Le malaise français

Comme chaque année à cette époque je vais, à l’image de beaucoup d’entre vous, suspendre mes activités quelques jours, après un dernier séjour à Montbéliard – la vie politique a ses rythmes imposés, la vie privée a ses exigences et ses plaisirs. Je m’attelerai aussi, dans les prochains jours, à la rédaction d’un livre, plus personnel qu’à l’accoutumée peut-être, sur la gauche, la décennie d’impasse qu’elle traverse, son devoir de victoire. Comme chaque année, j’en profite pour vous livrer quelques impressions sur la période écoulée et des analyses sur le temps qui vient.

Pour résumer le climat du pays, un mot me vient à l’esprit : malaise… La France, en effet, me paraît flotter entre deux eaux. L’économie, incontestablement, connait une légère embellie – ou plutôt les entreprises se portent mieux. Leurs carnets de commande – je le vois par exemple dans le secteur de l’automobile, décisif pour le pays de Montbéliard dont je suis l’élu, stratégique aussi pour la nation – sont nourris par la reprise de la demande mondiale, plus forte que prévue. L’exportation est donc le moteur d’une croissance française qui reste médiocre, car ses dynamiques internes sont atones : la consommation est minée par la stagnation du pouvoir d’achat, l’investissement privé reste prudent, l’investissement public est laminé par la politique de rigueur rigide et à contretemps menée par l’Etat et imposée aux collectivités locales. L’emploi, dans ces conditions, apparaît comme en solde, le chômage demeure très élevé, la précarité s’étend. La France est toujours un magnifique pays, dotée d’atouts indéniables, une terre d’innovation et de savoir-faire, un territoire attractif pour les investissements étrangers, mais elle doute d’elle-même, elle est inquiète, elle ne voit pas s’ouvrir des perspectives claires et mobilisatrices, le pessimisme sur l’avenir s’étend. Continuer la lecture

PL Programmation des finances publiques 2011-2014: intervention de Pierre Moscovici du 15 décembre 2010

Pierre Moscovici intervenait hier à l’Assemblée nationale sur le projet de loi de programmation des finances publiques pour 2011-2014.



Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Mes chers collègues,

Qu’il semble loin le temps où le gouvernement nous vantait les mérites du plan de relance de 26 milliards d’euros, ou celui du « grand emprunt » de 35 milliards d’euros à des fins d’investissements dans l’avenir. Oui, il est loin dans le souvenir du gouvernement, qui avec cette loi de programmation des finances publiques pour les trois ans à venir, se drape des habits neufs de la rigueur et de la responsabilité budgétaires. Et pourtant, quelle pirouette rhétorique, quand on sait que le plan de relance a été examiné ici en février 2009, et l’emprunt national pas plus d’un an plus tard, en février 2010, et surtout lorsqu’on s’éloigne des éléments de langage convenus pour s’en tenir aux actes et aux faits. Cette réalité, quelle est-elle ? Continuer la lecture

Ambiance

Dès hier, j’ai mis en ligne sur ce blog mon discours lors de la Convention nationale du Parti socialiste consacrée à l’ « égalité réelle » Je veux aujourd’hui vous parler de l’ambiance de ce rassemblement, qui a montré ce dont cette formation politique est capable – le bon et le moins bon – et vous expliquer ma démarche. Continuer la lecture

Sauver l’Europe

Quittons, si vous le voulez bien, le débat stérile sur les primaires socialistes, désormais émaillé de sondages quotidiens qui ne veulent rien dire – on ne connaît ni le corps électoral, ni les candidatures effectives, l’échéance est très lointaine – et de déclarations approximatives. Martine Aubry a rappelé, utilement, notre calendrier : déclaration de candidatures en juin, primaires à l’automne. Chacun sait, maintenant, qu’il ne sera pas bousculé : c’était ma position, j’en suis donc satisfait. Prenons plutôt conscience que l’inquiétude de nos concitoyens est ailleurs, que leurs préoccupations sont tournées vers des questions plus essentielles – la précarité, qui explose, les inégalités, qui s’aggravent, le chômage, qui perdure, bref les difficultés économiques et sociales du pays, qui nous assaillent tous les jours, et dont la résolution sera le vrai sujet des échéances politiques à venir. C’est là-dessus, d’ailleurs, que les aspirants-candidats devraient concentrer leur effort. Continuer la lecture

Nœuds gordiens

Le Parti socialiste, après l’apogée du mouvement social contre la réforme des retraites, aborde la ligne droite, décisive, de la préparation des élections de 2012. Il semble porté par les sondages, qui appellent à l’alternance, il est présent dans le mouvement social, qui rejette massivement la réforme des retraites, il élabore progressivement ses propositions. Mais où en est-il réellement ? Nul n’ignore les convulsions qu’il a connues avant et après le Congrès de Reims, au lendemain de sa troisième défaite consécutive lors des élections présidentielles de 2007. Et chacun sait qu’il lui reste encore à trancher des questions importantes, voire fondamentales, à commencer par celle de son leadership en vue de l’élection présidentielle. Quelques semaines après la tenue de notre convention nationale sur l’international et sur l’Europe, animée par Laurent Fabius, et avant l’ouverture du débat sur l’égalité réelle, confié à Benoît Hamon, il est toutefois possible de faire un bilan d’étape du travail entrepris depuis deux ans pour préparer notre offre politique. Continuer la lecture