Combat

Comme je vous l’avais laissé entendre dans mon dernier post avant les fêtes, à nouvelle année, nouvelle étape – ou au moins nouvelle phase. Cette expression, j’en suis conscient, est galvaudée, donc difficile à manier : il y a eu, par le passé, tant de « nouveaux souffles » annoncés, qui n’ont jamais démarré en vérité, qu’il convenait d’être prudent. Et nous avions bien sûr, avec François Hollande, entamé notre campagne dès la désignation de notre candidat. Mais mon pari n’était pas risqué. Il était logique, après les primaires, à six mois de l’élection, qu’il y ait une phase de mise en place des équipes, de travail sur les idées, de préparation du projet, de conclusion des accords électoraux, de rééquilibrage des temps de parole. Il était tout aussi clair qu’avec 2012, à 110 jours de l’élection, la confrontation allait prendre un tour plus vif, plus direct. Nous y sommes, et ces premiers jours de janvier sont déjà riches d’enseignements.

Il se dépeindra aussi en Président protecteur et réformateur – c’est le sens du lancement de la « TVA sociale », supposée protéger des délocalisations, de la taxe sur les transactions financières ou de ses propositions très libérales pour l’éducation nationale.

La stratégie du candidat sortant est, en effet, désormais limpide, et elle est double. Nicolas Sarkozy, tout d’abord, va essayer de « naturaliser » sa candidature, de laisser penser qu’il n’y a qu’une seule politique possible, la sienne, de barrer la route à la conduite d’une approche alternative. Il va tenter de se dépeindre en capitaine courageux, en leader expérimenté, seul à même de tirer le pays du mauvais pas d’une crise internationale. Pour cela, il va tirer jusqu’au bout sur la ficelle européenne, multipliant les sommets et les rencontres, mettant en scène son activisme, s’appuyant sur les leçons de l’étranger pour laisser croire qu’il n’y a pas d’autre approche possible que celle de l’austérité. Il se dépeindra aussi en Président protecteur et réformateur – c’est le sens du lancement de la « TVA sociale », supposée protéger des délocalisations, de la taxe sur les transactions financières ou de ses propositions très libérales pour l’éducation nationale.

Car aucune hausse de TVA ne peut être sociale.

Je suis convaincu que cela ne peut pas marcher, que cela ne marchera pas. Les Français on le sait, sont opposés à la « TVA sociale ». Ils l’ont dit avec force en 2007, entre les deux tours des élections législatives, les enquêtes d’opinion le confirment aujourd’hui. Il ne s’agit pas là, contrairement à ce que prétend Jean-François Copé, inspirateur comme souvent malheureux et peut-être mal intentionné du Chef de l’Etat, d’un réflexe conservateur, mais d’une réaction de bon sens. Car aucune hausse de TVA ne peut être sociale. Alléger des cotisations sociales pour les transférer sur l’impôt sur la consommation, payé par tous les Français, c’est faire payer les couches populaires et les classes moyennes, c’est atteindre le pouvoir d’achat – sauf à augmenter d’autant les salaires, ce qui n’est manifestement pas à l’ordre du jour. L’injustice est flagrante.

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Quelle semaine !

Quelle semaine ! Elle m’a inspiré, à une semaine du premier tour des primaires, trois réflexions.

Cette Bastille est à son tour tombée, et c’est dire l’ampleur du séisme politique que représente cette victoire inédite.

Je veux tout d’abord dire ma joie de la victoire, historique, de la gauche au Sénat. La Vème République n’avait jamais vécu cette situation. Le Sénat, que Lionel Jospin avait qualifié, brutalement mais non sans raison, d’ « anomalie démocratique », résistait à l’alternance, et semblait pour l’éternité être une chasse gardée de la droite, protégée par un mode de scrutin privilégiant à l’excès les élus des petites communes, réputés plus conservateurs. Cette Bastille est à son tour tombée, et c’est dire l’ampleur du séisme politique que représente cette victoire inédite. La droite, dans un premier temps a voulu nier, en tout cas minimiser sa cinglante défaite, qu’elle n’avait en vérité pas vu venir. Elle a présenté la victoire de la gauche comme la simple traduction « arithmétique » de nos succès aux élections locales depuis 2004. En réalité, elle est tout autant victime d’un désaveu des élus modérés, qui ont longtemps été son socle électoral, révulsés par la politique injuste et inefficace suivie depuis 2007, révoltés contre la stupide réforme territoriale voulue par Nicolas Sarkozy.

Elle exprime à sa façon le rejet sans précédent du pouvoir, la volonté de changement qui monte dans le pays, la vague qui pousse, en 2012, à l’élection d’un autre Président, à l’avènement d’une autre majorité.

Cette rébellion des territoires n’est pas un épiphénomène, mais bel et bien la traduction d’un ébranlement politique d’ampleur. Elle exprime à sa façon le rejet sans précédent du pouvoir, la volonté de changement qui monte dans le pays, la vague qui pousse, en 2012, à l’élection d’un autre Président, à l’avènement d’une autre majorité. En ce sens, comme François Hollande l’a dit, ce vote est sans doute prémonitoire. Demain matin, je l’espère, j’en suis même sûr, le Sénat élira son nouveau Président, Jean-Pierre Bel, architecte patient, à la tête du groupe socialiste, de cette reconquête. La nouvelle majorité qui l’entoure sera, jusqu’en 2012, une force de résistance, sans être – c’est le Sénat, tout de même ! – une opposition radicale et stérile. Elle ne laissera pas avancer davantage l’oeuvre de destruction du modèle économique et social français qui est en marche, elle votera notamment contre le Projet de loi de finances et le PLFSS. Après 2012, si la gauche l’emporte, elle sera un soutien précieux pour l’action, permettant par exemple, enfin, l’adoption des grandes réformes institutionnelles et sociétales – l’évolution du Sénat lui-même, le droit de vote des étrangers aux élections locales, une décentralisation plus affirmée et plus démocratique… – bloquées depuis si longtemps par les Conservateurs. L’équilibre de nos institutions est donc – subtilement – modifié : je m’en réjouis.

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