La mystification

Ça y est, Nicolas Sarkozy est candidat ! La surprise est de taille, tant chacun imaginait que le Président sortant présenterait, comme l’a évoqué François Hollande citant François Mitterrand, ses excuses plutôt qu’une candidature… Je pourrais pousser plus loin cette métaphore, mais l’ironie ne suffit pas. En vérité, l’annonce d’hier soir sur TF1 est à la fois une simple confirmation et un moment important de la campagne.

Et chacun avait compris, depuis des mois, qu’il ne songeait qu’à se représenter, qu’une nouvelle candidature était sa seule aspiration, sa seule préoccupation, presque son obsession.

A proprement parler, la déclaration du candidat sortant est un non-évènement. Personne, tout d’abord, ne doutait que Nicolas Sarkozy aspirait à un second mandat. En vérité, il est en campagne permanente depuis 2007, fût-ce parfois à son détriment, tant il a mis de talent et d’énergie à abîmer sa propre image. Mais telle est – c’est au demeurant une caractéristique partagée avec beaucoup d’autres politiques, mais chez lui poussée jusqu’au paroxysme – sa nature. La politique est sa vie, la conquête du pouvoir, de tout le pouvoir, son moteur. Personne n’imaginait qu’un combattant comme lui, parvenu dans la difficulté, la douleur parfois, jusqu’au faîte de l’Etat, renoncerait au terme d’un mandat. Et chacun avait compris, depuis des mois, qu’il ne songeait qu’à se représenter, qu’une nouvelle candidature était sa seule aspiration, sa seule préoccupation, presque son obsession. Il y avait de l’indécence, à le voir sans arrêt confondre son ambition et sa fonction, faire campagne aux frais de l’Etat, donc du contribuable, avancer caché, abrité derrière ses prérogatives présidentielles, pour se comporter en tout, partout, tout le temps, comme le chef de la droite. Hier soir, le masque est tombé, l’hypocrisie a cessé : il ne s’est rien passé de plus qu’un glissement imperceptible du statut de Président candidat à celui d’un candidat Président.

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Le prestidigitateur a perdu sa magie

A-t-il pour autant convaincu ? Je n’en suis pas sûr, je crois même le contraire. A-t-il dit la vérité ? Je suis certain, pour le coup, que ce ne fut pas le cas.

Nicolas Sarkozy s’est invité jeudi dernier à la télévision, pour un long exercice d’auto-promotion. J’y reviens, tardivement, parce que cette intervention est très significative. Le Président de la République s’était fait rare sur les écrans, il ne s’était pas exprimé depuis le mois de Février devant les Français – une longue absence, trop longue en temps de crise, signe d’un embarras ou d’une impuissance. Sur TF1 et France 2, il pensait sans doute avoir, enfin, la matière pour se valoriser, pour glorifier son bilan et lancer sinon sa campagne, du moins sa candidature présidentielle. Il s’est montré pugnace, au lendemain d’un Conseil européen de crise, et préparé à cet exercice de pédagogie orientée, de communication politique. A-t-il pour autant convaincu ? Je n’en suis pas sûr, je crois même le contraire. A-t-il dit la vérité ? Je suis certain, pour le coup, que ce ne fut pas le cas.

Sa réélection, dès lors, ne serait pas pour nos concitoyens un plaisir, mais la seule solution pour avancer, sous l’aile rassurante d’un protecteur antipathique mais efficace.

On aura, en toute hypothèse, compris le ressort de la campagne présidentielle à venir du candidat de l’UMP. Nicolas Sarkozy se sait impopulaire, définitivement, irrémédiablement. Il ne va donc pas chercher à reconquérir l’amour des Français – l’a-t-il d’ailleurs jamais eu ? – ou à toucher leur coeur, même s’il a confessé quelques erreurs – l’ « énervement », présenté aussi comme une qualité – et évoqué son bonheur privé – dont je lui souhaite, sincèrement, de profiter. Sa thématique sera autre, et triple. Il se présentera, il se présente d’abord, comme un capitaine courageux dans la crise, faisant son « travail » ou son « devoir », sans rétribution d’opinion, mais parce que la dureté des temps l’exige, comme un homme expérimenté et estimé au plan européen et dans le monde. Il expliquera ensuite que sa politique, dure, que ses « réformes », dures, sont les seules possibles, qu’il n’existe pas d’autre voie pour la France. Enfin, dans le même mouvement, il va tenter de discréditer le Parti socialiste et son candidat, chargés de tous les maux du passé, de toutes les insuffisances du pays, et présentés comme incapables de répondre aux défis du moment, d’affronter la tempête européenne, de peser dans la mondialisation. Sa réélection, dès lors, ne serait pas pour nos concitoyens un plaisir, mais la seule solution pour avancer, sous l’aile rassurante d’un protecteur antipathique mais efficace.

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