Réhabiliter la politique

Le Parti socialiste tenait ce mercredi son forum sur les institutions. Exercice compliqué, pour un parti dont l’inconscient semble régulièrement assailli par des réminiscences du « Coup d’Etat permanent » de François Mitterrand : j’en veux pour preuve le refus du bureau national d’approuver le texte proposé à cette occasion. De fait, il est symptomatique que Manuel Valls soit en charge de ce forum, lui qui, au sein du Parti socialiste, a poussé l’approche présidentielle de la pratique politique à son paroxysme – on aura remarqué que, contrairement à moi, il est rasé de près.

j’ai cependant l’impression que nous pouvons aller plus loin, que nous manquons quelque part d’ambition, peut-être par défaut d’analyse

Sur le fond de son travail, il faut reconnaître que Manuel a produit là un travail sérieux, en ayant simultanément l’honnêteté de préciser que le sujet des institutions ne sera pas central dans la prochaine élection présidentielle. C’est, à mon sens, un sujet néanmoins important, technique en apparence, mais dont les ressorts sont particulièrement sensibles en ces temps d’hyper-présidence. La volonté de parvenir à un exercice plus « républicain » de la fonction présidentielle sous-tend d’ailleurs le texte proposé par Manuel Valls. C’est d’abord à ce défi qu’il essaie de répondre, à travers trois axes : l’encadrement du pouvoir exécutif – par le travail du parlement et de l’opposition-, le renforcement des contre-pouvoirs – la Cour constitutionnelle, les agences indépendante et les médias – et la promotion des « nouvelles formes démocratiques » – partie relativement fourre-tout où cohabitent le droit / l’obligation de vote, la diversité, le vote des étrangers aux élections locales, la démocratie participative ou encore le cumul des mandats…Au-delà des propositions appréciables de ce texte, j’ai cependant l’impression que nous pouvons aller plus loin, que nous manquons quelque part d’ambition, peut-être par défaut d’analyse.

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Le Front national, identique et différent

Je reviens, avec un peu de retard – je passe beaucoup de temps, je l’avoue, dans l’écriture d’un livre, j’en ai du coup moins pour ce blog… – sur le Congrès du Front national, à Tours, qui a vu l’élection de Marine Le Pen à la présidence de ce parti, occupé depuis sa fondation par son père. Il existe, dans le pays, une curieuse complaisance à l’égard de Marine Le Pen : ses sondages sont élevés, très élevés – beaucoup plus que ceux de son père un an avant la présidentielle de 2002 – elle talonne dans les intentions de vote de premier tour les candidats socialistes, à l’exception notable de Dominique Strauss-Kahn, les commentaires qui l’entourent sont parfois aimables, on lui prête une « normalité » qui la sert, des qualités qui l’encouragent. Je suis pour ma part plus réservé, à l’examen des ressemblances et des différences entre le père et la fille Le Pen. Continuer la lecture

Vers 2012 (1) : les tourments de la droite

2011 sera, dans la marche vers l’élection présidentielle, une année décisive, celle des dernières consultations électorales – les cantonales en mars, les sénatoriales fin septembre – de la préparation des programmes, de la décantation, tant attendue, des candidatures, bref celle de la disposition des forces, de part et d’autre de l’échiquier politique. Je vais logiquement consacrer deux posts à l’analyse de celles-ci, à l’orée de cette année nouvelle, en commençant par la droite, au pouvoir, et poursuivant par la gauche, ma famille.

La droite française, en cette fin 2010, est tourmentée. Le pamphlétaire italien Rafaele Simone, dans un essai commenté et controversé, a tenté de montrer en quoi et comment la « droite nouvelle », le « monstre doux », avait affirmé son hégémonie culturelle et politique en Europe, et plus généralement dans les pays occidentaux. La gauche, toujours porteuse de valeurs de justice et de progrès, serait selon lui condamnée à la relégation, victime de son inaptitude à répondre aux demandes de sécurité et de bien-être individuel des sociétés modernes, alors que la droite, elle, s’adapterait aux exigences de la société de consommation. Je n’ai pas approuvé en tout, loin s’en faut, cette thèse, qui faisait en creux, sans avoir l’air d’y toucher, l’éloge du berlusconisme ou du sarkozisme, et validait en tout cas leur réussite. Force est toutefois de constater qu’elle a sa force, et surtout qu’elle n’a pas été démentie par les élections récentes, qui ont largement été défavorables aux gauches européennes. La droite, aujourd’hui, dirige 21 des 27 pays de l’Union européenne, dont 5 des 6 plus peuplés. Au cours des dernières années, la gauche a été défaite en Grande-Bretagne, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suède, en Slovaquie, en Hongrie, en République tchèque, ne l’emportant qu’en Autriche – laborieusement – au Portugal – difficilement – et en Grèce – douloureusement – elle est très menacée en Espagne. Et les élections européennes de juin 2009 ont été, pour le Parti socialiste européen (PSE) une déroute que rien ne laissait présager, tant la crise économique et financière semblait devoir pénaliser les conservateurs au pouvoir. Je me suis inscrit dans cette discussion, par plusieurs contributions – dans les Revues « le débat » et « Cités » – refusant aussi bien la fatalité de la défaite de la gauche que l’inéluctabilité de sa victoire. Continuer la lecture

Le malaise français

Comme chaque année à cette époque je vais, à l’image de beaucoup d’entre vous, suspendre mes activités quelques jours, après un dernier séjour à Montbéliard – la vie politique a ses rythmes imposés, la vie privée a ses exigences et ses plaisirs. Je m’attelerai aussi, dans les prochains jours, à la rédaction d’un livre, plus personnel qu’à l’accoutumée peut-être, sur la gauche, la décennie d’impasse qu’elle traverse, son devoir de victoire. Comme chaque année, j’en profite pour vous livrer quelques impressions sur la période écoulée et des analyses sur le temps qui vient.

Pour résumer le climat du pays, un mot me vient à l’esprit : malaise… La France, en effet, me paraît flotter entre deux eaux. L’économie, incontestablement, connait une légère embellie – ou plutôt les entreprises se portent mieux. Leurs carnets de commande – je le vois par exemple dans le secteur de l’automobile, décisif pour le pays de Montbéliard dont je suis l’élu, stratégique aussi pour la nation – sont nourris par la reprise de la demande mondiale, plus forte que prévue. L’exportation est donc le moteur d’une croissance française qui reste médiocre, car ses dynamiques internes sont atones : la consommation est minée par la stagnation du pouvoir d’achat, l’investissement privé reste prudent, l’investissement public est laminé par la politique de rigueur rigide et à contretemps menée par l’Etat et imposée aux collectivités locales. L’emploi, dans ces conditions, apparaît comme en solde, le chômage demeure très élevé, la précarité s’étend. La France est toujours un magnifique pays, dotée d’atouts indéniables, une terre d’innovation et de savoir-faire, un territoire attractif pour les investissements étrangers, mais elle doute d’elle-même, elle est inquiète, elle ne voit pas s’ouvrir des perspectives claires et mobilisatrices, le pessimisme sur l’avenir s’étend. Continuer la lecture