Les vrais enjeux

La campagne présidentielle, qui m’occupe pleinement, ne m’a pas laissé le temps d’écrire ici depuis plusieurs semaines déjà. A quatre semaines du 1er tour, je veux rappeler les vrais enjeux en vue du 22 avril.

François Hollande a participé, dans ce moment douloureux, au consensus national. Chacune de ses paroles, chacun de ses actes a été juste, digne, grave, de nature à apaiser et rassembler

La semaine écoulée a été marquée, bien sûr, par la tragédie qui a endeuillé la France, avec les assassinats abjects de Montauban et Toulouse. La campagne présidentielle ne pouvait pas, évidemment, se poursuivre imperturbablement alors que la Région Midi-Pyrénées et Toulouse étaient sous le choc, que la communauté juive pleurait ses enfants, que l’armée rendait hommage à ses soldats tués, que le siège du fanatique, Mohamed Merah, se déroulait. François Hollande l’a immédiatement compris. Dès lundi, il s’est rendu sur place, à l’école Ozar Hatorah. Le mercredi, il est allé dans le Tarn, pour la cérémonie à la mémoire des militaires tués. Et il a décidé, d’emblée, de suspendre sa campagne, de reporter en particulier l’important meeting prévu à Rennes, qui aura finalement lieu le 4 avril. Il a participé, dans ce moment douloureux, au consensus national. Chacune de ses paroles, chacun de ses actes a été juste, digne, grave, de nature à apaiser et rassembler. Cette attitude n’a pas été, comme je l’ai entendu ici et là, une « stratégie » mais un devoir : quand la collectivité nationale est blessée, le rôle d’un homme d’Etat est d’être à ses côtés, de rassurer, de réconcilier.

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Communiqué de Pierre Moscovici

Les propos que le président de la République a tenus aujourd’hui à Grenoble, dans un discours prononcé à l’occasion de l’installation du nouveau préfet de l’Isère, sont inacceptables pour tous les républicains de notre pays. Affirmer un lien de causalité entre immigration et délinquance est ignoble. Menacer de déchoir de leur nationalité les Français d’origine étrangère auteurs de certains crimes renvoie aux heures les plus sombres de notre Histoire.

Il est désormais clair que, dans l’esprit du chef de l’Etat, qui devrait pourtant incarner l’unité de la nation, il y a une sous-catégorie de Français, qui ne mérite pas les mêmes droits que les « Français de souche ».

Or qu’est-ce qu’un Français d’origine étrangère ? Va-t-on déterminer cette notion en fonction du nombre de grands-parents qui ne sont pas nés Français ? Faudra-t-il ajouter une mention particulière sur les papiers d’identité ?

En 2002, 82 % des Français ont rejeté ce discours de stigmatisation et d’exclusion. Ce n’est pas pour le voir réapparaître, huit ans après, dans la bouche du président de la République.

En 2002, 82 % des Français ont rejeté ce discours de stigmatisation et d’exclusion. Ce n’est pas pour le voir réapparaître, huit ans après, dans la bouche du président de la République.

L’échec de la politique qu’il conduit en matière de sécurité depuis 2002, dont nous constatons chaque jour les manifestations, n’autorise pas Nicolas Sarkozy à maltraiter ainsi les valeurs de notre France, en reprenant à son compte les thèmes de l’extrême-droite.

J’appelle solennellement tous les républicains de ce pays à dénoncer avec la plus grande énergie ces propos, et à s’unir pour combattre ensemble, par delà les différences de sensibilité, les mesures que ces propos pourraient inspirer.

Pierre MOSCOVICI