Le cas Mélenchon et le retour de la « machine à perdre »

Nicolas Sarkozy a beau essayer de changer son image et son style, d’apparaître plus serein et plus réfléchi, bref de se « présidentialiser » enfin – pour aussitôt retomber dans la gesticulation, comme il l’a fait sur la récidive – rien n’y fait : il est massivement rejeté, inaudible, il a perdu la confiance des Français. La leçon des sondages est imparable : il serait, au second tour d’une présidentielle, écrasé par Dominique Strauss-Kahn, et largement battu par d’autres candidats socialistes. La gauche doit-elle d’ores et déjà crier victoire ? Ce serait plus que léger, absurde, davantage qu’une erreur, une faute. D’abord parce que les sondages, s’ils constituent une photo utile, ne sont pas l’élection. Ensuite, parce qu’une lecture plus attentive des… premiers tours incite à une prudence supérieure : ceux-ci, hors de l’hypothèse Strauss-Kahn, montrent une gauche faible et atomisée, un Parti socialiste fragile, un souhait de victoire en recul. Disons le clairement : si Nicolas Sarkozy est un repoussoir, nous n’attirons pas encore suffisamment. Plusieurs voix, notamment celle de Jean-Christophe Cambadélis et François Hollande, se sont émues de cet état de fait et ont attiré l’attention sur le risque de relancer la « machine à perdre ». Je souhaite approfondir cette analyse.

La menace de la division a un nom, un emblème : Jean-Luc Mélenchon. Au risque de surprendre, je vous avouerai que j’ai une vraie sympathie pour lui. Bien sûr, nous n’avons jamais appartenu aux mêmes courants au sein du Parti socialiste, et ses options ne m’ont jamais tentées. Mais j’ai du respect pour son intelligence, pour son éloquence, ample et littéraire, à l’occasion exceptionnelle, qui fait de lui un héritier des grands tribuns républicains, pour qui le micro était un embarras. L’homme est chaleureux, séduisant, il allie humour et mélancolie. Et je me souviens – avec un peu de malice j’en conviens – du ministre « jospinolâtre » qu’il fut, heureux et reconnaissant de la confiance qui lui était accordée, réaliste et appliqué. Bref, il n’a au fond rien d’un révolutionnaire, même s’il porte sa part de révolte : il est, tout simplement, un socialiste de gauche. La situation, hélas, s’est gâtée depuis qu’il a, lassé de la marge, quitté sa famille, le Parti socialiste. Un nouveau Mélenchon est né. L’acteur s’est transformé en imprécateur, le réformiste en boutefeux, le démocrate en populiste ami des dictateurs – Chavez est un de ses modèles – le socialiste en détracteur de ses ex-camarades.

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Quel avenir pour la gauche de la gauche ?

Quelques mots sur la gauche. Un événement très significatif vient de s’y dérouler, à bas bruit. Je veux parler du départ, à la veille du Congrès du PCF qui verra le remplacement de Marie-George Buffet par Pierre Laurent, de ceux qu’on a appelés les « rénovateurs », les « reconstructeurs », les « refondateurs ».

Les partants sont des élus importants – comme les députés François Asensi, Jacqueline Frayse et Patrick Braouezec – des journalistes ou des intellectuels – comme Pierre Zarka, Lucien Sève ou Roger Martelli. Ils suivent tous ceux qui, de Pierre Juquin à Stéphane Gatignon, en passant par Charles Fiterman et Marcel Rigout, ont quitté le Parti qui fut, si longtemps, l’incarnation de la classe ouvrière. Certains sont aujourd’hui socialistes, d’autres écologistes, beaucoup ont carrément arrêté la politique. Et les partants du jour créent autour de Patrick Braouezec un nouvel espace, la « Fédération pour une alternative sociale et écologiste ». Cette hémorragie, continue depuis des décennies, est le symptôme d’un long et fatal déclin, de la fin progressive d’une histoire qui marquera le 20ème siècle, celle du communisme.

Cette hémorragie, continue depuis des décennies, est le symptôme d’un long et fatal déclin, de la fin progressive d’une histoire qui marquera le 20ème siècle, celle du communisme.

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