L’élan


Le Parti socialiste, réuni en Convention nationale, investira demain officiellement son candidat à l’élection présidentielle de 2012. Cette réunion est à la fois la conclusion d’une étape importante, celle des primaires, et le démarrage de la suivante, décisive, de la bataille face à Nicolas Sarkozy et à la droite. Elle va, j’en suis sûr, nous donner l’élan nécessaire pour gagner.

Les primaires, au bout du compte, ont été réussies de bout en bout. On se souvient à peine, aujourd’hui, des réticences qu’elles suscitaient

Les primaires, au bout du compte, ont été réussies de bout en bout. On se souvient à peine, aujourd’hui, des réticences qu’elles suscitaient : crainte de l’échec populaire, détournement par la droite, affaiblissement du rôle du parti et de ses militants… On oublie aussi qu’il a fallu à quelques précurseurs – Arnaud Montebourg, Olivier Ferrand, moi-même – quelques efforts de persuasion pour convaincre nos ainés du bien fondé de cette procédure. Chacun convient désormais que c’était le bon choix, le meilleur après l’impasse du Congrès de Reims en 2008 et notre échec aux Européennes de 2009. Le Parti socialiste – chacun doit en être remercié, à commencer par nos militant(e)s, qui se sont dépensé(e)s sans compter – a accompli un tour de force : organiser sur tout le territoire, dans l’ordre et sans contestation, une consultation de grande ampleur. Les socialistes n’ont pas été, contrairement à certaines craintes, dépossédés de leur rôle. Celui-ci, simplement, a muté, nos adhérents devenant les activistes des primaires, à la fois comme agents électoraux des candidats et comme piliers de leur organisation.

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« La dette est l’ennemie de la gauche » – Le Figaro

INTERVIEW de Pierre Moscovici parue dans Le Figaro daté du 1er août 2011.

Le député du Doubs coordonne la campagne de François Hollande pour la primaire socialiste.

LE FIGARO – Voterez-vous la « règle d’or » comme Nicolas Sarkozy vous y invite dans un courrier qu’il a adressé aux parlementaires ?

Pierre MOSCOVICI – J’ai effectivement reçu, assez tardivement, la lettre du président de la République. Sur la forme, j’ai trouvé la démarche curieuse. Il pouvait choisir de s’adresser au Parlement par un message ou convoquer un Congrès. Il ne l’a pas fait. Sur le fond, cette lettre me paraît plus destinée à valoriser les résultats du sommet européen sur la crise de la zone euro. C’est une démarche électorale qui brille plus par son habileté supposée que par sa grandeur. Nicolas Sarkozy a tendance à s’y livrer à un plaidoyer pro domo, même si je me réjouis de ce qui a été fait pour sauver la Grèce. Reste que ce plan de sauvetage n’est pas la solution miracle que Nicolas Sarkozy nous présente dans sa lettre. C’est un plan tardif en forme de compromis entre l’Allemagne, qui ne voulait pas payer, et la France qui ne voulait pas faire de mal aux banques. Mais le saut fédéral n’a pas été fait, et l’effort demandé aux banques est extrêmement limité.

Donc vous ne voterez pas la règle d’or ?

Non, car je n’accepte pas les leçons de vertu délivrées par un chef de l’État qui a pratiquement mis la France en faillite, ce que son premier ministre a d’ailleurs reconnu. Il voudrait imposer la politique qu’il n’a pas faite comme un modèle.

Mais vous vous exposez aux accusations de « laxisme » de la part de la majorité.

Elles n’ont pas de sens. À chaque fois que la gauche a été au pouvoir, la gestion des comptes publics a été contenue. À chaque fois que la droite a été au pouvoir, la France a vu sa dette dériver. En la matière, Nicolas Sarkozy est le champion.

Il a fallu affronter la crise financière.

L’impact de la crise est partiel. Tous les rapports ont établi que la crise n’était responsable que d’une partie des déficits et que la dégradation des comptes publics avait commencé avant la crise. Notamment avec le bouclier fiscal, la détaxation des heures supplémentaires ainsi que les cadeaux fiscaux aux plus riches. Nicolas Sarkozy a mené une politique inconséquente et, aujourd’hui, il nous demande de lui délivrer un brevet de vertu !

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L’avenir nous appartient

Ce texte, rédigé par un collectif à partir des travaux de « Besoin de gauche », est une contribution à la discussion sur le texte du projet socialiste.

Vous pouvez télécharger ce texte en version PDF, en cliquant ici.


En quelques mots…

Ce texte de contribution à la discussion sur notre projet donne une lecture du texte actuellement proposé aux militants du Parti socialiste, voté à l’unanimité par le Conseil national du 9 avril, et dont nous approuvons les orientations. Nous voulons ainsi dessiner une voie réformiste pour 2012, qui fait de l’investissement dans les facteurs d’avenir la clef de la sortie de crise et, partant, d’une élection dont nous pensons qu’elle se jouera d’abord sur les enjeux économiques.

Nous voulons redonner aux Français l’envie de croire en un avenir meilleur. Les perspectives de la France sont aujourd’hui minées par des performances économiques mitigées, mais surtout par une perte de confiance qui grève la sortie de crise et fragilise le vivre-ensemble : une population qui ne se projette plus dans l’avenir se replie sur elle-même. La droite a su jouer de ces peurs et ces incertitudes pour imposer une vision libérale et stigmatisante.

Pour renverser la tendance, nous proposons que la France et l’Europe reprenne la main sur leur dynamique de long terme, par une politique d’investissement sans précédent dans les facteurs d’avenir. Education, industrie du développement durable et de la santé, grands projets d’infrastructure, nouvelles technologies… les pistes existent, qui feront de notre économie l’une des plus productive et compétitive de la planète, à rebours de la stratégie de récession et de rigueur portée par les droites européennes. Cette nouvelle croissance que nous appelons de nos vœux, plus juste et plus équilibrée, doit être le socle de nouveaux emplois, de nouvelles perspectives pour notre jeunesse et d’un modèle social garantit durablement.

Pour mener à bien cette entreprise, nous avons besoin d’une puissance publique stratège et visionnaire, mais aussi exemplaire. L’individualisation de notre société et la perception sarkozyste très personnelle de l’intérêt général ont mis sous pression la puissance publique et ses représentants. Réaffirmant la responsabilité de l’Etat, nous devons être les premiers partisans de son efficacité et de son exemplarité. Juste contribution de chacun à l’effort collectif, action en direction des plus démunis, sécurité des citoyens, démocratie plus proche… la puissance publique sera jugée sur son action et ses méthodes. Nous souhaitons tracer ici la voie d’un nouveau contrat social entre l’Etat et les Français.

L’Europe enfin. Celle qui nous est proposée par les conservateurs cristallise les erreurs qui ont fait de la plus belle construction démocratique du XXème siècle une bureaucratie lointaine et déshumanisée. Et pourtant, si l’on conçoit que l’enjeu de 2012, c’est de redonner confiance en l’avenir aux citoyens français, alors la vérité est que ce futur ne sera pas possible sans une Europe plus forte, plus unie et plus démocratique. Aux socialistes de porter haut les couleurs européennes, de proposer une autre voie vers la croissance, la régulation des marchés financiers et la proximité avec les européens.

Les pays qui réussissent bénéficient certes de conditions économiques meilleures ou d’une dynamique de rattrapage. Ils se caractérisent surtout par la confiance de leur population et par un consensus autour du vivre-ensemble moins fragilisé. Cette dynamique, c’est ce qu’il nous faut retrouver ; ce consensus, c’est celui qu’il nous faut refonder.

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Un socle commun

Le projet des socialistes a été adopté ce matin par le Bureau national. Le contenu en a été, d’ores et déjà, analysé par la presse, le texte va être en ligne sur le site du parti, je ne vais donc pas en commenter le contenu, mais insister plutôt sur l’esprit des travaux, la logique de la démarche, son sens pour la période qui vient, afin de vous expliquer pourquoi j’ai voté et voterai ce texte.

Ce projet de changement est l’aboutissement du travail entrepris depuis deux ans par le Parti socialiste. Martine Aubry et sa direction ont repris à leur compte le processus que nous avions expérimenté avec Lionel Jospin entre 1995 et 1997 – j’étais alors le secrétaire national aux études du PS et l' »architecte » de cette élaboration. Trois Conventions nationales se sont tenues depuis un an ; la première sur le « nouveau modèle de développement », que j’ai animée, la deuxième sur la politique étrangère et européenne, confiée à Laurent Fabius, la dernière, sur l’égalité réelle, sous l’impulsion de Benoit Hamon. De nombreux forums – sur l’agriculture, la justice, la sécurité, les institutions… – ont été organisés. Le « Laboratoire des Idées » de Christian Paul a consulté think-tanks et intellectuels. Tout ceci a débouché sur des textes, certes de qualité inégale, n’ayant pas tous opéré les choix nécessaires, mais dont le mérite a été de garnir la « boite à outils » – ou plutôt à idées – du Parti socialiste.

l’exercice a été accompagné d’une volonté de crédibilité

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Signe

La phrase d’Anne Sinclair, publiée dans « le Point », disant qu’à titre personnel elle ne souhaitait pas que son mari, Dominique Strauss-Kahn, fasse un second mandat à la tête du FMI, a déclenché un « buzz », une frénésie médiatique incroyables. J’ai vécu hier une journée étrange, occupé du matin tôt au soir tard à commenter ce propos, à en décrypter le sens – ce n’est pas d’ailleurs l’activité la plus gratifiante de la politique. Je souhaite, à tête reposée, vous livrer les enseignements que je tire de ce déchaînement médiatique.

Soyons, tout d’abord, au clair : je ne suis pas le porte-parole de Dominique Strauss-Kahn – il n’en veut pas, et je ne me vois plus comme un « lieutenant » – et n’ai aucune information privilégiée sur son retour ou son non-retour. Mes réactions sont celles d’un ami, d’un soutien, d’un protagoniste de cette primaire qui s’est forgé une opinion sur ce que devrait être, à gauche, la présidentielle de 2012. Je n’ai jamais eu un tempérament idolâtre par le passé : mon mitterrandisme a été plus que tempéré, ma fidélité à Lionel Jospin n’a jamais été exempte de liberté de pensée. Et je pense toujours que la politique française a besoin, profondément, de renouveau, que 2012 ne peut être le « remake » de 1997 – avec les mêmes thèmes et les mêmes acteurs – bref que ma génération a un rôle à jouer dans l’avenir. C’est pourquoi j’ai pensé, et je pense encore, à une candidature aux primaires : elle a, dans le paysage contrasté du Parti socialiste, du sens. Ma réflexion est toutefois d’un autre ordre. Qu’attend, en effet, la France de la gauche socialiste en 2012 ? Gagner d’abord, réaliser l’alternance : nous avons, face à Nicolas Sarkozy, un devoir de victoire. Réussir, ensuite et surtout : cela veut dire relancer un pays qui craint le déclassement, retrouver une croissance plus forte et créatrice d’emploi, partager les efforts de façon juste, rétablir l’exemplarité républicaine, abîmé par la droite.

C’est à partir de cette analyse des besoins de la France et des Français que je me suis convaincu que la candidature de Dominique Strauss-Kahn est la meilleure dont nous disposions. Evidemment, les sondages ne font pas une élection. S’il était candidat, le combat serait dur, violent même, face à une droite prête à tout pour conserver un pouvoir qu’elle considère comme sa propriété, sa chasse gardée, mais aussi face à certaines fractions de la gauche pour qui la sociale-démocratie reste l’ennemie principale. Et une bataille électorale n’est jamais gagnée avant d’avoir été menée. En somme, il n’y a pas de sauveur suprême, pas de victoire automatique : gardons nous de la dévotion, faisons de la politique. Regardons toutefois les choses en face : il y a, aujourd’hui, une aspiration à une telle candidature, à la fois parce que l’offre déployée par le Parti socialiste ne recueille pas une adhésion massive, et parce que Dominique Strauss-Kahn, par la trace de ce qu’il a fait entre 1997 et 1999 au ministère des finances, du fait de son action stimulante à la tête du FMI, par sa personnalité aussi, inspire ce sentiment essentiel à la vie économique et politique : la confiance. C’est pourquoi, en effet, je souhaite sa candidature, et je retirerais sans hésiter la mienne s’il s’avançait, parce que je souhaite, avant tout, aider à la gauche et la France en 2012.

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Réhabiliter la politique

Le Parti socialiste tenait ce mercredi son forum sur les institutions. Exercice compliqué, pour un parti dont l’inconscient semble régulièrement assailli par des réminiscences du « Coup d’Etat permanent » de François Mitterrand : j’en veux pour preuve le refus du bureau national d’approuver le texte proposé à cette occasion. De fait, il est symptomatique que Manuel Valls soit en charge de ce forum, lui qui, au sein du Parti socialiste, a poussé l’approche présidentielle de la pratique politique à son paroxysme – on aura remarqué que, contrairement à moi, il est rasé de près.

j’ai cependant l’impression que nous pouvons aller plus loin, que nous manquons quelque part d’ambition, peut-être par défaut d’analyse

Sur le fond de son travail, il faut reconnaître que Manuel a produit là un travail sérieux, en ayant simultanément l’honnêteté de préciser que le sujet des institutions ne sera pas central dans la prochaine élection présidentielle. C’est, à mon sens, un sujet néanmoins important, technique en apparence, mais dont les ressorts sont particulièrement sensibles en ces temps d’hyper-présidence. La volonté de parvenir à un exercice plus « républicain » de la fonction présidentielle sous-tend d’ailleurs le texte proposé par Manuel Valls. C’est d’abord à ce défi qu’il essaie de répondre, à travers trois axes : l’encadrement du pouvoir exécutif – par le travail du parlement et de l’opposition-, le renforcement des contre-pouvoirs – la Cour constitutionnelle, les agences indépendante et les médias – et la promotion des « nouvelles formes démocratiques » – partie relativement fourre-tout où cohabitent le droit / l’obligation de vote, la diversité, le vote des étrangers aux élections locales, la démocratie participative ou encore le cumul des mandats…Au-delà des propositions appréciables de ce texte, j’ai cependant l’impression que nous pouvons aller plus loin, que nous manquons quelque part d’ambition, peut-être par défaut d’analyse.

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