Pertinence

Il arrive qu’une phrase – « petite » ou « grande » – crée un bruit qu’elle ne cherchait pas – cela s’appelle aussi un buzz. C’est le cas de ma réponse d’hier, lors d’une interview accordée au site internet de « Public Sénat », consacrée à notre réaction face à la montée du Front national. S’agissant des primaires, j’ai dit qu’il faudrait, le moment venu, « en analyser la pertinence ».

Bigre ! Me voilà dans de sales draps… Alors, expliquons-nous.

Depuis, c’est un véritable déchainement. Je serais, aux côtés de Michel Vauzelle, leur fossoyeur. Me voici même dépeint par Laurent Joffrin, dans son édito du jour, comme émettant des « états d’âmes » qui ne seraient pas ceux « d’un socialiste épris d’harmonie, mais d’un strauss-kahnien saisi de prurit tactique », auteur d’une « manoeuvre de confort destinée à faciliter la vie d’un champion qu’on juge seul candidat possible » et « divisant son camp au nom de l’unité ». Le directeur du « Nouvel Observateur » plaide plutôt pour des primaires de confrontation, « mécanisme utile, propre à légitimer plus facilement le ou la candidate du PS », même si « elles ont bien sûr un inconvénient : on n’est pas sûr de leur résultat ». « La démocratie », conclut-il, « est décidément inconfortable » – sous entendu pour DSK, à qui je voudrais « épargner les affres d’une pré-campagne électorale » et « laisser le temps de continuer quelques mois encore sa tâche au FMI ». Bigre ! Me voilà dans de sales draps… Alors, expliquons-nous.

Il fallait ouvrir le jeu. C’est ce qui m’a amené, avec d’autres, à suggérer le recours à des primaires ouvertes

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«Dominique Strauss-Kahn est celui qui peut nous éviter un 21 avril»

Interview disponible sur www.publicsenat.fr

Après les derniers sondages, Pierre Moscovici affirme qu’« un 21 avril n’est plus écarté ». Mais « avant de penser à rassembler la gauche, commençons par rassembler les socialistes et maîtrisons notre primaire », affirme ce proche de DSK. « La question d’un candidat unique PS-écologistes se posera peut-être en mars 2012. Daniel Cohn-Bendit l’envisage. Elle ne se pose pas en mars 2011 », ajoute le député du Doubs. Pour le projet du PS pour 2012, il pense qu’il «manque » encore une « vision », même si le PS n’est pas « démuni » d’idées. Quant à Nicolas Sarkozy, « il a sans aucun doute nourri le FN. (…) Il a été d’abord un pompier pyromane. Maintenant ça ressemble un peu à l’arroseur arrosé ». Entretien.

Alors que Marine Le Pen continue sa montée dans les sondages, le PS vous semble-t-il audible ?

La vraie question c’est comment peut-on analyser ce sondage. D’abord un sondage donne des indications mais seule une série de sondages permet de connaître une vraie tendance. Ce que nous pouvons constater, c’est qu’il y a un effondrement de la droite sarkozyste, une percée du FN dont l’ampleur reste à évaluer, et une libération de cette parole. Les cantonales donneront à cet égard une indication précise. Nous ressentons aussi une attente, une exigence, par rapport au Parti socialiste, à laquelle nous devons répondre, en gardant notre sang-droit, sans tomber dans les règlements de compte internes, sans faire de procès personnels à quiconque, mais en étant conscient que c’est pour nous un avertissement collectif. Nous avons aussi une responsabilité collective d’élever le niveau de notre offre politique pour être plus convainquant, plus entrainant. Les Français savent que l’alternance passe en 2012 par le PS. Mais ils attendent encore de nous que nous leur donnions envie de nous faire confiance. Et ce sondage doit, non pas nous réveiller, mais nous aiguillonner.

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Sondage de crise

Comment ne pas parler ici du sondage qui fait le « buzz » depuis deux jours et place Marine Le Pen en tête d’un premier tour de l’élection présidentielle face à Nicolas Sarkozy et Martine Aubry ? Je ne veux en effet pas esquiver ce débat, crucial.

Bien sûr, j’ai mes réserves par rapport à ce sondage, dont les résultats sont un peu particuliers. La méthode – questionnaire via internet – est approximative. La question posée est biaisée : pourquoi avoir testé Martine Aubry et non Dominique Strauss-Kahn, pourquoi tester celui-ci demain et ne pas le comparer avec celle là ? Nul doute que la réponse aurait pu être différente hier et qu’elle le sera à l’avenir. Il ne m’a pas échappé, enfin, qu’il y avait un aspect « marketing », un peu choc, joué par le « Parisien-Aujourd’hui » le jour même où le « Journal du Dimanche » sortait sa nouvelle formule, un peu éclipsée par le coup de tonnerre de ce sondage. Alors, pour tout dire, je ne crois pas que Marine Le Pen serait en tête d’une élection présidentielle : il y a quelques temps, des électeurs de Jean-Marie Le Pen n’osaient pas dire qu’ils votaient pour lui, désormais il est presque de bon ton de se déclarer favorable à Marine Le Pen même sans envisager de lui donner son bulletin de vote.

Oui, le FN est de retour, oui, la menace d’un nouveau 21 avril (…) ne peut plus être écartée.

Il serait toutefois absurde de nier qu’il se passe quelque chose. Toutes les enquêtes d’opinion le montrent, la candidate du Front national a fait ces derniers mois une forte percée. Et les candidats aux cantonales que je rencontre sur le terrain – militant archaïque, je les soutiens en nombre, la semaine dernière à Caen, Bayonne, Biarritz, Anglet, Montbéliard, Levallois, après Rennes, Lens et la Seine et Marne, cette semaine dans le Val de Marne, le Vaucluse, la Moselle ou le Jura – me disent tous rencontrer une parole lepéniste très décomplexée. Oui, le FN est de retour, oui, la menace d’un nouveau 21 avril, à l’endroit – avec l’élimination de la gauche du second tour – ou à l’envers – au détriment de Nicolas Sarkozy – ne peut plus être écartée. Ce doit évidemment être pour nous un sujet de préoccupation majeure.

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