Offensive de civilisation

Deux évènements – en dehors de la présentation du projet de loi de finances, sur laquelle je reviendrai, et de la mobilisation contre la réforme des retraites, qui se poursuit et devrait encore s’amplifier – ont marqué cette semaine d’une pierre noire : la discussion du projet de loi Besson sur l’immigration, le débat entre la Commission européenne et la France sur le traitement des Roms. Je comprends que certains d’entre vous soient lassés de ces questions et souhaiteraient que la confrontation politique revienne vers les problèmes économiques et sociaux, décisifs pour nos concitoyens, sans doute centraux dans les batailles électorales de 2012. Je vois bien, au passage, le piège tendu à la gauche : se laisser attirer dans l’agenda de Nicolas Sarkozy, sembler laxiste, angélique, européiste et donc anti-nationale, voire dépourvue de propositions face à une droite porteuse du bon sens populaire. Je ne mésestime pas ces écueils. Et pourtant, il faut répliquer, car céder serait renoncer à des principes pour nous essentiels, et parce que le combat sur les valeurs et les principes républicains doit être mené face à un Président qui les bouscule. Continuer la lecture

« Les écologistes ont franchi un palier »

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Le député du Doubs, possible candidat à l’investiture socialiste pour les prochaines présidentielles, analyse le sondage « Terra eco »/OpinionWay sur les écologistes et l’élection de 2012.

Terra eco : Notre sondage montre qu’Eva Joly bénéficie d’une cote d’amour élevée auprès des sympathisants socialistes, plus haute même que dans les propres rangs écologistes. Comment l’expliquez-vous ?

Pierre Moscovici : « J’accorde assez peu d’importance à ce stade à des sondages sur la prochaine élection présidentielle. Mais pour répondre à votre question, cela peut peut-être s’expliquer par le fait que les électeurs de gauche ne la connaissent pas bien. C’est aussi l’expression d’un désir d’ailleurs pour un électorat qui est souvent insatisfait, toujours exigeant. Mais je le répète, pour l’instant, cette cote de popularité de la candidate écologiste a assez peu de signification. Tout dépendra de la façon dont elle mènera sa campagne. Est-ce qu’elle fera un flop ou un tabac, il est trop tôt pour le dire. »

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« Il faut travailler sur un programme avec les écologistes, pas seulement sur des accords » – Lemonde.fr

Article paru sur lemonde.fr le 20 août 2010

La question des négociations avec le PS est un des thèmes des journées d’été d’Europe Ecologie, où le camp écologiste est divisé sur la question. Le député socialiste Pierre Moscovici, présent vendredi 20 août à Nantes pour un débat, estime que le programme est aussi important que les « simples accords d’appareil ».

Certains écolos comme Yannick Jadot espèrent discuter rapidement avec le PS de répartition de circonscriptions aux législatives, sans conclure d’accord sur le programme. Etes-vous prêt ?

Les deux choses sont liées. Il faut se mettre d’accord sur le contenu et la plate-forme de convergence est large. Le but : fonder une base de gouvernement alternatif durable. Rien n’empêche de discuter de circonscriptions, d’un groupe parlementaire. Mais il faut travailler sur les deux plans, dans une volonté d’unité. Et le PS est sorti du vieil hégémonisme vis-à-vis de ses partenaires. Voyez l’exemple de Rambouillet, où le PS, dans une circonscription symbolique, a soutenu la candidate écolo au premier tour aux législatives.

On ne peut discuter des circonscriptions sans discuter programme commun ?

Non. Il ne s’agit pas de gommer nos différences de fond. Mais nous ne pouvons laisser des flous de programmes ou nous reposer sur de simples accords d’appareil. Il faut bâtir une alternative à Sarkozy, avec un fonctionnement commun qui soit différent de celui de l’ancienne gauche plurielle.

Quelle différence peut-il y avoir par rapport à la gauche plurielle ?

Il faut que les partenaires de la formation aient leur liberté. Et que la base de programme soit plus puissante et poussée, plus approfondie. Si on laisse des points de flou, il y a des frustrations, cela crée des discordances dans le gouvernement. C’etait le cas à la fin du gouvernement Jospin. La pluralité s’est mue en cacophonie et il y a eu à la fin le 21 avril 2002, un drame.

Quels sont les thèmes sur lesquels PS et écologistes divergent ?

D’abord, il faut parler de la convergence, qui est solide. Le socialisme écologique. Le PS a fait sa conversion écologique, même s’il existe des nuances par rapport à l’écologie défendue par les Verts et Europe Ecologie. Nous sommes pour la production et la consommation, et le maniement de l’outil fiscal pour orienter l’économie. On peut aussi citer la construction européenne et l’attachement aux libertés, contre le tout-sécuritaire.

Et les divergences ?

Sur la croissance. Nous ne sommes pas pour la décroissance. Il existe également des désaccords sur les transports ou l’énergie. Mais le sentiment, c’est que sur l’essentiel, nous pouvons nous rassembler. Nous ne sommes pas là pour nous pacser, pour faire un parti unique. Mais nous avons une responsabilité commune de ne pas donner un nouveau bail à Sarkozy.

Les écologistes et nous

Les écologistes se sont offerts, ce week-end, un de ces psychodrames publics dont ils ont le secret – il est vrai qu’il est arrivé aux socialistes de se quereller avec violence, mais dans des moments paroxystiques, comme lors des Congrès de Rennes et de Reims. La dispute fut, longtemps, la façon d’être des Verts, le symptôme de ce qu’ils appelaient eux-mêmes leur « immaturité ». Leurs Conventions, ou CNIR, souvent, se résumèrent à des affrontements de personnes ou à la confrontation d’innombrables courants, entraînant une instabilité chronique. Le mouvement écologiste semblait, ces dernières années, avoir gagné une stabilité nouvelle.

Le mouvement écologiste semblait, ces dernières années, avoir gagné une stabilité nouvelle.

Il s’était montré capable de rassemblement et d’élargissement, il paraissait en mutation, vers l’incarnation d’une écologie politique dépassant les affinités sociétales des origines. Les Français avaient d’ailleurs commencé à valider cette stratégie, accordant aux écologistes de beaux succès lors des Européennes, où ils avaient talonné le Parti socialiste, ou à l’occasion des élections régionales, où, après avoir échoué à nous surpasser, ils s’étaient affirmés comme des partenaires de coalition rugueux, incommodes, mais essentiels.

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