Extrait de mon livre « Combats – Pour que la France s’en sorte » : Plate-forme pour les élections européennes (12/15)

Voici ma vision des enjeux européens, exposé dans mon ouvrage « Combats ». Je souligne ici la nécessite d’aller vers plus d’intégration, et de porter une véritable Europe sociale.

 

Extrait 12 : Plate-forme pour les élections européennes

 

Cette critique systématique de l’orientation de l’Europe depuis dix ans a aujourd’hui un prix et elle est, en vérité, souvent stérile.

« La campagne sur le référendum pour ou contre la Constitution européenne demeurera un de mes grands traumatismes d’homme de gauche. Depuis lors, dans le discours de bien des socialistes, l’Europe est toujours vue comme une contrainte, Bruxelles comme un tribunal, ses autorités comme des censeurs, ses politiques comme des punitions – même si, sur le dernier point, ils n’ont pas toujours tout à fait tort. Cette critique systématique de l’orientation de l’Europe depuis dix ans a aujourd’hui un prix et elle est, en vérité, souvent stérile. Elle ne pose pas les bonnes questions, et minimise la force et la permanence de nos engagements dans l’Union européenne. Surtout, elle mène à une impasse, car elle ne peut pas déboucher sur une solution alternative autre que la sortie de l’euro, le protectionnisme et le repli national.

La gauche réformiste, le Parti socialiste ont historiquement fait le choix de l’Europe, mais n’ont pas osé le pas fédéral.

Ma perspective, à la fois européenne et lucide, est radicalement différente. La gauche réformiste, le Parti socialiste ont historiquement fait le choix de l’Europe, mais n’ont pas osé le pas fédéral. Je parle de fédéralisme : on pourrait aussi parler simplement d’un pas d’intégration supplémentaire, car le fédéralisme est un concept largement abstrait et vaguement inquiétant pour les Français. À titre personnel, je ne crois d’ailleurs pas que l’Europe puisse devenir un grand tout où les Nations se dissoudraient spontanément. Ce pas, cette enjambée historique, notre ambition de solidarité européenne devait logiquement y pousser la gauche, forte encore une fois de sa vocation internationaliste. Pourtant, au Parti socialiste, par crainte de la division et du retour du syndrome de 2005, nous restons vulnérables à la pression nationaliste, et, depuis cette date, nous avons tendance à éluder la question européenne.

Refuser le pas fédéral, un nouveau mouvement pour l’intégration européenne, c’est donc en fait s’arrêter au milieu du gué, laisser l’Europe inachevée et la condamner à l’échec.

Continuer la lecture

Mon allocution d’ouverture à la Conférence Europa hier

J’ai prononcé hier à Paris l’allocution d’ouverture de la Conférence Europa, organisée par EuropaNova. Cette Conférence permet de rassembler une soixantaine d’acteurs européens engagés, qui mènent ensemble une réflexion d’ampleur sur l’Europe, et proposent des initiatives et projets innovants, qui seront la base de propositions de réformes ambitieuses. J’ai rappelé lors de cette Conférence Europa mon attachement profond à l’Europe, intimement lié à mes convictions progressistes et européennes.

Voici le texte de mon allocution d’ouverture :

 

Discours de Pierre MOSCOVICI, Ministre de l’Economie et des Finances

Conférence EuropaNova

Allocution d’ouverture

Merci, Monsieur le Président, pour cette introduction,

Mesdames et Messieurs,

C’est avec plaisir que j’ai accepté cette invitation. Je remercie plus particulièrement EuropaNova, et j’en profite pour lui souhaiter le meilleur anniversaire pour ses dix ans : sa contribution pour faire vivre l’espace public européen est précieuse.

L’Europe est le fil directeur de ma vie politique, et elle y a occupé suffisamment de place pour que je trouve aujourd’hui sur mon chemin de nombreux visages familiers, au gré des rencontres et des évènements.

J’ai tout particulièrement plaisir à ouvrir cette conférence aux côtés d’Enrico Letta, que j’ai bien connu dans une vie antérieure, à l’époque où j’étais jeune ministre aux affaires européennes dans le gouvernement Jospin, et lui encore plus jeune ministre des politiques européennes dans le gouvernement de Massimo d’Alema. Nous avons depuis, tous les deux, fait du chemin, mais nous avons gardé des engagements communs, et une amitié personnelle. Nous sommes tous les deux des réformistes à la sensibilité européenne affirmée, et nous voulons tous deux aujourd’hui, dans nos responsabilités, dans l’action politique, impulser le changement. Le point de vue que je voudrais partager brièvement avec vous aujourd’hui est donc marqué par ces convictions, à la fois progressistes et européennes.

L’Europe est l’’exemple le plus abouti, la réalisation unique et exceptionnelle d’une ambition d’intégration régionale totalement originale.

Partageons d’abord un diagnostic lucide : aujourd’hui, l’Europe est inquiète. Elle doute, et elle doute d’abord d’elle-même. Elle est le premier pôle économique dans le monde, mais elle n’a pas su protéger ses citoyens de la crise, et cela a alimenté leur défiance. Son poids compte sur la scène internationale, mais sa voix ne porte pas assez, et elle s’interroge sur son déclin. Elle exerce une puissante force d’attraction sur ses voisins, mais certains la combattent de l’intérieur. Elle est l’exemple le plus abouti, la réalisation unique et exceptionnelle d’une ambition d’intégration régionale totalement originale, et pourtant on n’a jamais autant parlé des lignes de fracture qui la parcourent. Ce paradoxe, cette confusion, je la ressens très fortement, comme Ministre de l’Economie et des Finances.

Dans les moments de crise, il est toujours utile de revenir aux sources, aux fondements, pour y puiser l’inspiration. D’où l’Europe est-elle née ? Elle est née d’une interrogation, profonde, ontologique même, sur la puissance. L’histoire tragique des Nations européennes du début du XXème siècle, c’est celle d’Etats qui se sont engagés dans une course à la puissance qui a débouché sur des tragédies d’une noirceur inconcevable. C’est aussi celle de Nations qui ont toutes apporté des réponses variées, mais dramatiquement conventionnelles, et donc fatales, à l’interrogation suivante : « Qu’est-ce que la puissance ? ». La puissance, telle que les Nations la définissaient à l’époque, c’était le contrôle de l’espace géographique, la domination militaire, le jeu des alliances bilatérales, la profondeur des ressources des empires ultramarins…

Cette définition-là de la puissance est forcément relative, et elle est forcément conflictuelle. Tous les recoins sombres et douloureux de notre histoire commune nous le rappellent. Ils l’ont aussi définitivement décrédibilisée. Après la seconde guerre mondiale, la question de la puissance était toujours ouverte. Mais cette fois, nourrie par l’histoire, une réponse fondamentalement originale et novatrice, dont on ne mesure même pas encore bien la portée et les implications aujourd’hui, a été formulée : la puissance, c’est l’interdépendance. Le fondement de l’idée européenne, il est là, dans ce remplacement d’une définition profondément délétère de la puissance par une définition prometteuse et porteuse d’autre chose que le chaos. Il y a une statistique que j’aime bien, parce que je la trouve formidablement révélatrice dans sa simplicité de ce qu’est l’Europe aujourd’hui : le premier pays client de la France, c’est l’Allemagne – juste devant l’Italie d’ailleurs. Le premier fournisseur de la France, c’est aussi l’Allemagne avant l’Italie qui est troisième. Je pourrais multiplier à l’infini les exemples comme celui-ci : la réalité de nos interdépendances, elle est incontestable. Et j’ajoute que la création de la monnaie unique n’est pas une étape « de plus » de cette construction de nos interdépendances, elle en est l’incarnation la plus absolue. Avec une conclusion immédiate : c’est ensemble qu’on perd, c’est ensemble qu’on gagne.

Quand je dis que cette substitution des définitions de la puissance a été un bouleversement, je le pense vraiment. Je pense même que cela a été un bouleversement tellement profond que certains n’ont toujours pas pleinement réalisé ses implications. Peut-être d’ailleurs faut-il pour se rendre compte de cela, regarder l’Europe, et notamment la zone euro, avec les yeux de l’étranger. J’ai fait énormément de déplacements à l’international, dans les premiers mois de mon mandat – à Hong-Kong, aux Etats-Unis, en Suisse, au Canada, en Côte d’Ivoire… – pour promouvoir l’attractivité de la France et ses réformes économiques. Etre VRP de l’économie de son pays, ça fait partie de la description du poste. Dans tous ces pays, on me disait à chaque fois : d’accord, la France se réforme, mais parlez-nous de l’attractivité de la zone euro. Manière de souligner à quel point les destins de ses membres sont liés : curieusement, c’est peut-être ceux qui nous regardent de l’extérieur qui voient le mieux nos interdépendances.

L’intérêt commun, qu’est-ce que c’est ? Ce sont des disciplines, pour le faire respecter. Ce sont des solidarités, pour l’incarner et l’exercer effectivement. Ce sont des procédures et des institutions, pour le définir ensemble.

Continuer la lecture

Mon intervention au Parlement européen à Bruxelles en images

J’étais invité ce matin au Parlement européen à Bruxelles, pour intervenir dans le cadre d’une conférence intitulée « Échec de l’austérité en Europe », organisée par la Progressive Economy Initiative.

Retrouvez ci-dessous les images de cette conférence :

KEKUS-9273

KEKUS-9333

KEKUS-9351