Extrait de mon entretien paru dans la Revue Parlementaire sur la compétitivité durable et solidaire

J’ai accordé un entretien à la Revue Parlementaire, dans le cadre de son dossier spécial sur la compétitivité. Il s’intitule « Pour une compétitivité durable et solidaire ».

Vous pouvez en lire ci-dessous un extrait :

Pour une compétitivité durable et solidaire – La Revue Parlementaire

Il est des mots teintés par l’histoire et par l’idéologie, des mots qui font l’objet d’une paternité revendiquée, que s’accaparent ceux qui s’en réclament, à tort ou à raison d’ailleurs. La compétitivité est de ceux-là. La majorité présidentielle précédente a longtemps prétendu la défendre. Elle a en réalité laissé la compétitivité française décrocher, sombrer même, pendant dix ans.

La droite a longtemps eu le monopole de la compétitivité dans le discours. Elle n’a pas pour autant engrangé de quelconques résultats en la matière.

C’est le diagnostic objectif, mais implacable, établi par le rapport Gallois à l’automne dernier, qui dresse un tableau alarmant : celui d’une érosion inexorable de la compétitivité du pays, et d’une perte dramatique de notre substance industrielle. La part de l’industrie dans la valeur ajouté a reculé de 18 %, en 2000 à 12,5 %, en 2011. Deux millions d’emplois industriels ont été détruits en trente ans. Le tissu d’entreprises exportatrices s’est rétracté de 15 % depuis dix ans. Positif en 2002, le solde commercial de la France enregistre à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy un déficit abyssal de plus de 70 milliards d’euros. La droite a longtemps eu le monopole de la compétitivité dans le discours. Elle n’a pas pour autant engrangé de quelconques résultats en la matière.

La compétitivité est d’abord une notion économique, comprise comme la capacité à faire face à la concurrence étrangère, sur les marchés domestiques et extérieurs

La compétitivité n’est pas de droite. Encore faut-il comprendre de quoi l’on parle. Dans sa version abâtardie, la compétitivité est synonyme de moins-disant social, de course effrénée à la modération salariale, de concurrence exacerbée entre pays ou entre entreprises. C’est pourtant d’abord une notion économique, comprise comme la capacité à faire face à la concurrence étrangère, sur les marchés domestiques et extérieurs. C’est aussi une notion relative : de la même manière qu’un pays ne peut avoir des excédents commerciaux que si d’autres pays connaissent des déficits commerciaux, les gains de compétitivité ne peuvent être que relatifs, et doivent se mesurer à l’aune des performances respectives de nos principaux partenaires commerciaux.

Y a-t-il alors un risque à ériger la compétitivité en objectif de politique économique ? Cette question est légitime : si tous les pays se lançaient dans une course effrénée et simultanée à la compétitivité, en procédant à des dévaluations compétitives, en visant des pratiques commerciales déloyales, en cherchant à comprimer leurs salaires, personne ne sortirait gagnant, sauf à considérer que c’est vers le moins-disant social que nous devons tendre collectivement.

Il existe une compétitivité durable et solidaire, basée sur l’investissement, l’innovation, la productivité à travers une meilleure organisation du travail et une meilleure formation : c’est celle-là que nous promouvons.

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Questions au Gouvernement : ma réponse à Guillaume Chevrollier sur le redressement économique

J’ai répondu ce mardi 5 février 2013, lors de la séance de questions au Gouvernement de l’Assemblée nationale, à la question du député Guillaume Chevrollier sur le redressement économique de la France.

« Un tournant, non, une nouvelle phase, oui » – Mon interview dans L’Express

Retrouvez ci-dessous un extrait de mon interview parue dans L’Express ce mercredi 28 novembre.

Notre politique est dans la droite ligne de nos engagements de campagne.

Jean-Louis Bourlanges, ex-député européen, dit de la politique économique de François Hollande : tout était écrit, mais, comme dans les contrats d’assurance, les choses désagréables l’étaient en petit. Approuvez-vous?

La formulation de Jean-Louis, qui est un ami, est amusante, mais laisse penser qu’il y aurait eu une dissimulation light de notre part, ce qui n’est pas vrai. Notre politique est dans la droite ligne de nos engagements de campagne. J’en prendrai deux exemples. D’abord, le choix du sérieux budgétaire. A aucun moment, ni en 2011 ni en 2012, François Hollande ne s’en est écarté. C’est sur ce mandat qu’il a gagné la primaire, puis la présidentielle. Ensuite, le pacte productif. C’était le premier chapitre de son projet présidentiel, la création d’une banque publique d’investissement étant la mesure no 1. Le pacte de compétitivité reprend à la fois la lettre et l’esprit de ces engagements. Mais il est vrai que nous avons trouvé une situation plus dégradée que prévu, et que nous avons dû réagir plus fort et mettre notre démarche en œuvre à un rythme soutenu.

Vous avez tout de même parlé d’une « révolution copernicienne » : qu’est-ce à dire?

La révolution copernicienne, ce n’est pas un reniement, ce n’est pas un virage, ce n’est pas un tournant par rapport à la campagne de François Hollande, mais un changement profond par rapport aux traditions des politiques économiques en France, y compris celles des socialistes. La gauche, ce n’est pas l’augmentation systématique de la dépense. Etre de gauche, ce n’est pas d’emblée redistribuer, mais c’est penser d’abord à produire. Nous sommes en train de sortir du vieux débat entre socialisme de la production et socialisme de la redistribution, en inventant une politique économique qui marche sur ses deux jambes. La demande, car le pouvoir d’achat et la consommation intérieure sont une composante majeure de la croissance française, mais aussi l’offre, sur laquelle nous mettons clairement l’accent. En affirmant le triptyque de notre politique économique – le sérieux budgétaire, l’engagement européen vers une intégration solidaire, la compétitivité -, ce gouvernement, avec son style, aura en six mois imprimé plus de changements que n’importe quel autre de ses prédécesseurs depuis des décennies.

Nous avons une méthode, elle est sociale-démocrate, c’est celle du dialogue.

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Invité de BFM Politique – RMC – LE POINT

J’étais dimanche dernier l’invité de BFM Politique – RMC – LE POINT.

Retrouvez ci-dessous les différentes séquences de cette émission :

1. BFM Politique : interview par Olivier Mazerolle.

2. BFM Politique : l’interview BFM Business, questions d’Hedwige Chevrillon

3. BFM Politique : l’interview par Charlotte Chaffanjon du Point

4. BFM Politique  : questions de Français à Pierre Moscovici

5. BFM Politique : Pierre Moscovici face à Sophie Pedder, The Economist

6. BFM Politique : l’After RMC, Pierre Moscovici répond aux questions de Véronique Jacquier

« Notre révolution copernicienne » – Ma tribune dans « Libération »

Retrouvez ci-dessous ma tribune publiée dans le quotidien « Libération » daté du mardi 27 novembre :

Notre révolution copernicienne

Par Pierre Moscovici, Ministre de l’Economie et des Finances

Le dispositif gouvernemental pour la compétitivité, la croissance et l’emploi illustre à la fois cohérence stratégique, audace et ambition progressiste.

Avant même que le pacte pour la compétitivité ne révèle son contenu, les oracles avaient déjà livré leur verdict : le plan Gallois serait forcément «enterré» et les décisions réduites à l’état de «demi-mesures». La France poursuivrait son «déni» et resterait «l’homme malade de l’Europe». Aux antipodes d’un tableau aussi caricatural, le dispositif gouvernemental pour la compétitivité, la croissance et l’emploi illustre à la fois cohérence stratégique, audace et ambition progressiste.

Ce pacte, c’est d’abord la cohérence stratégique. Sérieux de gauche, intégration solidaire, pacte pour la compétitivité : tels sont les trois piliers de notre nouvelle approche qui, en six mois, a bouleversé le paysage économique. Oui, après dix ans d’errements qui avaient mis à mal la crédibilité de notre pays, il a d’abord fallu affirmer le sérieux budgétaire de gauche. Nous menons une action résolue pour nous désendetter et retrouver des marges de manœuvre dédiées à la construction d’une société revivifiée. Dès l’été, nous avons présenté un collectif budgétaire indispensable pour enrayer la dérive des finances publiques léguée par nos prédécesseurs. Puis nous avons élaboré un projet de loi de finances pour 2013 exigeant un effort d’une ampleur sans précédent : 30 milliards d’euros pour stopper, enfin, l’hémorragie de la dette. Nous l’avons fait dans la justice et en veillant à soulager le pouvoir d’achat des Français par des mesures ciblées : revalorisation du Smic, baisse du prix des carburants, encadrement des loyers, hausse de l’allocation de rentrée scolaire. Le changement est là.

Je suis persuadé que l’Europe reste notre avenir, et l’union politique l’horizon de sa refondation.

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Mon point presse de ce matin suite à la décision de Moody’s

J’ai tenu ce matin un point presse suite à la décision de Moody’s d’abaisser d’un cran la notation de crédit à long terme de la République française, avec maintien d’une perspective négative.

Point presse de Pierre Moscovici sur la décision de Moody’s

– Le Mercredi 20 Novembre 2012 –

Mesdames et Messieurs,

Je vous ai réunis aujourd’hui pour vous faire part de ma réaction après l’annonce hier soir de la décision de Moody’s d’abaisser d’un cran la notation de crédit à long terme de la République française, avec maintien d’une perspective négative. Elle fait suite à la mise sous perspective négative le 13 février 2012.

Permettez-moi tout d’abord de replacer la décision de Moody’s dans son contexte et rappeler que ce changement de notation ne remet en cause ni les fondamentaux économiques de notre pays, ni les réformes engagées par le gouvernement, ni la qualité de notre signature :

–          la note de crédit à court terme de la France demeure au plus haut niveau. La note de crédit à moyen et long terme a été abaissée d’un cran et se situe un cran derrière la note la plus élevée. La France demeure l’un des pays les mieux notés dans le monde et en Europe. Concrètement, la France est un cran en dessous de l’Allemagne, mais 7 crans au dessus de l’Italie et 8 crans au dessus de l’Espagne ;

La France est un pays solide. L’économie française dispose de nombreux atouts.

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Mes réponses aux questions au Gouvernement du Sénat

J’ai répondu hier, lors de la séance de questions au Gouvernement du Sénat, aux trois questions ci-dessous :

– La première de la sénatrice Marie-Hélène Des Esgaulx sur le rapport Gallois et le pacte de compétitivité.

– La seconde du sénateur Alain Richard sur le Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi.

– La troisième de la sénatrice Eliane Assassi sur la politique économique du Gouvernement.

Lutte contre les déficits, pacte de compétitivité, croissance : mon interview au Nouvel Observateur

Retrouvez ci-dessous mon interview au Nouvel Observateur.

Lutte contre les déficits, pacte de compétitivité, modernisation de l’administration publique… « Chacun sait et voit que ce gouvernement a fait des choix courageux », estime Pierre Moscovici. Dans un contexte de crise, l’exécutif doit faire face aux critiques du patronat, aux réticences de ses partenaires politiques, et à la perte de confiance de l’opinion publique. Avec le pacte pour la compétitivité et l’emploi, il estime qu' »une page a été tournée ». Entre la stabilisation de la zone euro et la réforme de l’économie nationale, le ministre de l’Économie et des Finances plaide pour une politique conciliant croissance et pouvoir d’achat.

Qu’attendez-vous de l’intervention du président de la République mardi ?

– C’est un moment important, un moment où des choix clairs et forts ont été posés sur la table, avec notamment le pacte de compétitivité la semaine dernière, ou le lancement des emplois d’avenir. Les Français verront un chef d’État qui lui aussi est au clair, qui a une vision, qui sait où il va, où il les entraîne, avec courage et en pleine conscience de la difficulté de la situation.

Le pouvoir d’achat est toujours une boussole forte pour nous.

La droite reproche au gouvernement d’avoir réinstauré la TVA sociale après l’avoir supprimée et d’avoir découvert un peu tard le problème de coût du travail. Assistons-nous en ce moment à un changement du logiciel de la gauche ?

– Non, il y a une cohérence. Cette cohérence était déjà présente lors de la campagne présidentielle. La France a été affaiblie par dix années de gouvernement de droite. Le diagnostic que Louis Gallois a établi le dit nettement, c’est d’ailleurs la première phrase de son rapport : la compétitivité de la France a régressé. Je pourrais aussi ajouter que l’endettement s’est accru, que le chômage atteint des niveaux insupportables, que notre commerce extérieur a reculé, que la désindustrialisation s’est aggravée. C’est la raison pour laquelle il faut mener une politique de redressement. Cela se fait à la fois pour les comptes publics, pour l’Europe, et aussi via le pacte de compétitivité. Mais nous avons toujours en tête la justice, et d’abord le pouvoir d’achat. Contrairement à ce que dit la droite, nous n’avons pas opéré de conversion à une quelconque forme de TVA sociale. Ce que nous faisons n’a rien à voir avec la TVA de Nicolas Sarkozy. La preuve c’est que nous l’avons supprimée. Nous évitons pendant l’année 2013, qui est une année d’efforts, une ponction sur le pouvoir d’achat des Français, notamment des couches populaires et des couches moyennes. Il n’y aura d’augmentation de la TVA qu’à partir du 1er janvier 2014. Et encore, elle sera différenciée, puisqu’à l’augmentation de 0,4 point du taux supérieur répondra une diminution de 0,5 point du taux réduit qui, je vous le rappelle, concerne les dépenses de consommation courantes comme l’alimentation ou l’énergie, qui comptent pour beaucoup dans le budget des familles qui ont des revenus modestes. Le pouvoir d’achat est toujours une boussole forte pour nous.

Chacun sait et voit que ce gouvernement a fait des choix courageux.

L’opposition et le patronat se sont prêtés à une campagne de décrédibilisation du gouvernement. Que répondez-vous ?

– Une page a été tournée de manière très claire. J’ai passé la moitié de la semaine dernière sur le terrain. J’ai été à Lyon, j’ai été à Dijon, j’ai été à Montbéliard, mon propre territoire, et je vois des entrepreneurs, des vrais, qui nous disent : « Ça y est, ça va dans le bon sens. » Il peut y avoir tel ou tel jugement sur les détails de telle ou telle mesure. Les attentes ne sont pas toutes levées. Mais chacun sait et voit que ce gouvernement a fait des choix courageux, qu’il a pris les problèmes à bras le corps, qu’il n’a pas nié les problèmes de compétitivité en France, y compris les problèmes de compétitivité-coût. Il fait un effort sans précédent pour le pays, que la droite avait abîmé. Cette démarche ambitieuse permet une mobilisation et un rassemblement. Le climat a changé et je m’en réjouis.

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