Révolution culturelle

Étrange été, en vérité. Bien sûr, les Français – ou du moins beaucoup d’entre eux, car les difficultés du pouvoir d’achat touchent de nombreux concitoyens – sont en vacances. Comme je vous l’avais dit, j’ai moi-même pris quelques jours de congés – que j’interromps brièvement. Mais la crise, elle, ne fait pas relâche, l’incertitude, voire l’inquiétude se répandent, la vigilance s’impose, la réflexion est incontournable. Car c’est le paysage compliqué des prochaines années qui se dessine sous nos yeux, parce que le portrait de la prochaine élection présidentielle apparaît : il s’agit de penser une réponse efficace, juste et européenne à la crise. Cela contraint, en vérité, la gauche à une révolution culturelle.

Le débat public de l’été, un peu ralenti, met l’accent sur les faits et gestes de Nicolas Sarkozy. Le Président de la République éprouve sans doute des sentiments contradictoires face aux difficultés du moment. Celles-ci le remettent en scène dans sa fonction, elles gomment les facettes les plus spectaculaires et les moins prisées de son personnage. En ceci, elles sont pour lui un atout politique dont il tente de jouer, en se peignant comme un capitaine tenant le cap dans la tempête, se battant pour le « AAA » français, vantant la justesse de sa politique budgétaire, et en dénigrant la gauche, renvoyée à ses supposées contradictions et à sa prétendue incapacité à gérer. Telle est la fonction de la fameuse « règle d’or » : montrer qu’il n’y a qu’une seule politique possible, la sienne, et pointer notre défaut de responsabilité. C’est pourquoi le chef de l’État ne répugne à aucune mise en scène, laissant filtrer chacun de ses coups de fil, convoquant ses ministres pour une « réunion de crise », envoyant ses troupes au charbon médiatique.

Ce Président, qui est resté passif face à la crise de l’euro pendant 18 mois, qui n’a pas su proposer de remèdes structurels à celle-ci, ce Président là n’a pas de leçon d’Europe à donner.

Puis-je avancer que cela ne m’impressionne pas, ne me convainc pas ? Car la crise fragilise aussi Nicolas Sarkozy, elle souligne son échec, cuisant, écrasant même. Ce Président, qui a laissé filer les déficits et la dette comme aucun de ses prédécesseurs, qui a dégradé les finances publiques par ses choix politiques et non du fait de l’impact de la crise, ce Président qui ne connait qu’une cible, la dépense publique, ce Président là n’a pas de leçon de vertu à donner. Sa politique n’est pas un modèle indépassable, elle est même un anti-modèle, voire un repoussoir : les Français, qui condamnent son injustice, l’ont jugée, ils ne vont pas maintenant la réhabiliter ou la valider, surtout si elle ne change pas. Ce Président, qui est resté passif face à la crise de l’euro pendant 18 mois, qui n’a pas su proposer de remèdes structurels à celle-ci, ce Président là n’a pas de leçon d’Europe à donner. Enfin, les vertus « magiques » qu’il prête à sa parole sont loin d’être vérifiées : la réunion de crise qu’il avait convoquée pour utiliser à son profit une hausse espérée des marchés a été accompagnée… de leur effondrement et s’est terminée sans autre conclusion qu’un rendez-vous le 24 août. Il ne suffit pas que le Président apparaisse pour que les marchés s’apaisent… Pour ma part je crois la donne inchangée, malgré les efforts du chef de la droite : l’attente de l’alternance reste aussi forte qu’est faible la confiance placée en lui.

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