L’élan


Le Parti socialiste, réuni en Convention nationale, investira demain officiellement son candidat à l’élection présidentielle de 2012. Cette réunion est à la fois la conclusion d’une étape importante, celle des primaires, et le démarrage de la suivante, décisive, de la bataille face à Nicolas Sarkozy et à la droite. Elle va, j’en suis sûr, nous donner l’élan nécessaire pour gagner.

Les primaires, au bout du compte, ont été réussies de bout en bout. On se souvient à peine, aujourd’hui, des réticences qu’elles suscitaient

Les primaires, au bout du compte, ont été réussies de bout en bout. On se souvient à peine, aujourd’hui, des réticences qu’elles suscitaient : crainte de l’échec populaire, détournement par la droite, affaiblissement du rôle du parti et de ses militants… On oublie aussi qu’il a fallu à quelques précurseurs – Arnaud Montebourg, Olivier Ferrand, moi-même – quelques efforts de persuasion pour convaincre nos ainés du bien fondé de cette procédure. Chacun convient désormais que c’était le bon choix, le meilleur après l’impasse du Congrès de Reims en 2008 et notre échec aux Européennes de 2009. Le Parti socialiste – chacun doit en être remercié, à commencer par nos militant(e)s, qui se sont dépensé(e)s sans compter – a accompli un tour de force : organiser sur tout le territoire, dans l’ordre et sans contestation, une consultation de grande ampleur. Les socialistes n’ont pas été, contrairement à certaines craintes, dépossédés de leur rôle. Celui-ci, simplement, a muté, nos adhérents devenant les activistes des primaires, à la fois comme agents électoraux des candidats et comme piliers de leur organisation.

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« DSK sera un acteur important de la campagne » – Le Journal du Dimanche

Interview parue dans le Journal du Dimanche daté du 3 juillet

Vous attendiez-vous à ce rebondissement dans l’affaire DSK?
Absolument pas. C’est un coup de théâtre absolu. Un coup de tonnerre heureux, comme l’a dit Lionel Jospin. C’est l’amorce d’un dénouement imprévu.

Si DSK est libre, l’affaire semble loin d’être finie…
Le temps judiciaire n’est pas achevé, mais on peut espérer que dans les prochaines semaines la vérité complète apparaîtra et qu’il retrouvera une liberté totale de mouvement et d’expression. La justice américaine a plus qu’un doute. Le procureur considère lui-même qu’il a un témoin peu fiable. Elle a menti à plusieurs reprises devant le grand jury. Au procureur maintenant de décider si et quand il doit renoncer aux charges reprochées à Dominique Strauss-Kahn. J’espère que ce sera rapide.

L’avez-vous eu au téléphone?
Non, pas depuis cet incroyable rebondissement.

Nous sommes encore dans le temps judiciaire. DSK consacre toute son énergie et toutes ses forces à prouver son innocence.

Peut-il revenir rapidement dans le jeu politique?
Il ne pense pas à cela aujourd’hui. Nous sommes encore dans le temps judiciaire. DSK consacre toute son énergie et toutes ses forces à prouver son innocence. Il a à cœur de laver son honneur après l’humiliation planétaire qu’il a subie. Les autres scénarios sont prématurés. Mais soyons logiques, quand il aura retrouvé la liberté et qu’il aura été blanchi, il pourra prendre toutes les options qu’il souhaite. Une fois libre, il sera s’il le veut un acteur important dans la campagne, dont la voix sera écoutée.

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Nouvelle alliance

Vous le savez, mon choix est fait : je ne serai pas candidat aux primaires, et je soutiendrai la candidature de François Hollande. Ce ne fut pas une décision facile – j’ai utilisé ici l’adjectif « cornélien », et c’était le bon. Elle décevra certains d’entre vous qui auraient souhaité que je me lance, voire que je m’engage auprès d’un(e) autre prétendant(e), j’en suis conscient. Mais je suis convaincu qu’elle est à la fois la plus sage et la plus efficace, et vous demande de la respecter. En attendant, je veux vous en expliquer les ressorts.

C’est donc aussi un choix collectif. Je ne voulais pas d’un « ralliement » individuel de plus – je déteste ce mot, qui sonne comme une forme de renoncement à soi, j’entends conserver ma liberté de pensée, de parole, de ton. Au contraire, je souhaitais que ceux qui travaillent avec moi partagent, nombreux, cet  engagement.

Ce choix survient au terme d’un processus long et transparent, suivi avec méthode. C’est ce choix mûri et réfléchi. J’ai, bien sûr, pensé aux conditions d’une candidature de ma part, en pesant ses forces et ses faiblesses, ses avantages et ses inconvénients. J’ai aussi mené un dialogue constructif avec Martine Aubry et avec Ségolène Royal, avec François Hollande bien sûr, sur la base du texte « l’audace d’innover ». Et j’ai beaucoup écouté, consulté, échangé avec mes amis, avec beaucoup d’autres. C’est donc aussi un choix collectif. Je ne voulais pas d’un « ralliement » individuel de plus – je déteste ce mot, qui sonne comme une forme de renoncement à soi, j’entends conserver ma liberté de pensée, de parole, de ton. Au contraire, je souhaitais que ceux qui travaillent avec moi partagent, nombreux, cet  engagement. Ce sera le cas : des milliers de militants et de sympathisants, des centaines d’élus et de responsables se joindront à ma voix dans les prochains jours.

Surtout, c’est un choix de responsabilité, un choix stratégique. Évidemment, j’aurais souhaité, après le retrait de Dominique Strauss-Kahn, être candidat aux primaires : j’en avais, j’en suis persuadé, la capacité. Mais je me suis posé une question à mes yeux incontournable : comment puis-je être le plus utile à mes idées – celles du réformisme et de la social-démocratie, à la victoire de la gauche et surtout à mon pays ? En cheminant, j’ai été amené à constater que, si l’espace pour ces idées était et demeure considérable, l’espace politique pour une candidature l’était moins. Je ne voulais pas d’une candidature « de plus », d’une « petite » candidature, d’un tour de piste pour préparer 2017, mais bel et bien contribuer à la victoire en 2012 – la défaite, je le rappelle, nous est toujours interdite. C’est pourquoi j’ai finalement pris une autre direction.

Oui, c’est bien une nouvelle alliance réformiste que nous construisons ensemble, et qu’il aura la responsabilité d’incarner dans les primaires puis, j’espère, face à Nicolas Sarkozy.

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Cornélien

Ce blog continue à vivre, mais vous m’avez peu lu ici ces derniers temps. En effet, les journées sont à la fois courtes, chargées, face à une actualité lourde – je pense au premier chef à la crise grecque, dont j’ai dit à l’Assemblée nationale la gravité, en souhaitant que l’Europe marche vers une « restructuration douce », avant l’adoption d’euro-obligations – et des activités nombreuses – je fais, plus que jamais, mon travail dans le Pays de Montbéliard qui se bat pour affirmer son excellence. Et puis, pour ne rien vous cacher – mais vous vous en doutiez – l’animation de mon courant de pensée politique et la préparation de nos choix – cornéliens – en vue des primaires me prend beaucoup de temps. C’est de cela dont je veux vous parler, pour répondre à quelques perles – je préparerais un « ralliement » à tel ou telle, je leur lancerais des « ultimatums », je serais obsédé par une candidature ou à défaut me vendrais « au plus offrant ». Tout ceci est aussi désobligeant que stupide, et ne rend pas compte d’une démarche profondément honnête, j’en ai la conviction, et de parfaite bonne fois.

Si je fais un choix – et j’en ferai un, bien sûr – il ne sera dirigé contre personne, il sera l’affirmation d’une ligne, d’une stratégie de campagne, portée par une équipe pour l’emporter

Il n’y a, de ma part, aucun ultimatum adressé à François Hollande, Martine Aubry et les autres. Parce que chacun, en vérité, connaît les échéances : c’est le 28 juin que s’ouvre le dépôt des candidatures aux primaires, qui se conclura le 13 juillet. Pourquoi rappeler une évidence ? Surtout, ce n’est pas mon état d’esprit. Les primaires seront une réussite si nous gardons en tête notre objectif commun : faire gagner la gauche, en finir avec le sarkozysme, qui abîme la France, offrir des solutions progressistes au pays. Pour cela, nous devrons nous fixer une règle : celle du respect mutuel entre les socialistes. Si je fais un choix – et j’en ferai un, bien sûr – il ne sera dirigé contre personne, il sera l’affirmation d’une ligne, d’une stratégie de campagne, portée par une équipe pour l’emporter. En outre, les primaires ne sont pas un Congrès, dans lequel on parle légitimement de rapports de force internes à un Parti, où l’on s’enrôle sous une bannière, autour d’une motion. Elles doivent traiter de l’essentiel – une vision de gauche pour la France – et déboucher sur un rassemblement. Tout cela interdit une forme quelconque d’ultimatum. Vous n’entendrez pas dans ma bouche un mot désobligeant sur un autre dirigeant du Parti : ceux qui prétendent à l’investiture socialiste ont des qualités éminentes, quelques défauts sans doute aussi, tous méritent le respect.

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« J’ai l’obsession de ce qui s’est passé le 21 avril 2002 » – Le Monde

Entretien paru dans le Monde du 1er mai 2011

Député du Doubs, président de la communauté d’agglomération du Pays de Montbéliard, Pierre Moscovici publie, le 4 mai, Défaite interdite. Plaidoyer pour une gauche au -rendez-vous de l’histoire (Flammarion, 358 p., 19 euros). A 53 ans, l’ancien ministre des affaires euro-péennes de Lionel Jospin, qui se définit comme un  » strauss-kahnien de raison « , explique pourquoi il -soutient la candidature de l’actuel directeur général du Fonds monétaire international (FMI) à l’élection présidentielle de 2012.

N’est-il pas temps que Dominique Strauss-Kahn, que vous soutenez, dise enfin s’il est ou non candidat ?

Il y a une attente dans l’opinion, je la comprends. Mais nous avons adopté un calendrier qui fixe le dépôt des candidatures au 28 juin. Dominique Strauss-Kahn a dit s’inscrire dans ce calendrier. Il a raison de ne pas céder à la fébrilité.

Dominique Strauss-Kahn a dit s’inscrire dans le calendrier socialiste. Il a raison de ne pas céder à la fébrilité.

La percée de François Hollande dans les sondages n’est-elle pas inquiétante pour Dominique Strauss-Kahn ?

Si François Hollande a décidé de prendre les devants, c’est parce qu’il a senti qu’il avait besoin d’un certain temps pour installer sa candidature. C’est son droit, légitime, d’aspirer à occuper de hautes fonctions. Cela dit, s’agissant de la présidence de la République, celui qui a le plus de carrure et d’expérience pour occuper le poste est, selon moi, Dominique Strauss-Kahn – s’il souhaite bien sûr être candidat.

Mon sentiment est que sa popularité n’est pas friable, car elle repose avant tout, plus encore que sur la sympathie des Français, sur le fait qu’il apparaît comme celui qui est le plus capable d’apporter des solutions à leurs problèmes. C’est un sentiment partagé bien au-delà de la gauche.

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