Vers 2012 (1) : les tourments de la droite

2011 sera, dans la marche vers l’élection présidentielle, une année décisive, celle des dernières consultations électorales – les cantonales en mars, les sénatoriales fin septembre – de la préparation des programmes, de la décantation, tant attendue, des candidatures, bref celle de la disposition des forces, de part et d’autre de l’échiquier politique. Je vais logiquement consacrer deux posts à l’analyse de celles-ci, à l’orée de cette année nouvelle, en commençant par la droite, au pouvoir, et poursuivant par la gauche, ma famille.

La droite française, en cette fin 2010, est tourmentée. Le pamphlétaire italien Rafaele Simone, dans un essai commenté et controversé, a tenté de montrer en quoi et comment la « droite nouvelle », le « monstre doux », avait affirmé son hégémonie culturelle et politique en Europe, et plus généralement dans les pays occidentaux. La gauche, toujours porteuse de valeurs de justice et de progrès, serait selon lui condamnée à la relégation, victime de son inaptitude à répondre aux demandes de sécurité et de bien-être individuel des sociétés modernes, alors que la droite, elle, s’adapterait aux exigences de la société de consommation. Je n’ai pas approuvé en tout, loin s’en faut, cette thèse, qui faisait en creux, sans avoir l’air d’y toucher, l’éloge du berlusconisme ou du sarkozisme, et validait en tout cas leur réussite. Force est toutefois de constater qu’elle a sa force, et surtout qu’elle n’a pas été démentie par les élections récentes, qui ont largement été défavorables aux gauches européennes. La droite, aujourd’hui, dirige 21 des 27 pays de l’Union européenne, dont 5 des 6 plus peuplés. Au cours des dernières années, la gauche a été défaite en Grande-Bretagne, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suède, en Slovaquie, en Hongrie, en République tchèque, ne l’emportant qu’en Autriche – laborieusement – au Portugal – difficilement – et en Grèce – douloureusement – elle est très menacée en Espagne. Et les élections européennes de juin 2009 ont été, pour le Parti socialiste européen (PSE) une déroute que rien ne laissait présager, tant la crise économique et financière semblait devoir pénaliser les conservateurs au pouvoir. Je me suis inscrit dans cette discussion, par plusieurs contributions – dans les Revues « le débat » et « Cités » – refusant aussi bien la fatalité de la défaite de la gauche que l’inéluctabilité de sa victoire. Continuer la lecture

Plaidoyer pour la sérénité

L’annonce-surprise de la candidature aux primaires socialistes de Ségolène Royal – à qui j’adresse ma sympathie pour l’effraction dont son domicile a été victime – fait couler beaucoup d’encre et de salive. J’ai eu l’occasion de m’exprimer sur cette question, notamment hier matin sur RTL. C’est pourquoi j’insisterai ici surtout sur la sérénité qui doit guider nos actes, pour laquelle je veux plaider. Continuer la lecture

Trois adjectifs

Pour aujourd’hui, trois adjectifs me semblent bien qualifier l’actualité politique : conservateur, bizarre et scandaleux.

Conservateur. Tel est apparu François Fillon lors de sa déclaration de politique générale d’hier. Certains attendaient un « hyper Premier ministre », un nouveau Fillon, rempli de la force donnée par sa campagne victorieuse – contre Nicolas Sarkozy – pour rester à Matignon, voire un candidat alternatif à droite pour remplacer un Président victime d’un rejet sans précédent dans l’opinion. On annonçait un discours court et entraînant, propre à galvaniser une droite requinquée et rassemblée autour de son champion. En réalité on a vu arriver un Premier ministre des années 60, une sorte de réincarnation de Georges Pompidou ou Pierre Messmer, auteur d’une prestation brève, c’est vrai, mais sans flamme, sans souffle, plutôt terne, applaudie assez timidement par une UMP qui attendait mieux. François Fillon est certes, aujourd’hui, plus libre qu’hier, son gouvernement lui ressemble davantage, il est prêt à monter désormais plus souvent en première ligne, en somme il n’est plus le « collaborateur » de 2007. Mais il s’en tient, sans brio ni ambition, à sa fonction. De surcroît, il reste fidèle à son personnage, celui d’un homme de droite classique, incapable de se dépasser et d’accélérer.

Jusqu’au bout, ce Président baroque restera un problème pour le pays… et pour son camp. Continuer la lecture

Réflexions sur les primaires

Les primaires socialistes prennent tournure. Samedi, Arnaud Montebourg a été le premier à annoncer sa candidature en vue de cette confrontation démocratique – renonçant ipso facto à son rôle d’organisateur de celle-ci. Aujourd’hui se tient la première réunion du Comité de préparation de cette échéance, sous la présidence de Martine Aubry – j’y participe. Les interrogations sur les primaires sont nombreuses, et pas exemptes d’inquiétude. Je veux livrer ici quelques réflexions pour contribuer à leur réussite, en répondant à plusieurs questions. Continuer la lecture

Diversion


Partant au Chili à l’invitation d’une fondation progressiste pour débattre de l’avenir de l’Amérique latine et en Europe, je serai absent de ce blog jusqu’à la semaine prochaine. Je vous dirai alors ma conviction que nous devons réfléchir à ce qui se passe sur ce continent, que nous négligeons trop, où les forces de progrès l’ont progressivement emporté sur les conservatismes et les dictatures pour développer des modèles de transformation économique et sociale résistant aux idées néo-libérales, alors que notre vieille Europe, berceau de la social-démocratie et de l’Etat-providence, s’est livrée aux droites réactionnaires. Pour l’heure, avant mon départ, je veux traiter de l’actualité politique qui tympanise les Français sans les passionner : le fameux remaniement ministériel, le « combat des titans » pour Matignon entre François Fillon et Jean-Louis Borloo. Continuer la lecture