Pertinence

Il arrive qu’une phrase – « petite » ou « grande » – crée un bruit qu’elle ne cherchait pas – cela s’appelle aussi un buzz. C’est le cas de ma réponse d’hier, lors d’une interview accordée au site internet de « Public Sénat », consacrée à notre réaction face à la montée du Front national. S’agissant des primaires, j’ai dit qu’il faudrait, le moment venu, « en analyser la pertinence ».

Bigre ! Me voilà dans de sales draps… Alors, expliquons-nous.

Depuis, c’est un véritable déchainement. Je serais, aux côtés de Michel Vauzelle, leur fossoyeur. Me voici même dépeint par Laurent Joffrin, dans son édito du jour, comme émettant des « états d’âmes » qui ne seraient pas ceux « d’un socialiste épris d’harmonie, mais d’un strauss-kahnien saisi de prurit tactique », auteur d’une « manoeuvre de confort destinée à faciliter la vie d’un champion qu’on juge seul candidat possible » et « divisant son camp au nom de l’unité ». Le directeur du « Nouvel Observateur » plaide plutôt pour des primaires de confrontation, « mécanisme utile, propre à légitimer plus facilement le ou la candidate du PS », même si « elles ont bien sûr un inconvénient : on n’est pas sûr de leur résultat ». « La démocratie », conclut-il, « est décidément inconfortable » – sous entendu pour DSK, à qui je voudrais « épargner les affres d’une pré-campagne électorale » et « laisser le temps de continuer quelques mois encore sa tâche au FMI ». Bigre ! Me voilà dans de sales draps… Alors, expliquons-nous.

Il fallait ouvrir le jeu. C’est ce qui m’a amené, avec d’autres, à suggérer le recours à des primaires ouvertes

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Sondage de crise

Comment ne pas parler ici du sondage qui fait le « buzz » depuis deux jours et place Marine Le Pen en tête d’un premier tour de l’élection présidentielle face à Nicolas Sarkozy et Martine Aubry ? Je ne veux en effet pas esquiver ce débat, crucial.

Bien sûr, j’ai mes réserves par rapport à ce sondage, dont les résultats sont un peu particuliers. La méthode – questionnaire via internet – est approximative. La question posée est biaisée : pourquoi avoir testé Martine Aubry et non Dominique Strauss-Kahn, pourquoi tester celui-ci demain et ne pas le comparer avec celle là ? Nul doute que la réponse aurait pu être différente hier et qu’elle le sera à l’avenir. Il ne m’a pas échappé, enfin, qu’il y avait un aspect « marketing », un peu choc, joué par le « Parisien-Aujourd’hui » le jour même où le « Journal du Dimanche » sortait sa nouvelle formule, un peu éclipsée par le coup de tonnerre de ce sondage. Alors, pour tout dire, je ne crois pas que Marine Le Pen serait en tête d’une élection présidentielle : il y a quelques temps, des électeurs de Jean-Marie Le Pen n’osaient pas dire qu’ils votaient pour lui, désormais il est presque de bon ton de se déclarer favorable à Marine Le Pen même sans envisager de lui donner son bulletin de vote.

Oui, le FN est de retour, oui, la menace d’un nouveau 21 avril (…) ne peut plus être écartée.

Il serait toutefois absurde de nier qu’il se passe quelque chose. Toutes les enquêtes d’opinion le montrent, la candidate du Front national a fait ces derniers mois une forte percée. Et les candidats aux cantonales que je rencontre sur le terrain – militant archaïque, je les soutiens en nombre, la semaine dernière à Caen, Bayonne, Biarritz, Anglet, Montbéliard, Levallois, après Rennes, Lens et la Seine et Marne, cette semaine dans le Val de Marne, le Vaucluse, la Moselle ou le Jura – me disent tous rencontrer une parole lepéniste très décomplexée. Oui, le FN est de retour, oui, la menace d’un nouveau 21 avril, à l’endroit – avec l’élimination de la gauche du second tour – ou à l’envers – au détriment de Nicolas Sarkozy – ne peut plus être écartée. Ce doit évidemment être pour nous un sujet de préoccupation majeure.

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L’élection présidentielle est-elle jouée ?

Dans mon précédent post, j’ai analysé la situation de Nicolas Sarkozy au moment où le mouvement social, qui va se poursuivre, entre dans une phase nouvelle, alors que le débat politique sur les retraites s’achève. Elle est plus que compliquée, compromise. Faut-il pour autant en conclure que l’élection présidentielle est déjà jouée, que l’anti-sarkozisme est une posture satisfaisante ou au moins suffisante, que tout l’enjeu va désormais se concentrer sur le choix du candidat socialiste, qui l’emportera quoi qu’il arrive ? Certains le pensent, sans l’avouer : comment, se disent-ils, ce Président détesté pourrait-il être réélu ? En vérité, j’en ai comme beaucoup la conviction que, si la bataille s’engage sous de bons auspices, si la gauche a en vue de 2012 une opportunité historique, rien n’est fait, tout reste ouvert, l’essentiel est encore à construire pour une alternance effective et réussie. Continuer la lecture