L’histoire se répète-t-elle ?

Convention d'investiture de François Hollande

Les socialistes ont trouvé le leader dont ils avaient besoin, conscient des enjeux, prêt à la confrontation avec la droite.

La Convention nationale du Parti socialiste, samedi dernier, s’est bien déroulée. Elle a montré, à travers les prises de position des candidats aux primaires, l’effectivité du rassemblement des socialistes, l’engagement d’une unité sans faille dans la bataille présidentielle. Le discours de François Hollande, qu’il a écrit lui-même, a été à la hauteur des attentes : clair, puissant, maîtrisé, il a tracé la feuille de route stratégique et politique pour les mois qui viennent. Les socialistes ont trouvé le leader dont ils avaient besoin, conscient des enjeux, prêt à la confrontation avec la droite.

L’élection présidentielle est donc désormais lancée, avec de vraies chances de succès – même si, comme François Hollande l’a fait lui-même, les sondages euphoriques doivent être relativisés. Le candidat socialiste ne fera pas – sans doute – 39 % au premier tour, plus de 60 % au second. En France, on le sait, les élections à deux tours finissent toujours par converger vers un duel à 50-50. Et Nicolas Sarkozy, s’il est un exécrable président, en échec sur tous les terrains – l’économique et le social, la sécurité, la politique intérieure et l’Europe – peut être un redoutable concurrent, d’autant qu’il sera soutenu par un appareil d’Etat durement mis au pas durant ce quinquennat, et appuyé par de puissants groupes d’intérêt. La droite française est au plus bas, et même en voie de décomposition – comme le montre la situation à Paris, où la médiation molle de Jean-François Copé ne parvient pas à étouffer la violence des coups échangés entre François Fillon et Rachida Dati – minée par ses divisions. Pour autant, elle n’est pas morte, elle ne peut que se redresser dans la campagne, resserrer les rangs sous peine de disparaître.

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Quelle semaine !

Quelle semaine ! Elle m’a inspiré, à une semaine du premier tour des primaires, trois réflexions.

Cette Bastille est à son tour tombée, et c’est dire l’ampleur du séisme politique que représente cette victoire inédite.

Je veux tout d’abord dire ma joie de la victoire, historique, de la gauche au Sénat. La Vème République n’avait jamais vécu cette situation. Le Sénat, que Lionel Jospin avait qualifié, brutalement mais non sans raison, d’ « anomalie démocratique », résistait à l’alternance, et semblait pour l’éternité être une chasse gardée de la droite, protégée par un mode de scrutin privilégiant à l’excès les élus des petites communes, réputés plus conservateurs. Cette Bastille est à son tour tombée, et c’est dire l’ampleur du séisme politique que représente cette victoire inédite. La droite, dans un premier temps a voulu nier, en tout cas minimiser sa cinglante défaite, qu’elle n’avait en vérité pas vu venir. Elle a présenté la victoire de la gauche comme la simple traduction « arithmétique » de nos succès aux élections locales depuis 2004. En réalité, elle est tout autant victime d’un désaveu des élus modérés, qui ont longtemps été son socle électoral, révulsés par la politique injuste et inefficace suivie depuis 2007, révoltés contre la stupide réforme territoriale voulue par Nicolas Sarkozy.

Elle exprime à sa façon le rejet sans précédent du pouvoir, la volonté de changement qui monte dans le pays, la vague qui pousse, en 2012, à l’élection d’un autre Président, à l’avènement d’une autre majorité.

Cette rébellion des territoires n’est pas un épiphénomène, mais bel et bien la traduction d’un ébranlement politique d’ampleur. Elle exprime à sa façon le rejet sans précédent du pouvoir, la volonté de changement qui monte dans le pays, la vague qui pousse, en 2012, à l’élection d’un autre Président, à l’avènement d’une autre majorité. En ce sens, comme François Hollande l’a dit, ce vote est sans doute prémonitoire. Demain matin, je l’espère, j’en suis même sûr, le Sénat élira son nouveau Président, Jean-Pierre Bel, architecte patient, à la tête du groupe socialiste, de cette reconquête. La nouvelle majorité qui l’entoure sera, jusqu’en 2012, une force de résistance, sans être – c’est le Sénat, tout de même ! – une opposition radicale et stérile. Elle ne laissera pas avancer davantage l’oeuvre de destruction du modèle économique et social français qui est en marche, elle votera notamment contre le Projet de loi de finances et le PLFSS. Après 2012, si la gauche l’emporte, elle sera un soutien précieux pour l’action, permettant par exemple, enfin, l’adoption des grandes réformes institutionnelles et sociétales – l’évolution du Sénat lui-même, le droit de vote des étrangers aux élections locales, une décentralisation plus affirmée et plus démocratique… – bloquées depuis si longtemps par les Conservateurs. L’équilibre de nos institutions est donc – subtilement – modifié : je m’en réjouis.

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Contraste

Une semaine après leur conclusion, les élections cantonales des 20 et 27 mars n’ont pas épuisé leur effet, l’onde de choc qu’elles ont provoquée se prolonge, de façon contrastée selon que l’on regarde la droite ou le Parti socialiste.

La majorité est durement touchée et ne parvient pas à le cacher

La crise de la droite s’approfondit sans cesse, la majorité semble devenue une machine un peu folle. L’UMP aurait pu feindre et banaliser ce scrutin, boudé par plus de 50 % du corps électoral, et dans lequel elle a, un peu artificiellement, évité la déroute annoncée. Elle aurait pu souligner la stabilité de la représentation départementale – elle n’a perdu que deux présidences en France métropolitaine, les Pyrénées Atlantiques et le Jura, et conquis le Val d’Oise – ou bien resserrer les rangs. En réalité, elle est durement touchée et ne parvient pas à le cacher. Parce que son déclin en voix et en pourcentage est spectaculaire, parce que le rejet du Président – attesté par son recul dans les Hauts-de-Seine – est énorme, parce que sa stratégie du « ni-ni », sa tentation désormais ouverte de créer un grand bloc conservateur sans adversaire à droite rebutent l’opinion et désorientent ses troupes. C’est pourquoi la semaine écoulée n’a été, pour le camp du pouvoir, qu’amertume et fébrilité – et rien n’indique que cette tendance doive cesser dans les temps qui viennent.

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Le Front national, identique et différent

Je reviens, avec un peu de retard – je passe beaucoup de temps, je l’avoue, dans l’écriture d’un livre, j’en ai du coup moins pour ce blog… – sur le Congrès du Front national, à Tours, qui a vu l’élection de Marine Le Pen à la présidence de ce parti, occupé depuis sa fondation par son père. Il existe, dans le pays, une curieuse complaisance à l’égard de Marine Le Pen : ses sondages sont élevés, très élevés – beaucoup plus que ceux de son père un an avant la présidentielle de 2002 – elle talonne dans les intentions de vote de premier tour les candidats socialistes, à l’exception notable de Dominique Strauss-Kahn, les commentaires qui l’entourent sont parfois aimables, on lui prête une « normalité » qui la sert, des qualités qui l’encouragent. Je suis pour ma part plus réservé, à l’examen des ressemblances et des différences entre le père et la fille Le Pen. Continuer la lecture