Extrait de mon livre « Combats – Pour que la France s’en sorte » : la droite à la renverse (6/15)

A lire ci-dessous, le sixième extrait de mon livre « Combats – Pour que la France s’en sorte », consacré à la droite, à ses lignes idéologiques incertaines, à ses divisions, à ses querelles, à ses rapports avec Nicolas Sarkozy.

 

Extrait 6 : La droite à la renverse

 La droite n’a pas su se réunir après avoir évité l’implosion de justesse. Elle est traversée de querelles intestines et attelée à la redéfinition d’un leadership crédible.

« La droite, sans doute, parce qu’elle n’est pas remise de sa défaite – je sais d’expérience que cela prend du temps – n’a aujourd’hui rien à faire entendre d’autre que des invectives entre ses barons. Elle n’a pas su se réunir après avoir évité l’implosion de justesse. Elle est traversée de querelles intestines et attelée à la redéfinition d’un leadership crédible. Les ambitions s’affrontent : celle de François Fillon, qui ne s’embarrasse plus des scrupules républicains, au point de jouer l’ouverture au Front national, celle de Jean-François Copé, qui n’a pas forcément aujourd’hui les moyens de satisfaire sa voracité, celle d’une génération plus jeune mais impatiente et peu respectueuse de ses aînés qui l’ont conduite à l’échec.

Entre la droite tentée par la collusion – ou en tout cas la confusion – avec les thèses du Front national – inspirée par le mauvais génie de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, Patrick Buisson –, et les tenants d’une droite plus républicaine, il devrait y avoir un fossé.

Les lignes idéologiques en son sein sont en outre incertaines, voire contradictoires. Entre la droite tentée par la collusion – ou en tout cas la confusion – avec les thèses du Front national – inspirée par le mauvais génie de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, Patrick Buisson –, et les tenants d’une droite plus républicaine, il devrait y avoir un fossé. Mais l’envie du pouvoir aiguise les appétits et érode les principes. Les espoirs de la droite, qui auraient dû en bonne logique lui dessiner une nouvelle voie, restent très ambigus et n’hésitent pas à durcir à l’excès leur discours : Bruno Le Maire, Valérie Pécresse et surtout Laurent Wauquiez, adepte inavoué du « buissonisme », et dont les amis politiques connaissent désormais le comportement « Iznogoud », cèdent plus facilement à la surenchère qu’ils ne contribuent au renouveau d’une pensée modérée, qui ne trouve guère de défenseurs, si ce n’est Alain Juppé ou Jean-Pierre Raffarin, témoins un peu désolés mais peu audibles de cette dérive de la droite républicaine, pendant que François Baroin jette un regard désabusé sur le déclin du chiraquisme et que Xavier Bertrand tente de faire entendre une voix plus sociale, sans y parvenir faute d’une cohérence suffisante. Quant à l’UDI de Jean-Louis Borloo, elle ne parvient pas – et apparemment ne cherche pas vraiment – à être autre chose qu’une simple « franchise » de l’UMP.

 Après sa fausse retraite, l’ex-président a effectué un faux retour, lorsque le Conseil constitutionnel a justement annulé ses comptes de la campagne présidentielle 2012.

Et puis, par-dessus tout, il y a Nicolas Sarkozy, qui les obsède tous, qu’ils détestent tous, qui les domine tous aussi. Après sa fausse retraite, l’ex-président a effectué un faux retour, lorsque le Conseil constitutionnel a justement annulé ses comptes de la campagne présidentielle 2012. En vérité, il n’est jamais parti, et chacun voit qu’il prépare, avec méthode mais aussi avec impatience, sa revanche. Il feint la sérénité et la hauteur de vue, en vérité il bout, il piaffe, il accable ses rivaux de son mépris. Il est leur maître et leur cauchemar, car ils savent qu’au-delà des rangs des sympathisants de l’UMP, il n’y a aucune « sarko-nostalgie » : on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve. » […]

 

Dans l’extrait de demain, je reviens sur le choc du 2 avril 2013 et sur l’affaire Cahuzac.

Une majorité pour le changement

Une semaine après ma nomination en tant que ministre de l’économie, des finances et du commerce extérieur, je suis de retour dans le pays de Montbéliard, pour y faire campagne en vue des élections législatives des 10 et 17 juin. Je veux convaincre, ici et ailleurs, qu’il faut maintenant donner une large majorité au changement, avec François Hollande.

Le 6 mai, c’était hier – moins de 20 jours – et pourtant, cela semble déjà une éternité. Le temps passe à une vitesse extraordinaire, tant les exigences de l’action sont élevées, tant les attentes des Français sont fortes. L’élection présidentielle n’a certes pas épuisé ses leçons. Ce fut un vote, assurément, de sanction du sarkozisme, de l’inefficacité d’un quinquennat, de l’injustice insupportable d’une politique, de la brutalité d’un comportement et d’un usage de nos institutions, la condamnation en un mot d’une pratique du pouvoir. Mais ce fut aussi, et d’abord, un vote pour le changement, pour le redressement productif du pays, pour le retour de la justice sociale, fiscale, en faveur des plus modestes, de ceux qui ont travaillé longtemps et attendent une retraite méritée, pour les territoires les moins privilégiés de notre pays. Ce fut un vote pour la jeunesse en premier lieu, qui a droit à l’emploi et à la formation, pour l’éducation nationale, qui doit redevenir la première priorité de l’action publique. Ce fut, enfin, un vote pour la réorientation de l’Europe qui ne peut, sauf à dépérir et se couper de ses peuples, se réduire à l’austérité qui condamne à la récession, au chômage, au déclassement. Bref, ce fut un vote d’espoir. Comment, maintenant, le traduire en actes ?

François Hollande a su se situer, dès sa première semaine au pouvoir, à la hauteur de ces attentes. Il a d’abord tenu à changer le style de pouvoir, insistant sur la simplicité et la dignité, sur l’exemplarité aussi. C’est le sens de ses premières décisions

François Hollande a su se situer, dès sa première semaine au pouvoir, à la hauteur de ces attentes. Il a d’abord tenu à changer le style de pouvoir, insistant sur la simplicité et la dignité, sur l’exemplarité aussi. C’est le sens de ses premières décisions : baisser de 30 % le salaire du Président et de ses ministres, renoncer autant que faire se peut à l’apparat des hautes fonctions d’Etat, y compris dans les déplacements officiels, fixer pour les membres du gouvernement la règle impérative de non cumul avec un mandat exécutif local – à laquelle je me conformerai bien sûr dès le lendemain des élections législatives. C’est surtout le signal donné par la mise en place, autour du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, d’un gouvernement entièrement paritaire, pour la première fois dans l’histoire de la République, rajeuni malgré la présence de quelques hommes et femmes d’expérience – j’en suis désormais, le temps passant – faisant sa place à la diversité. Il y a là le signe d’une volonté de présider, de diriger autrement que je sais, pour en avoir parlé souvent avec celui qui est devenu le Président de tous les Français, qu’il est sincère et déterminé.

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