Mon interview dans Libération : « J’ai fait ce que je devais sans couvrir qui que ce soit »

Retrouvez ci-dessous mon interview dans le quotidien Libération, dans laquelle j’apporte des précisions sur la gestion du dossier de Jérôme Cahuzac par mon administration :

Comment avez-vous agi dans l’affaire Cahuzac ?

J’ai pris la main dès que l’affaire a été rendue publique. Jérôme Cahuzac (patron de l’administration fiscale en tant que ministre du Budget, ndlr) a été totalement tenu à l’écart de tout ça. Il n’a jamais été tenu informé d’aucune procédure. De son côté, l’administration fiscale a fait sérieusement et sereinement son travail. Elle a transmis tous les dossiers fiscaux de Jérôme Cahuzac depuis vingt ans à la police judiciaire.

Comment a agi l’administration fiscale, la DGIFP, vis-à-vis de la Suisse ?

La demande d’entraide, en vertu d’une convention qui lie la France et la Suisse depuis 2009, est partie le 24 janvier. Les autorités suisses ont répondu le 31 janvier. La question qui a été posée était la plus large possible compte tenu des délais de prescription, elle concernait la détention d’un compte en Suisse à son nom ou à ses ayants-droits entre 2006 et 2013. Aller au-delà n’était pas possible. C’était un échange d’administration fiscale à administration fiscale. Ce n’est pas un dossier qui a été traité dans mon bureau. J’ai été informé du contenu de cette note par la DGFIP.

Mais vous connaissez le contenu de la réponse ?

Oui. Elle a été clairement négative… Nous ne pouvions pas faire moins – il fallait que la justice fasse son chemin – mais nous ne pouvions pas faire plus. Notre travail ne consistait ni à blanchir, ni à innocenter mais à établir la vérité. Ou à tout le moins, par cet éclairage fiscal, contribuer à l’enquête.

La réponse parvient à la DGIFP le 31 janvier, qu’en fait l’administration ?

La lettre a été transmise dès le lendemain matin à la police judiciaire. Elle n’a eu que deux destinaires : la DGFIP et la police.

Pour lire la suite de cette interview, cliquer sur le lien suivant : http://www.liberation.fr/politiques/2013/04/03/pierre-moscovici-j-ai-fait-ce-que-je-devais-sans-couvrir-qui-que-ce-soit_893357

« Notre révolution copernicienne » – Ma tribune dans « Libération »

Retrouvez ci-dessous ma tribune publiée dans le quotidien « Libération » daté du mardi 27 novembre :

Notre révolution copernicienne

Par Pierre Moscovici, Ministre de l’Economie et des Finances

Le dispositif gouvernemental pour la compétitivité, la croissance et l’emploi illustre à la fois cohérence stratégique, audace et ambition progressiste.

Avant même que le pacte pour la compétitivité ne révèle son contenu, les oracles avaient déjà livré leur verdict : le plan Gallois serait forcément «enterré» et les décisions réduites à l’état de «demi-mesures». La France poursuivrait son «déni» et resterait «l’homme malade de l’Europe». Aux antipodes d’un tableau aussi caricatural, le dispositif gouvernemental pour la compétitivité, la croissance et l’emploi illustre à la fois cohérence stratégique, audace et ambition progressiste.

Ce pacte, c’est d’abord la cohérence stratégique. Sérieux de gauche, intégration solidaire, pacte pour la compétitivité : tels sont les trois piliers de notre nouvelle approche qui, en six mois, a bouleversé le paysage économique. Oui, après dix ans d’errements qui avaient mis à mal la crédibilité de notre pays, il a d’abord fallu affirmer le sérieux budgétaire de gauche. Nous menons une action résolue pour nous désendetter et retrouver des marges de manœuvre dédiées à la construction d’une société revivifiée. Dès l’été, nous avons présenté un collectif budgétaire indispensable pour enrayer la dérive des finances publiques léguée par nos prédécesseurs. Puis nous avons élaboré un projet de loi de finances pour 2013 exigeant un effort d’une ampleur sans précédent : 30 milliards d’euros pour stopper, enfin, l’hémorragie de la dette. Nous l’avons fait dans la justice et en veillant à soulager le pouvoir d’achat des Français par des mesures ciblées : revalorisation du Smic, baisse du prix des carburants, encadrement des loyers, hausse de l’allocation de rentrée scolaire. Le changement est là.

Je suis persuadé que l’Europe reste notre avenir, et l’union politique l’horizon de sa refondation.

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« Oui à la solidarité et non à l’austérité » – Libération

Interview de Pierre Moscovici publiée dans le journal « Libération » en date du 22 février.

Pourquoi avez-vous choisi de vous abstenir ?

Par ce vote, nous disons oui à la solidarité et non à l’austérité. Tout d’abord, le MES est indispensable pour stabiliser la zone euro et garantir une aide financière à tout Etat membre en difficulté. Il représente un progrès par rapport au Fonds de solidarité financière, qui avait été bricolé dans l’urgence et l’improvisation. Le MES est plus réactif et ne va pas exiger, pour chaque décision, des jours et des nuits de palabres entre dirigeants. Et il est permanent. Dès lors, il était difficilement concevable que les socialistes disent non au MES.

Pourquoi ne pas l’approuver, alors ?

Il comporte de sérieuses insuffisances. Sur le plan technique, le MES devrait pouvoir disposer du statut d’une banque et par conséquent être financé par la Banque centrale européenne (BCE). Mais l’Allemagne a refusé cette proposition, un temps avancée par la France. Cela limite considérablement sa capacité d’action. Le MES est un pare-feu qui n’a pas encore la taille, la souplesse et la vitesse d’action nécessaires. De plus, tel qu’il est conçu, le MES est lié au traité d’union budgétaire, ou plutôt d’austérité, dont François Hollande a dit qu’il voulait la renégociation. Ce lien, affirmé à la fois dans le traité sur le MES et le traité budgétaire, nous ne pouvons pas l’accepter. En votant le MES sans réserve, nous entrerions dans un engrenage qui pourrait laisser croire que nous consentons, d’une façon ou d’une autre, au traité d’union budgétaire, qui n’est pas un bon traité.

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La « règle » d’or est un mensonge politique.

TRIBUNE de Pierre Moscovici parue dans Libération daté du 29 août 2011.

La désormais fameuse règle dite d’« or », dont Nicolas Sarkozy tente de faire l’alpha et l’oméga du débat politique français, voire européen, est juridiquement inutile, matériellement abusive et politiquement mensongère.

Juridiquement inutile, car les traités européens, depuis Maastricht, posent des règles obligeant à respecter des critères de convergence pensés à l’époque pour le bon fonctionnement de la monnaie unique. Or, ces critères, respectés par le gouvernement de Lionel Jospin qui a préparé l’entrée de la France dans l’euro, ont commencé à être bafoués dès l’arrivée de la droite au pouvoir, après 2002. Les mécanismes de sanction existent. Ils ont même été initiés par la Commission européenne, au moment où les dérapages des finances publiques nationales commençaient. Mais le Conseil, réunion des Etats membres, l’a allègrement contredite, l’affaire se terminant devant la Cour de justice, qui laissa finalement aux Etats la marge de manœuvre voulue. La leçon de l’épisode est que le droit ne peut rien sans bonne volonté des Etats. Au reste, si l’objectif est d’encourager le législateur à planifier la réduction des déficits sur plusieurs années, on ne voit pas ce qui l’interdirait dans la Constitution dès à présent.

Au contraire, selon l’article 34 de la Constitution française, les orientations pluriannuelles des finances publiques définies par les lois de programmation s’inscrivent dans l’objectif d’équilibre des comptes des administrations publiques.

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« Cela augure d’une campagne dure et malpropre »

Interview parue dans Libération le 15/02/2011

Que pensez vous des propos des responsables de droite à l’encontre de Dominique Strauss-Kahn?

Il y a eu ce week-end une offensive dont on peut difficilement imaginer qu’elle n’a pas été  concertée, et qu’elle ne vient pas de l’Elysée et du siège de l’UMP. Dans la bouche de François Baroin sur le thème -banal et contestable- de l’interêt du FMI et de la France de conserver son dirigeant . Mais aussi avec, dans la bouche de Pierre Lellouche et de Christian Jacob, des paroles extrêmement virulentes sur la gauche «libérale» «ultracaviar» ou encore le candidat qui n’est « pas le candidat des terroirs ». Cette formule fait furieusement penser à la thématique pétainiste de «la terre qui ne ment pas». C’est une rhétorique proche de celle des années 30, des dénonciations classiques de la droite sur le «parti de l’étranger» . Je vois dans tout cela une perte de sang froid liée au fait que Dominique Strauss-Kahn est le candidat le mieux placé pour l’emporter en 2012, et au ratage de l’émission télévisée de Nicolas Sarkozy. Une volonté de détruire. Cette manoeuvre, qui vise à sâlir et discréditer, rejoint certaines attaques populistes. C’est un front curieux qui se met en place.

Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas lui aussi été l’objet d’attaques similaires en 2006-2007?

Ces attaques ne venaient pas de la gauche, mais de l’extrême droite. On peut attendre de la droite républicaines qu’elle n’utilise pas des thématiques national-populistes, avec lesquelles Pierre Lellouche et Christian Jacob ont flirté. Cela augure d’une campagne dure et malpropre. J’appelle ces dirigeants, l’un ministre et l’autre chef de l’UMP à l’Assemblée nationale, à plus de raison et à retirer ces propos.

N’est-ce pas une façon pour la droite de taper où ça fait mal en soulignant le coté «hors-sol» de DSK ?

C’est n’importe quoi ! Dominique Strauss-Kahn n’est pas un haut fonctionnaire international qui a passé sa vie à Washington, mais un homme politique expérimenté qui connaît bien son pays. Il a été député pendant plus de vingt ans, maire d’une commune populaire, Sarcelles, et ministre des Finances.

Peut-on être candidat de la gauche à la présidentiele avec un riad au Maroc et un salaire de 500 000 euros par an?

Ne soyons pas dans le fantasme. Si Dominique Strauss-Kahn est candidat, il donnera des réponses aux interrrogations des Français, il satisfera leur demande légitime de transparence, y compris sur son patrimoine. Mais  une élection démocratique doit se jouer sur les projets, pas sur des attaques personnelles. Si je le soutiens, c’est simplement parce que le pays a besoin de quelqu’un qui puisse résoudre la crise économique, relancer l’Europe, rétablir une République exemplaire et la justice sociale.

Reccueilli par Matthieu Ecoiffier

« Sarkozy traîne une équipe démotivée » – Libération

Interview de Pierre Moscovici parue dans Libération du 6 août 2010

Changer tout ou partie de l’équipe gouvernementale peut-il inverser la vapeur pour Nicolas Sarkozy ?

Ce remaniement interviendra de toute façon trop tardivement pour provoquer un choc salutaire. Nicolas Sarkozy n’a pas choisi le moment opportun pour changer de dispositif. Il aurait pu le faire avant le 14 juillet. Là, il se traîne une équipe totalement démotivée, conduite par un Premier ministre qui pense surtout à son propre avenir. Continuer ainsi, avec un gouvernement au bout du rouleau, est désastreux. A sa décharge, il dispose d’assez peu de ressources pour constituer une nouvelle équipe

Et changer de Premier ministre ?

Nicolas Sarkozy, par son mode de fonctionnement, s’est piégé lui-même. Continuer avec François Fillon, c’est s’interdire un changement devenu indispensable. S’en séparer, c’est se priver d’un homme sympathique aux yeux des électeurs de droite et qui assume la tâche qui lui est assignée.

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