Libération

Je me suis peu exprimé ici sur les évènements survenus à New York le 14 mai – c’est à dire sur la mise en cause de Dominique Strauss-Kahn par Cyrus Vance, le Procureur de cet Etat, à partir des allégations de Nafisatou Diallo. D’abord, parce que j’ai eu l’occasion de le faire souvent, longuement, dans les médias. Ensuite et surtout parce que je ne souhaitais pas, sur le forum qu’est ce blog, porter un jugement quelconque sur une procédure judiciaire en cours ou susciter une éventuelle polémique. La décision de non-lieu prise hier par le tribunal, après l’abandon des charges suggéré par le Procureur, me permet désormais un commentaire.

Dominique Strauss-Kahn, désormais, retrouve une totale liberté – de mouvement, de pensée, de parole : je m’en réjouis.

Ma réaction est d’abord et avant tout une réaction amicale. Je pense à Dominique Strauss-Kahn, à sa famille, à Anne Sinclair, à leurs enfants : ils sortent d’une épreuve judiciaire et personnelle, d’un cauchemar. Je suis heureux de cette issue, elle est pour moi comme pour beaucoup de Français, et d’abord de socialistes, un soulagement, une véritable libération. C’est ce que tous nos responsables ont exprimé à l’unisson, avec sincérité. Dominique Strauss-Kahn, désormais, retrouve une totale liberté – de mouvement, de pensée, de parole : je m’en réjouis. Je souhaite que cette décision judiciaire soit pleinement respectée : c’est une question de principe, c’est une question humaine. Les charges ne sont pas à moitié levées, elles sont abandonnées, le soupçon ne saurait perdurer, quelles qu’en soient les motivations, pour certaines très malsaines – la recherche de la vengeance, la quête de l’argent, la volonté de provoquer un discrédit.

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Après le choc

Depuis l’arrestation, puis l’inculpation et l’emprisonnement de Dominique Strauss-Kahn, je n’ai pas écrit sur ce blog.

D’abord parce que je n’en ai eu pas le temps, pris entre les discussions avec les amis et les sollicitations médiatiques, innombrables et pressantes. Il fallait, je crois, prendre une position, adopter une attitude digne et amicale, expliquer sereinement les choses au milieu des rumeurs et des images : je m’y suis employé. Et puis, franchement, je n’en avais pas la force ni le cœur. Comme tous les lecteurs de ce blog, ou presque, comme tous les hommes et femmes de gauche, au premier chef les socialistes, comme la plupart des Français, j’ai été incrédule devant les images de cette semaine, perturbé par les faits évoqués, bref choqué et sidéré. Comme ami, j’ai été ému par l’épreuve que traversent Dominique Strauss-Kahn et sa famille, préoccupé de son sort aussi. Comme responsable politique, j’ai été  frappé par le « coup de tonnerre » entraîné par cette tragédie humaine, qui ne peut être sans impact sur l’élection présidentielle et sur le Parti socialiste.

La justice doit faire son œuvre, considérer tous les points de vue, toutes les hypothèses : c’est d’elle et d’elle seule que peut surgir la vérité

La libération de Dominique – certes sous caution et dans des conditions particulièrement restrictives – me soulage et me rend la parole. Bien sûr, je n’ignore pas qu’il est inculpé, et je ne suis pas indifférent à la gravité des faits évoqués. La justice doit faire son œuvre, considérer tous les points de vue, toutes les hypothèses : c’est d’elle et d’elle seule que peut surgir la vérité. Mais, c’est vrai, savoir Dominique Strauss-Kahn en liberté me soulage. J’étais en effet encore sous le coup des images du début de la semaine, qui le montraient menotté à sa sortie du commissariat, défait devant le tribunal, et il m’était douloureux de l’imaginer en prison, dans l’univers de Rikers Island. Il va pouvoir maintenant préparer sa défense, dans des conditions dignes et humaines. J’en suis heureux pour lui, pour Anne Sinclair à qui je pense si souvent, pour ses enfants.

Je crois en la présomption d’innocence. Celle-ci n’est pas un verdict : il y a dans cette affaire une victime, la justice saura établir laquelle. Mais j’attends la version des faits de Dominique Strauss-Kahn. J’observe en effet que la procédure judiciaire américaine, accusatoire, et la pression des médias ont pu ressembler à une condamnation. On connait les termes de la mise en cause, accentués par les positions du procureur, mais pas la lecture de la défense. Ce n’est que depuis son inculpation que les avocats de Dominique Strauss-Kahn ont accès au dossier. Pour ma part, j’ai une impression, et même une conviction – sans avoir de certitude bien sûr : je ne peux croire que les faits reprochés à l’ancien directeur général du FMI se sont déroulés comme allégué. Parce que l’homme que je connais, depuis 30 ans, n’a pas la culture de la violence, parce que ce n’est pas son tempérament. Parce que je refuse aussi bien la thèse du complot que celle de l’omerta, que je combats tous les amalgames. Une petite musique se répand : des faits similaires auraient été dissimulés, tout le monde – journalistes et politiques – les connaissaient et les cachaient. Je m’élève en faux contre cette rumeur. Dominique Strauss-Kahn peut être un séducteur, mais la séduction n’est pas le marchepied de l’agression, il y a entre les deux plus qu’une différence de degré, une opposition de nature. J’ai noté que Dominique Strauss-Kahn, dans sa lettre de démission du FMI, clamait son innocence, et réfutait les accusations portées contre lui. Ce sont là des mots forts, que je ne prends pas à la légère : à lui de démontrer leur véracité. Il a toute mon amitié, intacte.

Et la politique dans tout ça ? En public comme en privé, j’ai refusé d’en parler

Et la politique dans tout ça ? En public comme en privé, j’ai refusé d’en parler. Tout d’abord parce que je crois – certains me trouveront ringard ou sentimental, mais j’assume – en la décence. Il eût été inélégant, pour le moins, et surtout de ma part, de se précipiter, de revenir comme si de rien n’était à nos petits jeux socialistes ordinaires, à un triste « business as usual », bref de dire en quelques minutes « le roi est mort, vive le roi ». J’ai donc refusé de répondre à des questions qui ne se posaient pas. La première concernait la candidature de Dominique Strauss-Kahn aux primaires. Je m’en tiens, sur ce point, à une évidence humaine : il consacre toutes ses forces, toute son énergie, à la démonstration de son innocence, il est par définition bien loin de nos débats. Je n’ai pas non plus réagi à ceux qui évoquaient je ne sais quel ralliement à tel ou telle, supposé comme naturel, ou à des interrogations sur mon éventuelle candidature, que j’examinerai en temps et heure. À cela, plusieurs raisons.

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Sondage de crise

Comment ne pas parler ici du sondage qui fait le « buzz » depuis deux jours et place Marine Le Pen en tête d’un premier tour de l’élection présidentielle face à Nicolas Sarkozy et Martine Aubry ? Je ne veux en effet pas esquiver ce débat, crucial.

Bien sûr, j’ai mes réserves par rapport à ce sondage, dont les résultats sont un peu particuliers. La méthode – questionnaire via internet – est approximative. La question posée est biaisée : pourquoi avoir testé Martine Aubry et non Dominique Strauss-Kahn, pourquoi tester celui-ci demain et ne pas le comparer avec celle là ? Nul doute que la réponse aurait pu être différente hier et qu’elle le sera à l’avenir. Il ne m’a pas échappé, enfin, qu’il y avait un aspect « marketing », un peu choc, joué par le « Parisien-Aujourd’hui » le jour même où le « Journal du Dimanche » sortait sa nouvelle formule, un peu éclipsée par le coup de tonnerre de ce sondage. Alors, pour tout dire, je ne crois pas que Marine Le Pen serait en tête d’une élection présidentielle : il y a quelques temps, des électeurs de Jean-Marie Le Pen n’osaient pas dire qu’ils votaient pour lui, désormais il est presque de bon ton de se déclarer favorable à Marine Le Pen même sans envisager de lui donner son bulletin de vote.

Oui, le FN est de retour, oui, la menace d’un nouveau 21 avril (…) ne peut plus être écartée.

Il serait toutefois absurde de nier qu’il se passe quelque chose. Toutes les enquêtes d’opinion le montrent, la candidate du Front national a fait ces derniers mois une forte percée. Et les candidats aux cantonales que je rencontre sur le terrain – militant archaïque, je les soutiens en nombre, la semaine dernière à Caen, Bayonne, Biarritz, Anglet, Montbéliard, Levallois, après Rennes, Lens et la Seine et Marne, cette semaine dans le Val de Marne, le Vaucluse, la Moselle ou le Jura – me disent tous rencontrer une parole lepéniste très décomplexée. Oui, le FN est de retour, oui, la menace d’un nouveau 21 avril, à l’endroit – avec l’élimination de la gauche du second tour – ou à l’envers – au détriment de Nicolas Sarkozy – ne peut plus être écartée. Ce doit évidemment être pour nous un sujet de préoccupation majeure.

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