Une séquence réussie

La semaine qui vient de s’écouler était importante pour la campagne de François Hollande, pour la gauche, donc pour les Français qui entrent dans le débat présidentiel. Je sais qu’on me prête parfois un excès d’optimisme – à tort, je vais m’en expliquer – même si j’assume de croire en la victoire, et d’y travailler sans compter. Il me semble toutefois pouvoir dire, sans outrecuidance ni arrogance, et rejoignant ainsi le jugement des observateurs les plus objectifs, que ce moment a été un succès.

Pour ma part, connaissant les qualités de François Hollande, je n’étais pas inquiet outre mesure.

Je suis conscient, en effet, des attentes, voire des doutes qui se tournaient vers notre candidat, vers nous. J’entendais la petite musique médiatique, qui avait pénétré certains esprits, les interrogations sur la campagne, je voyais les attaques grossières, brutales, mais concertées des « snipers » sarkozistes, alimentés par « la cellule riposte » de l’UMP, que j’ai qualifiée de cabinet noir, je sentais qu’à défaut de convaincre elles pouvaient impressionner. Pour ma part, connaissant les qualités de François Hollande, conscient du travail fait dans et autour de l’équipe de campagne, je n’étais pas inquiet outre mesure. Pour autant, je savais l’ampleur de la tâche, la hauteur de la haie à franchir : rien n’était acquis. Une séquence majeure s’ouvrait à trois temps : le discours du Bourget, la présentation du projet, enfin l’émission « des paroles et des actes » sur France 2 et la confrontation attendue avec Alain Juppé, l’ « atout maître » de Nicolas Sarkozy, son « joker ». L’ensemble, j’en ai la conviction, a été maîtrisé.

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Débat préalable au Conseil européen des 24 et 25 mars : intervention de Pierre Moscovici

Monsieur le Ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères,
Monsieur le Président de la Commission des Affaires étrangères,
Monsieur le Président de la Commission des Affaires européennes,
Mesdames et Messieurs les députés, mes cher-e-s collègues,

L’Europe vit une crise économique et sociale profonde. Le monde arabe voisin entre dans une nécessaire et difficile transition. Le Japon vit un drame qui nous bouleverse tous. Dans cette situation d’une exceptionnelle gravité, la France a besoin d’une perspective, d’un cap, d’une volonté – j’allais dire d’une envergure. Tout nous démontre au fil des jours que rien de tout cela n’est aujourd’hui garanti aux Français.

Je vous souhaite bon courage, Monsieur le ministre, mais malgré vos méritoires efforts, même si en vous écoutant on entend une voix différente de celle du Président de la République, vous ne parvenez pas et vous ne parviendrez pas, à masquer la réalité : celle d’une politique européenne et étrangère dénuée d’une vision cohérente.

  • Le prochain Conseil européen en constitue une nouvelle illustration. Il ne lève pas, loin de là, les inquiétudes des Français sur la sortie de la crise économique et sociale européenne. Il donne au contraire à travers la mise en place d’un « pacte de compétitivité » ou d’un « pacte pour l’euro », le signal d’un nouveau virage, néo-libéral cette fois, qui nous inquiète.

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A bout de souffle

Avant de reparler ultérieurement de la politique étrangère de la France et de ce qu’elle devrait être, je reviens, un peu tardivement – la campagne pour les cantonales me prend du temps, et je finis d’écrire mon livre – sur le remaniement du gouvernement ce dernier week-end.

Nicolas Sarkozy a essayé d’habiller d’un discours géopolitique une crise politique, en vain. Il a péniblement tenté d’expliquer que le changement du triangle gouvernemental « régalien » – Intérieur/Défense/Affaires étrangères, excusez du peu – était dû à un changement de donne stratégique, lié au « Printemps arabe ». Je ne nie pas l’importance de celui-ci, qui avait jusqu’alors échappé au Président de la République. Mais le discours – creux, court, sans souffle ni énergie – eût été plus convaincant si nous n’étions pas sortis d’une phase où le gouvernement venait, justement, d’être remanié, où l’on avait annoncé à grands sons de trompe une équipe professionnelle, d’une séquence où le Chef de l’Etat était supposé se « représidentialiser ». La parodie de dimanche soir était la sortie d’un scénario de panique, le dénouement d’un épisode pathétique, qui avait vu l’effondrement de l’ancienne ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, prise dans ses conflits d’intérêt,enfermée dans ses mensonges, disqualifiée par sa complaisance et son cynisme, et le discrédit jeté sur la politique étrangère de la France, et sur celui qui la mène en réalité, Nicolas Sarkozy lui-même : rien de moins, rien de plus. Cela ne pouvait pas convaincre au contraire : l’inexorable chute de la cote de confiance de l’exécutif va continuer, le pays ne peut être rassuré.

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