément, la cupidité d’un système financier attaché à la recherche effrénée du profit, le sentiment d’impunité et les défaillances de la régulation ont ouvert des brèches dans lesquelles certains se sont empressés de s’engouffrer.

Tirer les leçons de la crise implique donc de rompre avec la « garantie implicite » que l’Etat accorde au secteur bancaire. L’Histoire montre en effet que – quels que soient les torts des banques – les pouvoirs publics sont forcés de voler à leur secours en cas de difficulté pour protéger les dépôts ou éviter des faillites en chaîne.

Amorale, puisqu’elle conduit à socialiser les pertes quand les profits sont quant à eux privatisés, cette garantie implicite nourrit également la spéculation. C’est bien parce qu’ils savent qu’ils ont la quasi-certitude de récupérer in fine leur mise via les deniers publics que certains acteurs financiers prennent impunément des risques excessifs et parient en quelque sorte avec l’argent du contribuable.

Cette réforme cantonne les activités spéculatives menées pour compte propre par les banques dans une filiale strictement isolée.

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