Farce

Une fois n’est pas coutume, j’ai ouvert hier ma télévision pour regarder le meeting de Nicolas Sarkozy à Marseille : dans une campagne, il faut observer l’adversaire, réfléchir à sa stratégie pour y riposter, mesurer sa force et ses faiblesses. Vous me direz votre sentiment. Pour ma part, je suis resté perplexe, pour le moins.

Il y a décidément du « Bush 2004 » dans la stratégie « Sarkozy 2012 » : une campagne « à droite toute », fondée sur la peur, passant par la démolition de l’adversaire.

La prestation, certes, n’a pas été ridicule. La « machine UMP » s’est mise en route, les moyens déployés sont importants, la technique est au point. Le candidat sortant ne manque pas de mordant, les textes de ses discours, très écrits par d’autres, très lus par lui, sont bien fichus. Les angles d’attaque sont dessinés – il s’agit d’opposer un Nicolas Sarkozy disant la vérité à un François Hollande menteur, le candidat du peuple à celui du système, celui du mouvement au tenant de l’immobilisme, la réforme au statu quo – ils ne changeront sans doute pas, ou à la marge, au cours de la campagne. Il y a décidément du « Bush 2004 » dans la stratégie « Sarkozy 2012 » : une campagne « à droite toute », fondée sur la peur, passant par la démolition de l’adversaire. Les similitudes sont trop fortes, décidément, pour être fortuites. J’entends dire, ici ou là, que cette comparaison réjouirait l’UMP, au prétexte que George Bush a été réélu : c’est oublier trop vite qu’il était alors fort, devant un peuple américain encore marqué par le choc des attentats du 11 septembre 2001, de l’aura du « commander in chief », gagnant de la guerre en Irak.

Une sorte de lassitude plombait l’ambiance, un doute planait sur la salle.

Quelque chose, pourtant, ne passe pas, ne va pas. L’impression, d’abord, était mitigée, ou floue. Le public était très monocolore, très mono-générationnel aussi, et paraissait parfois sans flamme, sans enthousiasme vrai, pas toujours transporté par l’orateur. Celui-ci – peut-être parce qu’il a perdu l’habitude du combat électoral direct, peut-être parce qu’il peine à trouver son chemin – sans manquer de métier, semblait de son côté assez artificiel, mécanique, parfois éteint, toujours enchainé à son discours. Je n’ai jamais été un supporter de Nicolas Sarkozy, j’ai toujours été allergique à son style, gêné par sa façon d’être, bref il ne m’a jamais fasciné – on se souvient peut-être que j’ai été le premier à analyser sa présidence, en 2008, et à le dépeindre alors comme un « liquidateur ». Mais je suis suffisamment averti de la vie politique, suffisamment objectif aussi, pour reconnaitre son talent. En 2007, on le sentait – fût-ce à notre détriment – porté par un souffle, poussé vers la victoire par une énergie. Ce souffle, cette énergie n’existaient pas à Marseille : une sorte de lassitude plombait l’ambiance, un doute planait sur la salle.

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La mystification

Ça y est, Nicolas Sarkozy est candidat ! La surprise est de taille, tant chacun imaginait que le Président sortant présenterait, comme l’a évoqué François Hollande citant François Mitterrand, ses excuses plutôt qu’une candidature… Je pourrais pousser plus loin cette métaphore, mais l’ironie ne suffit pas. En vérité, l’annonce d’hier soir sur TF1 est à la fois une simple confirmation et un moment important de la campagne.

Et chacun avait compris, depuis des mois, qu’il ne songeait qu’à se représenter, qu’une nouvelle candidature était sa seule aspiration, sa seule préoccupation, presque son obsession.

A proprement parler, la déclaration du candidat sortant est un non-évènement. Personne, tout d’abord, ne doutait que Nicolas Sarkozy aspirait à un second mandat. En vérité, il est en campagne permanente depuis 2007, fût-ce parfois à son détriment, tant il a mis de talent et d’énergie à abîmer sa propre image. Mais telle est – c’est au demeurant une caractéristique partagée avec beaucoup d’autres politiques, mais chez lui poussée jusqu’au paroxysme – sa nature. La politique est sa vie, la conquête du pouvoir, de tout le pouvoir, son moteur. Personne n’imaginait qu’un combattant comme lui, parvenu dans la difficulté, la douleur parfois, jusqu’au faîte de l’Etat, renoncerait au terme d’un mandat. Et chacun avait compris, depuis des mois, qu’il ne songeait qu’à se représenter, qu’une nouvelle candidature était sa seule aspiration, sa seule préoccupation, presque son obsession. Il y avait de l’indécence, à le voir sans arrêt confondre son ambition et sa fonction, faire campagne aux frais de l’Etat, donc du contribuable, avancer caché, abrité derrière ses prérogatives présidentielles, pour se comporter en tout, partout, tout le temps, comme le chef de la droite. Hier soir, le masque est tombé, l’hypocrisie a cessé : il ne s’est rien passé de plus qu’un glissement imperceptible du statut de Président candidat à celui d’un candidat Président.

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Courage et injustice

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai regardé l’émission de Nicolas Sarkozy hier soir. Convenons qu’il était difficile d’y échapper, à moins d’être un téléspectateur d’Equidia, de Gulli ou de France 3… curieusement épargnée par l’opération de propagande digne de l’ORTF à laquelle les Français ont été condamnés ce dimanche. On dira que j’ironise : ce n’est pas faux, mais on en conviendra il y a là une entorse sérieuse aux règles de la démocratie, une utilisation inacceptable du statut de Président de la République au profit d’un candidat, au mépris de toutes les règles d’équité qui s’imposent – ou qui devraient s’imposer si la France tournait enfin le dos à ses traditions monarchiques pour devenir une République moderne.

Nicolas Sarkozy veut faire du courage son mot d’ordre, peut-être son slogan de campagne : le plus simple pour cela eût été de sortir de l’hypocrisie commode dans laquelle il se réfugie, pour annoncer sa candidature.

Car, oui, Nicolas Sarkozy était hier soir candidat, et uniquement candidat. Certes, il ne s’est pas officiellement déclaré, voulant jusqu’au bout profiter des privilèges de sa fonction, du déséquilibre médiatique en sa faveur que ceux-ci engendrent. Nous ne sommes même plus dans le secret de polichinelle, mais dans le mince déni d’une évidence. Le candidat sortant ne s’en est pas caché, d’ailleurs, avouant qu’il ne se déroberait pas à son rendez-vous avec les Français, que ceux-ci auraient à juger son bilan, et que le moment approchait. L’annonce de sa candidature, de surcroit, avait été faite la veille… par le secrétaire général de la CDU allemande, prévoyant la venue de la Chancelière Angela Merkel lors des meetings de campagne du candidat de l’UMP. Je regrette, au passage, ce dévoiement de la relation franco-allemande. Certes, il n’est pas illégitime, et au demeurant pas inédit, que des dirigeants conservateurs européens fassent campagne côte à côte. Mais en cette période de crise, à l’heure où la relation franco-allemande est plus décisive que jamais pour une Europe en danger, alors qu’elle devra, quoi qu’il arrive, quel que soit le choix du peuple français, être forte et féconde, il n’est pas bon de laisser entendre qu’il n’y aurait qu’une incarnation, qu’une direction possible pour ce couple plus essentiel que jamais. Nicolas Sarkozy, je vais y revenir, veut faire du courage son mot d’ordre, peut-être son slogan de campagne : le plus simple pour cela eût été de sortir de l’hypocrisie commode dans laquelle il se réfugie, de l’abri factice que lui offre son statut mensonger du « Président qui agit jusqu’au bout » pour annoncer sa candidature. Il s’y est refusé.

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