Pierre Moscovici invité de C politique

Pierre Moscovici était hier l’invité de « C Politique » sur France 5.
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La « règle » d’or est un mensonge politique.

TRIBUNE de Pierre Moscovici parue dans Libération daté du 29 août 2011.

La désormais fameuse règle dite d’« or », dont Nicolas Sarkozy tente de faire l’alpha et l’oméga du débat politique français, voire européen, est juridiquement inutile, matériellement abusive et politiquement mensongère.

Juridiquement inutile, car les traités européens, depuis Maastricht, posent des règles obligeant à respecter des critères de convergence pensés à l’époque pour le bon fonctionnement de la monnaie unique. Or, ces critères, respectés par le gouvernement de Lionel Jospin qui a préparé l’entrée de la France dans l’euro, ont commencé à être bafoués dès l’arrivée de la droite au pouvoir, après 2002. Les mécanismes de sanction existent. Ils ont même été initiés par la Commission européenne, au moment où les dérapages des finances publiques nationales commençaient. Mais le Conseil, réunion des Etats membres, l’a allègrement contredite, l’affaire se terminant devant la Cour de justice, qui laissa finalement aux Etats la marge de manœuvre voulue. La leçon de l’épisode est que le droit ne peut rien sans bonne volonté des Etats. Au reste, si l’objectif est d’encourager le législateur à planifier la réduction des déficits sur plusieurs années, on ne voit pas ce qui l’interdirait dans la Constitution dès à présent.

Au contraire, selon l’article 34 de la Constitution française, les orientations pluriannuelles des finances publiques définies par les lois de programmation s’inscrivent dans l’objectif d’équilibre des comptes des administrations publiques.

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La France a renoncé sous la pression allemande

Le sommet franco-allemand a révélé l’incapacité du chef de l’Etat français à résister à la logique économique de Mme Merkel, qui privilégie la stabilité financière au détriment de toute solidarité.

Marianne : Quelles conclusions tirez-vous du sommet franco-allemand?

Pierre Moscovici : C’est un renoncement absolu de la part de Nicolas Sarkozy. Le sommet a, certes, permis des microavancées (la perspective d’une taxe sur les transactions financières, la mise en place d’un gouvernement économique de l’Europe), mais il a surtout été marqué par un recul fondamental, un pas en arrière extraordinaire, puisque la France et l’Allemagne ont enterré la possibilité des euro-obligations, Sarkozy participant lui-même à ces funérailles. C’était « la » mesure qu’il fallait prendre, et c’est la mesure à laquelle on a renoncé sous la pression allemande.

A quoi joue l’Allemagne en refusant le principe des euro-obligations?

P.M. : Mme Merkel veut imposer à l’Europe une logique de stabilité financière sur le modèle de sa propre pratique en matière de finances publiques. Elle refuse toutes perspectives de solidarité, de mutualisation de la dette et de relance de la croissance. C’est une logique que l’on peut comprendre, compte tenu du paysage politique allemand et du poids des conservateurs, mais que je conteste.

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Révolution culturelle

Étrange été, en vérité. Bien sûr, les Français – ou du moins beaucoup d’entre eux, car les difficultés du pouvoir d’achat touchent de nombreux concitoyens – sont en vacances. Comme je vous l’avais dit, j’ai moi-même pris quelques jours de congés – que j’interromps brièvement. Mais la crise, elle, ne fait pas relâche, l’incertitude, voire l’inquiétude se répandent, la vigilance s’impose, la réflexion est incontournable. Car c’est le paysage compliqué des prochaines années qui se dessine sous nos yeux, parce que le portrait de la prochaine élection présidentielle apparaît : il s’agit de penser une réponse efficace, juste et européenne à la crise. Cela contraint, en vérité, la gauche à une révolution culturelle.

Le débat public de l’été, un peu ralenti, met l’accent sur les faits et gestes de Nicolas Sarkozy. Le Président de la République éprouve sans doute des sentiments contradictoires face aux difficultés du moment. Celles-ci le remettent en scène dans sa fonction, elles gomment les facettes les plus spectaculaires et les moins prisées de son personnage. En ceci, elles sont pour lui un atout politique dont il tente de jouer, en se peignant comme un capitaine tenant le cap dans la tempête, se battant pour le « AAA » français, vantant la justesse de sa politique budgétaire, et en dénigrant la gauche, renvoyée à ses supposées contradictions et à sa prétendue incapacité à gérer. Telle est la fonction de la fameuse « règle d’or » : montrer qu’il n’y a qu’une seule politique possible, la sienne, et pointer notre défaut de responsabilité. C’est pourquoi le chef de l’État ne répugne à aucune mise en scène, laissant filtrer chacun de ses coups de fil, convoquant ses ministres pour une « réunion de crise », envoyant ses troupes au charbon médiatique.

Ce Président, qui est resté passif face à la crise de l’euro pendant 18 mois, qui n’a pas su proposer de remèdes structurels à celle-ci, ce Président là n’a pas de leçon d’Europe à donner.

Puis-je avancer que cela ne m’impressionne pas, ne me convainc pas ? Car la crise fragilise aussi Nicolas Sarkozy, elle souligne son échec, cuisant, écrasant même. Ce Président, qui a laissé filer les déficits et la dette comme aucun de ses prédécesseurs, qui a dégradé les finances publiques par ses choix politiques et non du fait de l’impact de la crise, ce Président qui ne connait qu’une cible, la dépense publique, ce Président là n’a pas de leçon de vertu à donner. Sa politique n’est pas un modèle indépassable, elle est même un anti-modèle, voire un repoussoir : les Français, qui condamnent son injustice, l’ont jugée, ils ne vont pas maintenant la réhabiliter ou la valider, surtout si elle ne change pas. Ce Président, qui est resté passif face à la crise de l’euro pendant 18 mois, qui n’a pas su proposer de remèdes structurels à celle-ci, ce Président là n’a pas de leçon d’Europe à donner. Enfin, les vertus « magiques » qu’il prête à sa parole sont loin d’être vérifiées : la réunion de crise qu’il avait convoquée pour utiliser à son profit une hausse espérée des marchés a été accompagnée… de leur effondrement et s’est terminée sans autre conclusion qu’un rendez-vous le 24 août. Il ne suffit pas que le Président apparaisse pour que les marchés s’apaisent… Pour ma part je crois la donne inchangée, malgré les efforts du chef de la droite : l’attente de l’alternance reste aussi forte qu’est faible la confiance placée en lui.

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« La dette est l’ennemie de la gauche » – Le Figaro

INTERVIEW de Pierre Moscovici parue dans Le Figaro daté du 1er août 2011.

Le député du Doubs coordonne la campagne de François Hollande pour la primaire socialiste.

LE FIGARO – Voterez-vous la « règle d’or » comme Nicolas Sarkozy vous y invite dans un courrier qu’il a adressé aux parlementaires ?

Pierre MOSCOVICI – J’ai effectivement reçu, assez tardivement, la lettre du président de la République. Sur la forme, j’ai trouvé la démarche curieuse. Il pouvait choisir de s’adresser au Parlement par un message ou convoquer un Congrès. Il ne l’a pas fait. Sur le fond, cette lettre me paraît plus destinée à valoriser les résultats du sommet européen sur la crise de la zone euro. C’est une démarche électorale qui brille plus par son habileté supposée que par sa grandeur. Nicolas Sarkozy a tendance à s’y livrer à un plaidoyer pro domo, même si je me réjouis de ce qui a été fait pour sauver la Grèce. Reste que ce plan de sauvetage n’est pas la solution miracle que Nicolas Sarkozy nous présente dans sa lettre. C’est un plan tardif en forme de compromis entre l’Allemagne, qui ne voulait pas payer, et la France qui ne voulait pas faire de mal aux banques. Mais le saut fédéral n’a pas été fait, et l’effort demandé aux banques est extrêmement limité.

Donc vous ne voterez pas la règle d’or ?

Non, car je n’accepte pas les leçons de vertu délivrées par un chef de l’État qui a pratiquement mis la France en faillite, ce que son premier ministre a d’ailleurs reconnu. Il voudrait imposer la politique qu’il n’a pas faite comme un modèle.

Mais vous vous exposez aux accusations de « laxisme » de la part de la majorité.

Elles n’ont pas de sens. À chaque fois que la gauche a été au pouvoir, la gestion des comptes publics a été contenue. À chaque fois que la droite a été au pouvoir, la France a vu sa dette dériver. En la matière, Nicolas Sarkozy est le champion.

Il a fallu affronter la crise financière.

L’impact de la crise est partiel. Tous les rapports ont établi que la crise n’était responsable que d’une partie des déficits et que la dégradation des comptes publics avait commencé avant la crise. Notamment avec le bouclier fiscal, la détaxation des heures supplémentaires ainsi que les cadeaux fiscaux aux plus riches. Nicolas Sarkozy a mené une politique inconséquente et, aujourd’hui, il nous demande de lui délivrer un brevet de vertu !

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