Mon interview dans le quotidien belge Le Soir

Avenir de l’Europe, prochain mandat de la Commission européenne, relance des investissements privés et publics, croissance européenne, politique industrielle, Banque centrale européenne, soutien aux entreprises, Union bancaire, place de la Grande-Bretagne en Europe : autant de sujets sur lesquels je m’exprime dans une interview accordée au quotidien belge Le Soir.

Retrouvez mes réponses ci-dessous :

On a beaucoup parlé de restauration de la compétitivité au cours de ce débat. Elle passe par des investissements importants, dans les infrastructures, dans le transport… Mais la lourde position d’endettement de la plupart des pays européens autorise-t-elle ces investissements ?

Tout euro consacré au service de la dette est un euro perdu pour le service public ou pour la compétitivité de l’économie.

D’abord, il faut gérer les finances publiques sérieusement. Tout euro consacré au service de la dette est un euro perdu pour le service public ou pour la compétitivité de l’économie. L’idée qu’on puisse revenir à des politiques de gestion laxistes est une idée folle. Nous devons nous en tenir à nos engagements vis-à-vis des prescrits européens. Je ne demande pas un changement des règles. Ensuite, le désendettement sans croissance, cela ne fonctionne pas. Si on se contente uniquement de politiques d’austérité, nous resterons dans une phase de stagnation longue. Couplée à une inflation extrêmement basse, ce serait catastrophique.

Comment sort-on de cette spirale négative ?

Il est nécessaire que le marché intérieur s’ouvre, car c’est une source d’économies et d’investissements, notamment dans les secteurs les plus porteurs pour l’avenir – numérique, télécoms, transports, énergie.

On doit mieux orienter les ressources d’épargne en Europe, abondantes, vers les besoins d’investissement, qui sont massifs. Qu’il s’agisse d’investissements privés ou publics, voire de partenariats public-privé. De ce point de vue-là, il faut s’appuyer sur la Banque européenne d’investissement, qui doit être prête à prendre des risques, et dont les fonds doivent arriver jusqu’aux petites et moyennes entreprises. Elle doit être capable de bâtir des partenariats entre le public et le privé plus ambitieux qu’aujourd’hui, y compris dans des projets d’infrastructure. Il est aussi nécessaire que le marché intérieur s’ouvre, car c’est une source d’économies et d’investissements, notamment dans les secteurs les plus porteurs pour l’avenir – numérique, télécoms, transports, énergie. Enfin, je crois qu’il faudrait qu’on se penche sur une vraie politique industrielle qui puisse trouver des sources de financement dans ce qu’on appelle les «project bonds» (emprunts communs européens pour financer des projets d’infrastructures, NDLR).

On sait que les entreprises sont le terreau d’emplois futurs qui vont permettre de «faire plus d’Europe», comme vous dites, mais aujourd’hui, la confiance n’existe pas pour les aider à se développer…

L’Union bancaire n’est pas une réforme technique, c’est une réforme politique majeure.

C’est la raison pour laquelle nous avons construit l’union bancaire. Elle a pour but d’éviter que ne se reproduisent les facteurs d’instabilité qui ont mené à la crise financière en 2008. Mais plus profondément encore, l’Union bancaire, c’est ce qui doit permettre d’égaliser les conditions de crédit en Europe, et de permettre que les décisions justes prises par la Banque centrale européenne (BCE) se répercutent aux petites et moyennes entreprises. Imaginez deux entrepreneurs dans l‘hôtellerie, l’un à Salzbourg, l’autre à Trieste, l’un dans un pays triple A et l’autre dans un pays qui a connu des difficultés d’endettement… Eh bien, cet entrepreneur ne doit pas acquitter le même taux d’intérêt. Or, les choses doivent absolument s’égaliser. L’Union bancaire n’est pas une réforme technique, c’est une réforme politique majeure.

Une grande méfiance envers une Europe que d’aucuns jugent technocratique, peu à l’écoute des gens, est ressortie des élections…

Continuer la lecture